Apprendre à lire le langage caché derrière les crises, l’opposition et l’agitation
—
Introduction : votre enfant vous parle, êtes-vous à l’écoute ?
Chaque fois que votre enfant porteur de trisomie 21 fait une « crise », refuse une consigne, tape, crie ou se roule par terre, il vous dit quelque chose. Pas avec des mots, mais avec son corps, ses émotions, ses actes.
Ce message n’est pas toujours facile à décoder. Contrairement aux mots, les comportements sont ambigus, parfois contradictoires, souvent déconcertants. Et pourtant, ils sont porteurs de sens — un sens qu’il vous appartient de découvrir.
Car voilà la vérité que tout parent d’enfant ayant des difficultés de communication doit intégrer : le comportement EST un langage. C’est même le langage le plus primitif, le plus universel, celui qui précède les mots et qui revient en force quand les mots manquent.
Dans cet article, nous allons explorer ce que votre enfant pourrait essayer de vous communiquer à travers ses comportements les plus difficiles. Nous vous donnerons les clés pour « traduire » ces messages et pour y répondre de manière appropriée — c’est-à-dire d’une manière qui réponde au besoin sous-jacent tout en guidant votre enfant vers des moyens d’expression plus adaptés.
—
Le comportement comme tentative de communication
Pourquoi les comportements « parlent »
Les êtres humains sont des êtres de communication. Dès la naissance, nous cherchons à interagir avec notre environnement et avec les autres. Les bébés communiquent bien avant de parler : par leurs pleurs, leurs mimiques, leurs mouvements. Ces communications primitives leur permettent de signaler leurs besoins et d’obtenir des réponses de leurs parents.
Chez l’enfant dont le développement du langage est différent, ce mode de communication corporel et comportemental reste plus longtemps prédominant. Non pas parce que l’enfant « régresse » ou « fait exprès », mais parce que c’est le canal qui fonctionne le mieux pour lui à ce stade de son développement.
Quand votre enfant crie parce qu’il veut quelque chose, il ne vous « embête » pas — il utilise le moyen le plus efficace dont il dispose pour communiquer. Le problème n’est pas qu’il communique, c’est qu’il n’a pas encore de meilleur moyen de le faire.
La logique du comportement
Tout comportement, même le plus problématique, a une logique du point de vue de celui qui l’émet. Cette logique repose sur une équation simple : « Ce comportement me permet d’obtenir X ou d’éviter Y. »
Si crier permet d’obtenir l’attention du parent, l’enfant criera. Si taper permet de faire cesser une situation désagréable, l’enfant tapera. Si se rouler par terre permet de ne pas aller à l’école, l’enfant se roulera par terre.
Ce n’est pas de la « manipulation » au sens péjoratif du terme. C’est de l’apprentissage comportemental de base : les comportements qui « fonctionnent » (qui produisent le résultat souhaité) sont renforcés et ont tendance à se reproduire.
Comprendre cette logique est essentiel. Elle vous permet de vous poser la bonne question : non pas « comment arrêter ce comportement ? », mais « quel besoin ce comportement essaie-t-il de satisfaire, et comment puis-je aider mon enfant à satisfaire ce besoin autrement ? ».
