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La gestion des médicaments à domicile constitue l’un des aspects les plus délicats de l’accompagnement des personnes âgées ou en situation de handicap. Entre la nécessité d’aider la personne à prendre correctement son traitement et les limites légales imposées aux professionnels non soignants, les auxiliaires de vie se trouvent souvent dans une position complexe. Où s’arrête l’aide et où commence le soin ? Que peut faire un auxiliaire de vie et que doit-il impérativement laisser aux professionnels de santé ?
Ce guide complet clarifie le cadre juridique de l’intervention des auxiliaires de vie dans la gestion des médicaments, présente les bonnes pratiques à adopter et les erreurs à éviter, et propose des solutions pour une coordination efficace avec les professionnels de santé. Que vous soyez auxiliaire de vie, responsable de service ou aidant familial, cet article vous aidera à naviguer sereinement dans cette zone sensible.
Le cadre juridique : ce que dit la loi
La distinction fondamentale : aide à la vie quotidienne vs acte de soin
Le droit français distingue clairement deux types d’actes :
Les actes de la vie quotidienne peuvent être réalisés par toute personne, professionnelle ou non, formée ou non. Il s’agit d’actes que la personne réaliserait elle-même si elle en avait la capacité : se laver, s’habiller, manger, se déplacer… et dans certaines conditions, prendre ses médicaments.
Les actes de soins sont réservés aux professionnels de santé (médecins, infirmiers, aides-soignants sous supervision). Ils comprennent notamment l’administration de certains médicaments par voie injectable, la préparation du pilulier (dans certaines conditions), la surveillance des effets des traitements, etc.
Ce que peut faire l’auxiliaire de vie
L’auxiliaire de vie peut légalement intervenir dans la gestion des médicaments dans les situations suivantes :
L’aide à la prise de médicaments préparés par un tiers habilité
Lorsque les médicaments ont été préparés à l’avance par un infirmier, un pharmacien ou un aidant familial désigné, l’auxiliaire de vie peut aider la personne à les prendre. Concrètement, cela signifie :
- Rappeler à la personne qu’il est l’heure de prendre ses médicaments
- Apporter le pilulier ou les médicaments préparés
- Ouvrir le pilulier si la personne ne peut pas le faire
- Mettre les médicaments dans la main de la personne
- Donner un verre d’eau
- Vérifier que les médicaments ont bien été avalés
L’aide pour une personne autonome dans la gestion de son traitement
Si la personne est capable de gérer elle-même son traitement mais a besoin d’une aide ponctuelle (difficultés motrices, problèmes de vue…), l’auxiliaire de vie peut :
- Ouvrir les flacons ou les blisters que la personne ne peut pas ouvrir seule
- Lire les étiquettes si la personne a des problèmes de vue
- Apporter les médicaments à la personne
L’accompagnement aux rendez-vous médicaux
L’auxiliaire de vie peut accompagner la personne chez le médecin ou le pharmacien, prendre des notes lors de la consultation (avec l’accord de la personne), aller chercher les médicaments à la pharmacie.
Ce que l’auxiliaire de vie ne peut PAS faire
Certains actes sont formellement interdits aux auxiliaires de vie car ils relèvent exclusivement des compétences des professionnels de santé :
Préparer le pilulier
La préparation du pilulier (répartition des médicaments dans les cases correspondant aux différents moments de la journée) est considérée comme un acte de soin nécessitant une évaluation de l’ordonnance. Elle est réservée :
- Au patient lui-même s’il en est capable
- À l’infirmier
- Au pharmacien (préparation des doses à administrer – PDA)
- À l’aidant familial désigné et formé par l’infirmier
Exception importante : dans le cadre de l’aide aux actes essentiels de la vie, et si la personne est dans l’incapacité totale de préparer elle-même son pilulier, un auxiliaire de vie peut être formé et habilité par l’infirmier coordinateur du service à effectuer cette tâche, sous sa responsabilité. Cette habilitation doit être formalisée et traçée.
Administrer des médicaments par voie injectable
Les injections (sous-cutanées, intramusculaires, intraveineuses) sont des actes infirmiers. L’auxiliaire de vie ne peut en aucun cas réaliser ces gestes.
