La mémoire autobiographique

« La mémoire autobiographique est constituée de tous les événements qui constituent l’histoire personnelle. À mesure qu’ils se répètent, certains souvenirs passent du statut de souvenirs autobiographiques épisodiques (souvenirs d’événements) à celui de souvenirs autobiographiques sémantisés (représentant une connaissance générale sur soi)  » Armelle Viard

 

Armelle Viard, professeure en neurosciences à l’école pratique des hautes études, nous en dit plus sur la mémoire autobiographique.

Quel est son rôle parmi les autres types de mémoire ?

La mémoire autobiographique a souvent été assimilée à la mémoire épisodique, c’est-à-dire la mémoire des événements qui se sont produits – par exemple, le souvenir d’une réunion de famille, ou d’un dîner romantique. Or différents arguments, expérimentaux et cliniques, ont montré que la mémoire autobiographique est constituée, certes, de la mémoire épisodique, mais aussi de la mémoire sémantique, qui concerne un savoir général sur sa propre vie (des noms de camarades de classe, sa couleur ou son plat préféré…).

La mémoire autobiographique regroupe donc à la fois les connaissances générales sur son passé – ses traits de caractère, ses préférences, les noms de personnes de son entourage -, mais aussi des adresses, ce qui relève de la composante sémantique, ainsi que des événements spécifiques, datés et localisés, qui font partie de la composante épisodique et sont associés à un ensemble de détails perceptifs et sensoriels (images, émotions, odeurs, sensations, perceptions…).

 

Une mémoire autobiographique à trois niveaux

 Selon le psychologue britannique Martin Conway, de l’Université de Leeds, au Royaume-Uni, un souvenir autobiographique ne correspond pas à la restitution fidèle d’un événement vécu. Il implique un processus de reconstruction dynamique à partir de trois types de connaissances, organisées hiérarchiquement, du plus général au plus spécifique :

1. D’une part, les périodes de vie, mesurées en années ou en décennies, comportent des informations générales sur les lieux, les acteurs, les buts et les plans spécifiques à chaque période. Par exemple, la période du lycée se caractérise par un contenu thématique général (les images génériques des professeurs, des salles de classe) et par une durée définie (par un début et une fin bien précis).

2. D’autre part, les événements généraux sont mesurés en jours, en semaines ou en mois, et concernent des épisodes plus spécifiques qui peuvent être, soit répétés (par exemple, les week-ends chez ma grand-mère), soit uniques, ayant duré plus d’une journée (par exemple, mon week-end en Italie).

3. Enfin, les détails d’événements spécifiques, mesurés en secondes, minutes, ou en heures, correspondent au registre phénoménologique (tels qu’ils ont été perçus) des souvenirs. Ce sont des images, des sentiments, des odeurs…