—
Les messages les plus fréquents
« J’ai besoin de ton attention »
Ce que fait l’enfant :
- Interrompt constamment ce que vous faites
- Fait des « bêtises » dès que vous êtes occupé
- Gémit, pleurniche, tire sur vos vêtements
- Adopte des comportements négatifs spectaculaires quand il est ignoré
Ce qu’il essaie de dire :
« Regarde-moi. Je compte. J’ai besoin de savoir que tu es là, que tu me vois, que je suis important pour toi. Ton attention est essentielle à ma sécurité émotionnelle. »
Comment répondre :
- Donnez de l’attention positive de manière proactive, avant que l’enfant ne la réclame par des comportements négatifs
- Instaurez des moments de qualité réguliers, courts mais intenses, où vous êtes pleinement présent
- Quand vous devez être occupé, prévenez l’enfant et donnez-lui une occupation
- Évitez de donner massivement de l’attention aux comportements négatifs (tout en restant bienveillant)
- Remarquez et valorisez les moments où l’enfant joue calmement seul
« Je veux ça ! »
Ce que fait l’enfant :
- Crise au supermarché pour un bonbon
- Hurle quand on lui retire un objet
- Refuse de partager ou de rendre quelque chose
- S’accroche désespérément à un jouet, une tablette, une activité
Ce qu’il essaie de dire :
« Cet objet ou cette activité me procure du plaisir. Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas l’avoir ou le garder. Le renoncement est difficile pour moi. »
Comment répondre :
- Comprenez que le renoncement au plaisir immédiat est une compétence en développement
- Apprenez à l’enfant à demander de manière appropriée (mot, signe, image) plutôt que par des crises
- Ne cédez pas aux crises pour éviter de renforcer ce comportement
- Préparez les situations à risque (supermarché) avec des règles claires établies à l’avance
- Offrez des choix et des alternatives acceptables
- Validez l’émotion tout en maintenant la limite : « Je comprends que tu la veux. Ce n’est pas possible maintenant. »
« Je ne veux pas faire ça ! »
Ce que fait l’enfant :
- S’oppose systématiquement à certaines demandes
- Se laisse tomber par terre, devient mou, refuse d’avancer
- Fuit physiquement la situation
- Développe des comportements qui interrompent l’activité non désirée
Ce qu’il essaie de dire :
« Cette activité est difficile, ennuyeuse, effrayante ou fatigante pour moi. Je veux l’éviter. Je n’ai pas trouvé d’autre moyen de dire non. »
Comment répondre :
- Essayez de comprendre CE qui est difficile : l’activité elle-même, le contexte, la durée, la difficulté ?
- Adaptez la demande si possible : plus courte, plus facile, plus ludique
- Apprenez à l’enfant à demander une pause ou de l’aide de manière appropriée
- Utilisez des renforçateurs pour les activités non préférées : « D’abord travail, ensuite jeu »
- Intégrez des éléments de choix : « Tu veux faire X d’abord ou Y d’abord ? »
- Ne laissez pas le comportement d’évitement fonctionner trop souvent, sinon il se renforcera
La formation Faciliter l’autonomie au quotidien des enfants trisomiques : routines et outils visuels propose des stratégies concrètes pour structurer le quotidien de manière à faciliter la coopération de votre enfant.
« Je suis submergé, c’est trop »
Ce que fait l’enfant :
- S’effondre après une période de forte stimulation
- Se couvre les oreilles, ferme les yeux
- Cherche à fuir l’environnement
- Devient agressif ou automutilateur dans des contextes stimulants
- Montre des comportements de retrait
Ce qu’il essaie de dire :
« Mon système nerveux est surchargé. Il y a trop de bruit, de lumière, de monde, de demandes. Je ne peux plus gérer. J’ai besoin que ça s’arrête. »
Comment répondre :
- Reconnaissez les signaux précoces de surcharge et agissez avant la crise
- Créez un espace calme où l’enfant peut se retirer
- Limitez l’exposition aux environnements trop stimulants
- Équipez l’enfant d’outils (casque anti-bruit, lunettes de soleil, objet familier)
- Préparez-le aux situations stimulantes et prévoyez des pauses
- Après un épisode de surcharge, accordez du temps de récupération
« Je ne comprends pas ce qui se passe »
Ce que fait l’enfant :
- Devient anxieux ou agité face aux changements
- Résiste aux transitions et aux nouveautés
- S’accroche aux routines de manière rigide
- Montre des signes de panique quand les repères sont modifiés
Ce qu’il essaie de dire :
« Le monde est trop imprévisible pour moi. Quand je ne sais pas ce qui va se passer, j’ai peur. J’ai besoin de repères, de structure, de prévisibilité pour me sentir en sécurité. »
Comment répondre :
- Instaurez des routines stables et prévisibles
- Utilisez des supports visuels pour montrer le déroulement des événements
- Prévenez bien à l’avance des changements et transitions
- Accompagnez les situations nouvelles avec beaucoup de préparation
- Acceptez qu’un certain niveau de besoin de routine soit normal et sain pour votre enfant
« J’ai mal ou je suis mal à l’aise »
Ce que fait l’enfant :
- Montre un changement soudain de comportement sans cause apparente