Modifier le traitement
L’auxiliaire de vie ne peut pas :
- Décider de ne pas donner un médicament
- Modifier les doses prescrites
- Donner un médicament non prescrit, même s’il semble anodin (aspirine, paracétamol…)
- Écraser ou couper des comprimés sans que cela soit validé par le médecin ou le pharmacien
Évaluer les effets du traitement
L’évaluation de l’efficacité d’un traitement ou de ses effets secondaires relève de la compétence médicale. L’auxiliaire de vie peut et doit observer et transmettre, mais pas interpréter ni décider.
Les zones grises et leur gestion
Dans la pratique quotidienne, certaines situations peuvent sembler ambiguës :
La personne refuse de prendre ses médicaments
L’auxiliaire de vie ne peut pas forcer la personne. Il doit :
- Respecter le refus (droit du patient)
- Tenter de comprendre les raisons du refus
- Proposer de réessayer plus tard
- Noter le refus dans le cahier de liaison
- Alerter l’infirmier et/ou le médecin si les refus sont répétés
Un médicament est tombé par terre
L’auxiliaire de vie ne doit pas donner un médicament tombé (risque de contamination) ni le remplacer par un autre pris dans la boîte. Il doit :
- Jeter le médicament tombé
- Noter l’incident dans le cahier de liaison
- Alerter l’infirmier pour qu’il décide de la conduite à tenir
La personne semble avoir un effet secondaire
L’auxiliaire de vie doit :
- Observer et noter précisément les symptômes
- Ne pas donner de médicament supplémentaire
- Alerter immédiatement l’infirmier ou le médecin
- En cas de signes graves, appeler le 15
Le pilulier n’a pas été préparé
L’auxiliaire de vie ne doit pas préparer lui-même le pilulier à partir des boîtes de médicaments. Il doit :
- Alerter l’infirmier ou le service
- Ne pas donner de médicaments tant que le pilulier n’est pas préparé par une personne habilitée
Les bonnes pratiques au quotidien
Avant la prise de médicaments
Vérifier l’identité de la personne : cela peut sembler évident, mais dans le cas d’interventions multiples ou de remplacements, s’assurer de donner les médicaments à la bonne personne.
Vérifier le pilulier :
- Est-ce le bon pilulier (nom de la personne) ?
- Est-ce le bon moment (matin, midi, soir) ?
- Le compartiment contient-il bien des médicaments ?
Observer l’état de la personne :
- Est-elle éveillée et en capacité d’avaler ?
- Présente-t-elle des signes inhabituels (confusion, somnolence excessive, nausées…) ?
Pendant la prise de médicaments
Installer confortablement la personne : position assise ou semi-assise pour éviter les fausses routes.
Donner les médicaments avec une quantité suffisante d’eau : sauf contre-indication, proposer un grand verre d’eau.
Rester présent : s’assurer que la personne avale bien les médicaments.
Observer : la personne a-t-elle des difficultés à avaler ? Fait-elle des grimaces ? Tousse-t-elle ?
Après la prise de médicaments
Vérifier que tous les médicaments ont été pris : rien ne reste dans la bouche ou dans le verre.
Ranger le pilulier : le remettre à sa place habituelle.
Tracer : noter dans le cahier de liaison que les médicaments ont été pris (ou signaler tout incident).