- Se touche une partie du corps de manière répétitive
- Refuse soudainement de manger, de dormir, de participer à des activités habituelles
- Devient irritable et inconsolable
- Adopte des comportements d’automutilation localisés (taper sa tête pour une otite, mordre sa main pour une douleur dentaire)
Ce qu’il essaie de dire :
« Quelque chose ne va pas dans mon corps. J’ai une douleur ou un inconfort que je n’arrive pas à localiser ni à exprimer. »
Comment répondre :
- Prenez au sérieux les changements brutaux de comportement
- Faites un bilan physique : température, oreilles, dents, ventre, tête…
- Consultez en cas de doute — les enfants ayant des difficultés de communication peuvent avoir des problèmes médicaux non détectés
- Apprenez à votre enfant des moyens de communiquer la douleur (signe « j’ai mal » + pointer la zone)
« Je me sens mal émotionnellement »
Ce que fait l’enfant :
- Pleure sans raison apparente
- Est irritable, colérique, maussade
- Cherche beaucoup de réconfort physique
- Se replie sur lui-même
- Montre des régressions dans ses comportements
Ce qu’il essaie de dire :
« Je vis des émotions intenses que je ne comprends pas et que je ne sais pas gérer. Tristesse, peur, frustration, anxiété… Ça fait mal à l’intérieur. »
Comment répondre :
- Offrez du réconfort physique et émotionnel
- Verbalisez ce que vous observez : « Tu as l’air triste aujourd’hui »
- Recherchez les causes possibles : changement, événement, stress familial…
- Apprenez à l’enfant le vocabulaire des émotions
- Enseignez des stratégies d’apaisement
La formation Aider son enfant trisomique à gérer ses émotions vous donnera des outils précieux pour accompagner votre enfant dans le développement de ses compétences émotionnelles.
—
Les pièges de l’interprétation
Le piège de la projection
Nous avons tendance à projeter nos propres émotions et motivations sur les autres. Quand notre enfant fait une crise, nous pouvons l’interpréter à travers notre propre vécu : « il me provoque », « il me teste », « il fait exprès ».
Ces interprétations disent plus de nous que de l’enfant. Elles nous empêchent de voir le vrai message.
Conseil : Quand vous interprétez un comportement, demandez-vous : « Est-ce vraiment ce que mon enfant vit, ou est-ce ce que je ressens moi ? »
Le piège de la sur-interprétation
À l’inverse, nous pouvons parfois chercher des causes complexes à des comportements simples. Un enfant qui pleure n’est pas forcément en détresse profonde — il peut simplement être fatigué ou avoir faim.
Conseil : Commencez toujours par vérifier les causes basiques (faim, fatigue, inconfort physique) avant de chercher des explications plus élaborées.
Le piège de l’interprétation unique
Le même comportement peut avoir des significations très différentes selon le contexte. Se taper la tête peut signifier « j’ai mal », « je suis frustré », « j’ai besoin de stimulation », « j’attire ton attention »… selon le moment et les circonstances.
Conseil : Ne figez pas vos interprétations. Un comportement n’a pas « une » signification mais des significations contextuelles.
Le piège de la non-interprétation
Parfois, face à des comportements répétitifs et épuisants, nous cessons d’essayer de comprendre. Nous réagissons de manière automatique, sans nous demander ce que l’enfant essaie de dire.
Conseil : Chaque comportement mérite d’être interrogé, même s’il se répète. Et surtout s’il se répète — car cela signifie que le besoin sous-jacent n’est pas satisfait.
—
Développer la communication pour réduire les comportements
Le principe fondamental
Voici le principe clé : plus un enfant a de moyens adaptés de communiquer ses besoins, moins il aura recours aux comportements problématiques pour le faire.
Les comportements difficiles sont souvent la seule façon dont l’enfant peut s’exprimer. En lui donnant d’autres outils — mots, signes, images — vous lui permettez de faire passer ses messages autrement.
Les outils de communication à développer
Les signes gestuels : Des signes simples comme Makaton peuvent être appris relativement vite et permettent de communiquer les besoins de base : « encore », « fini », « aide », « j’ai mal », « je veux X ».
Les pictogrammes et images : Un classeur de communication avec des images que l’enfant peut montrer pour exprimer ses besoins, ses émotions, ses choix.
Les photos personnalisées : Des photos des objets et des personnes de la vie quotidienne de l’enfant, plus concrètes que les pictogrammes génériques.
Les applications de communication : Des applications sur tablette permettent à l’enfant de construire des phrases en touchant des images, avec une synthèse vocale.
Le langage oral : Même si son développement est plus lent, le langage oral doit être stimulé en parallèle de la CAA.
La formation Développer la communication chez l’enfant porteur de trisomie 21 vous accompagnera dans la mise en place de ces différents outils, adaptés au niveau de votre enfant.