La traçabilité : une obligation professionnelle
Chaque intervention liée aux médicaments doit être tracée dans le cahier de liaison :
Informations à noter :
- Date et heure
- Identité de l’intervenant
- Médicaments donnés (ou référence au pilulier)
- Conditions de la prise (normale, difficultés, refus partiel ou total)
- Observations éventuelles
Cette traçabilité est essentielle pour :
- Assurer la continuité de la prise en charge
- Permettre aux professionnels de santé de suivre l’observance
- Protéger juridiquement l’auxiliaire de vie en cas de problème
Les situations d’urgence liées aux médicaments
L’oubli de prise
Si la personne a oublié de prendre ses médicaments (par exemple, l’auxiliaire de vie constate en arrivant que le compartiment du matin n’a pas été ouvert) :
Ne pas donner spontanément les médicaments en retard. Certains médicaments peuvent être pris avec du retard, d’autres non. La conduite à tenir doit être :
- Noter l’oubli
- Contacter l’infirmier ou le médecin pour connaître la conduite à tenir
- Suivre les instructions données
L’erreur de médicament
Si une erreur est suspectée (mauvais médicament donné, double dose…) :
Ne pas paniquer, mais agir vite :
- Ne plus donner d’autre médicament
- Noter précisément ce qui a été pris et en quelle quantité
- Appeler immédiatement l’infirmier et/ou le médecin
- En cas de signes de malaise, appeler le 15
- Garder les boîtes et le pilulier à disposition pour les montrer aux professionnels
L’intoxication médicamenteuse
En cas de suspicion d’intoxication (ingestion accidentelle d’une grande quantité de médicaments, notamment chez les personnes désorientées) :
Appeler immédiatement le 15 ou le centre antipoison. En attendant les secours :
- Noter les médicaments potentiellement ingérés et les quantités estimées
- Ne pas faire vomir la personne
- Surveiller son état de conscience et sa respiration
- Garder les boîtes pour les montrer aux secours
La coordination avec les professionnels de santé
Le rôle pivot de l’infirmier
L’infirmier est le principal interlocuteur de l’auxiliaire de vie pour tout ce qui concerne les médicaments :
L’infirmier est responsable de :
- Préparer le pilulier ou superviser sa préparation
- Évaluer la capacité de la personne à gérer son traitement
- Former et habiliter les auxiliaires de vie si nécessaire
- Surveiller l’observance et les effets du traitement
- Faire le lien avec le médecin
L’auxiliaire de vie transmet à l’infirmier :
- Les observations sur la prise des médicaments
- Les difficultés rencontrées
- Les refus de la personne
- Les effets secondaires suspectés
- Toute modification de l’état général
Le pharmacien : un allié précieux
Le pharmacien peut contribuer à sécuriser la prise de médicaments à domicile :
La Préparation des Doses à Administrer (PDA) : le pharmacien peut préparer les médicaments dans des piluliers sécurisés, souvent sous forme de sachets individuels horodatés. Ce service facilite grandement la tâche des auxiliaires de vie et réduit les risques d’erreur.
Le conseil : le pharmacien peut informer sur les modalités de prise (avec ou sans nourriture, à distance d’autres médicaments…), les effets secondaires à surveiller, les interactions médicamenteuses.
Le suivi : certains pharmaciens proposent des bilans de médication pour optimiser les traitements et détecter les problèmes.
Le médecin traitant
Le médecin prescrit et adapte le traitement. L’auxiliaire de vie n’a généralement pas de contact direct avec lui, mais peut contribuer au suivi en :
- Notant ses observations pour qu’elles soient transmises au médecin
- Accompagnant la personne à ses rendez-vous médicaux
- Alertant en cas de problème urgent via l’infirmier ou le responsable de service
Les spécificités selon les situations
Les personnes atteintes de troubles cognitifs
La gestion des médicaments chez les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées présente des défis particuliers :
Les risques spécifiques :
- Oubli de prendre les médicaments
- Prise multiple (la personne ne se souvient pas avoir déjà pris)
- Refus de prendre sans raison apparente
- Difficulté à comprendre les consignes
- Risque de confusion avec d’autres produits
Les adaptations :
- Supervision rapprochée de chaque prise
- Piluliers sécurisés (impossibles à ouvrir par la personne)
- Médicaments rangés hors de portée
- Simplification maximale du traitement (en coordination avec le médecin)
- Patience et douceur face aux refus
Le programme EDITH de DYNSEO contribue au maintien des capacités cognitives des personnes âgées. Si les troubles cognitifs sont trop avancés pour permettre une autonomie médicamenteuse, la stimulation régulière peut cependant aider la personne à rester plus longtemps coopérante lors des soins et à conserver une meilleure compréhension des situations du quotidien.
Les personnes en soins palliatifs
En fin de vie, la gestion des médicaments évolue :
Les priorités changent :
- Le confort prime sur l’observance stricte
- Les traitements préventifs sont souvent allégés
- Les traitements symptomatiques (douleur, anxiété, nausées) deviennent prioritaires
Le rôle de l’auxiliaire de vie :
- Rester vigilant sur les signes d’inconfort
- Transmettre rapidement toute modification de l’état
- Respecter les choix de la personne et de sa famille
- Travailler en coordination étroite avec l’équipe de soins palliatifs
Les personnes polymédiquées
La polymédication (prise de nombreux médicaments) est fréquente chez les personnes âgées et augmente les risques :
Les risques :
- Interactions médicamenteuses
- Effets secondaires cumulés
- Erreurs dans la prise
- Mauvaise observance
Les précautions :
- Vigilance accrue sur les effets secondaires
- Communication renforcée avec l’équipe soignante
- Encouragement aux bilans de médication
La formation : un investissement essentiel
Les compétences à acquérir
Pour intervenir en sécurité dans l’aide à la prise de médicaments, l’auxiliaire de vie doit :
Connaître le cadre légal : savoir ce qu’il peut et ne peut pas faire.
Maîtriser les bonnes pratiques : hygiène, vérifications, traçabilité.
Savoir observer et transmettre : repérer les anomalies, les décrire précisément.
Connaître les conduites d’urgence : savoir réagir face aux situations à risque.
Communiquer efficacement : avec la personne, les proches, les professionnels de santé.
Les formations disponibles
De nombreuses formations peuvent renforcer les compétences des auxiliaires de vie :
La formation initiale (DEAES – Diplôme d’État d’Accompagnant Éducatif et Social) inclut des modules sur l’aide à la prise de médicaments.
Les formations continues permettent d’approfondir les connaissances et de se mettre à jour.
La formation « Stimuler et créer du lien avec les jeux DYNSEO » s’inscrit dans cette logique de formation continue. Si elle ne porte pas spécifiquement sur les médicaments, elle développe des compétences relationnelles essentielles pour accompagner les personnes présentant des troubles cognitifs, y compris lors des moments délicats comme la prise de médicaments.
Les ressources pratiques
La Boîte à outils de l’aide à domicile de DYNSEO offre des ressources pratiques pour l’ensemble des aspects de l’accompagnement. Elle peut constituer un support précieux pour le quotidien professionnel.
La responsabilité professionnelle
En cas de problème, qui est responsable ?
La question de la responsabilité en cas d’incident lié aux médicaments est complexe et dépend des circonstances :
Si l’auxiliaire de vie a respecté le cadre de ses missions :
- A donné les médicaments préparés par l’infirmier
- A respecté les consignes
- A tracé son intervention
- A signalé les anomalies
→ Sa responsabilité personnelle ne devrait pas être engagée.
Si l’auxiliaire de vie a outrepassé ses fonctions :
- A préparé le pilulier sans y être habilité
- A modifié les doses
- A donné un médicament non prescrit
→ Sa responsabilité pourrait être engagée.
Comment se protéger ?
Respecter scrupuleusement le cadre légal : ne jamais faire ce qu’on n’a pas le droit de faire, même si on nous le demande.
Tracer systématiquement : le cahier de liaison est une protection juridique.
Signaler les difficultés : ne pas rester seul face à une situation problématique.
Se former : la compétence protège des erreurs.
Connaître les protocoles de son service : chaque structure peut avoir des procédures spécifiques.
Conclusion : un équilibre entre aide et sécurité
L’aide à la prise de médicaments par les auxiliaires de vie s’inscrit dans un équilibre délicat entre la nécessité d’accompagner les personnes dans leur vie quotidienne et l’impératif de sécurité qui entoure la gestion des traitements médicamenteux.
Les clés d’une pratique sécurisée sont :
- La connaissance du cadre légal et de ses limites
- Le respect des bonnes pratiques (vérification, hygiène, traçabilité)
- L’observation attentive et la transmission fidèle
- La coordination étroite avec les professionnels de santé
- La formation continue pour maintenir et développer ses compétences
L’auxiliaire de vie n’est pas un soignant, mais il est un maillon essentiel de la chaîne de soins à domicile. En restant dans son rôle tout en l’assumant pleinement, il contribue à la sécurité et au bien-être des personnes accompagnées.
DYNSEO accompagne les professionnels de l’aide à domicile dans l’ensemble de leurs missions. Le programme EDITH aide à maintenir les capacités des personnes accompagnées, la formation développe les compétences professionnelles, et la boîte à outils offre des ressources pratiques pour le quotidien.
Ensemble, construisons un accompagnement de qualité, respectueux des personnes et du cadre légal.
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Ressources complémentaires DYNSEO :
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Article rédigé par DYNSEO, spécialiste des solutions numériques pour le bien-vieillir et l’accompagnement des troubles cognitifs.