Enseigner activement les demandes
N’attendez pas que l’enfant découvre seul comment utiliser ces outils. Enseignez-lui activement :
- Identifiez les situations où il a souvent recours à des comportements problématiques
- Déterminez ce qu’il veut/évite dans ces situations
- Enseignez-lui un moyen adapté de demander la même chose
- Créez des opportunités de pratique
- Répondez rapidement et positivement quand il utilise le bon moyen
—
L’écoute au-delà des comportements
Écouter avec tous ses sens
Décoder les messages de votre enfant demande une écoute à plusieurs niveaux :
Écouter avec les yeux : Observez le langage corporel, les expressions du visage, la direction du regard, les gestes, la posture.
Écouter avec les oreilles : Les sons non verbaux — gémissements, soupirs, variations dans les vocalises — sont porteurs de sens.
Écouter avec le contexte : Que se passe-t-il autour ? Qu’est-ce qui vient de se passer ? Qu’est-ce qui va se passer ?
Écouter avec le cœur : Mettez-vous à la place de votre enfant. Que pourrait-il ressentir dans cette situation ?
Répondre aux messages, pas aux comportements
Une fois que vous avez décodé le message, répondez-y de manière appropriée :
- Si le message est « j’ai besoin d’attention », donnez de l’attention (mais pas en réponse directe au comportement problème — plutôt en prévention ou après le retour au calme)
- Si le message est « c’est trop dur », adaptez la demande
- Si le message est « j’ai peur », rassurez
- Si le message est « je ne comprends pas », clarifiez
Et en même temps, guidez l’enfant vers une expression plus adaptée du même message.
—
Construire une relation de communication
La confiance comme base
Pour que votre enfant « vous parle » à travers ses comportements, et surtout pour qu’il développe des moyens plus adaptés, il a besoin de savoir que vous cherchez vraiment à le comprendre.
Cette confiance se construit au fil des expériences : chaque fois que vous montrez que vous essayez de le comprendre, que vous répondez à ses besoins, que vous ne le jugez pas pour ses comportements, vous renforcez cette confiance.
La patience comme chemin
Décoder les comportements de votre enfant est un apprentissage qui prend du temps. Vous ne comprendrez pas tout, pas tout de suite. Vous vous tromperez parfois d’interprétation. C’est normal.
Ce qui compte, c’est de maintenir cette posture d’ouverture et de curiosité. De continuer à chercher le sens derrière les comportements, même quand c’est fatigant, même quand vous êtes découragé.
Le duo parent-enfant comme équipe
Vous et votre enfant formez une équipe. Vous n’êtes pas adversaires — même quand les comportements vous mettent à rude épreuve. Vous êtes deux personnes qui essaient de se comprendre, malgré les obstacles.
Cette vision change tout. Elle vous met du même côté que votre enfant, cherchant ensemble des solutions, plutôt que face à lui dans un rapport de force.
—
Conclusion : devenir le traducteur de votre enfant
Les comportements difficiles de votre enfant porteur de trisomie 21 sont des messages. Des messages parfois cryptés, parfois maladroits, parfois épuisants — mais des messages quand même. Des tentatives de communication de la part d’un être humain qui a des besoins, des émotions, des désirs, et qui cherche à les exprimer.
Votre rôle de parent est aussi un rôle de traducteur. Vous décodez ces messages, vous y répondez, et vous aidez votre enfant à développer des moyens d’expression plus clairs et plus adaptés. C’est un travail de longue haleine, mais c’est un travail qui porte des fruits.
Chaque fois que vous comprenez ce que votre enfant essaie de dire, vous renforcez votre lien avec lui. Chaque fois que vous lui enseignez un nouveau moyen de communiquer, vous réduisez sa frustration future. Chaque comportement difficile que vous parvenez à prévenir grâce à votre compréhension est une victoire pour toute la famille.
N’oubliez pas que vous n’êtes pas seul dans ce chemin. Les formations comme celles proposées par DYNSEO, notamment la formation Gestion des comportements difficiles d’un enfant atteint de trisomie 21, vous offrent des outils et des connaissances pour mieux comprendre et accompagner votre enfant.
Votre enfant a des choses importantes à vous dire. Continuez à écouter.
—
Cet article a été rédigé dans une démarche d’information et de soutien aux familles. Il ne remplace pas l’avis des professionnels de santé qui accompagnent votre enfant.
