La chute est survenue. Quelqu'un est au sol. Les prochaines secondes, les prochaines minutes, les prochaines heures vont compter — pour la sécurité physique immédiate de la personne, pour la qualité de sa récupération, et pour la prévention de la prochaine chute. Ce guide pratique détaille les bons réflexes, du geste immédiat à l'analyse post-chute, pour soignants et familles.

1. Le premier geste : ne pas précipiter le relever

La première réaction spontanée face à une personne tombée est de vouloir la relever immédiatement — par réflexe de soin, parfois aussi par gêne ou par peur que la situation dure. C'est souvent la mauvaise décision. Relever une personne trop vite, sans avoir évalué ce qui s'est passé et ce qu'elle ressent, peut aggraver une fracture non diagnostiquée, déplacer une blessure, ou provoquer une deuxième chute si la personne n'est pas encore stable.

Le premier geste est de rester calme, se mettre à la hauteur de la personne, la rassurer, et prendre le temps d'évaluer la situation avant d'agir. Ce temps — qui semble long dans l'urgence — est en réalité de quelques dizaines de secondes à quelques minutes. Il est indispensable.

2. L'évaluation immédiate : que regarder en priorité

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Conscience et état général

La personne est-elle consciente ? Répond-elle à la voix ? Présente-t-elle des signes de détresse (pâleur, sueurs, difficulté à respirer) ? Si inconsciente ou en détresse sévère — appeler le 15 immédiatement, ne pas déplacer.

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Douleur et capacité à bouger

Demander où elle a mal. Observer si elle peut bouger ses membres sans douleur. Une douleur vive à la hanche, au poignet ou au dos après une chute doit faire suspecter une fracture — ne pas faire bouger la zone douloureuse avant l'évaluation médicale.

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Temps passé au sol

Depuis combien de temps la personne est-elle au sol ? Plus d'une heure au sol expose à des complications spécifiques (rhabdomyolyse, hypothermie, escarre naissante) qui doivent être recherchées médicalement.

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Mécanisme de la chute

Si la personne peut le décrire — ou si quelqu'un a vu la chute — noter le mécanisme. A-t-elle glissé ? Buté ? Perdu connaissance ? S'est-elle sentie mal avant de tomber ? Ces informations sont précieuses pour le médecin.

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Blessures visibles

Inspecter visuellement — plaies, hématomes, déformation d'un membre. Ne pas palper une zone douloureuse. Couvrir les plaies sans comprimer si fracture suspectée.

3. Gérer la personne au sol : que faire en attendant

Si la personne ne peut pas se relever immédiatement (fracture suspectée, douleur intense, attente du médecin ou du SAMU), la priorité est de la maintenir en sécurité et en confort au sol — pas de la laisser seule dans l'angoisse ou le froid.

✦ Pendant l'attente au sol

  • Rester présent — ne jamais laisser la personne seule ; si on doit appeler, le faire depuis la chambre ou envoyer quelqu'un
  • Rassurer verbalement — parler calmement, expliquer ce qu'on fait, nommer la personne
  • Prévenir l'hypothermie — couvrir avec une couverture si le sol est froid, particulièrement les jambes et le tronc
  • Ne pas donner à boire si fracture suspectée ou si une chirurgie pourrait être nécessaire
  • Installer confortablement — si aucune fracture n'est suspectée, un coussin sous la tête peut être posé doucement
  • Surveiller l'état de conscience — tout changement (somnolence, confusion croissante, vomissements) doit déclencher l'appel au 15

4. Comment relever une personne tombée en sécurité

🔄 Protocole de relever sécurisé (si aucune fracture suspectée)

  1. S'assurer que la personne est consciente, ne signale pas de douleur vive, et peut bouger ses membres
  2. Placer une chaise ferme près d'elle, à portée de main
  3. L'aider à se mettre sur le côté (côté non douloureux si douleur unilatérale)
  4. L'aider à passer à quatre pattes — position intermédiaire stable
  5. Placer la chaise devant elle pour lui donner un appui
  6. L'aider à genouiller sur un genou, puis à se lever en poussant sur la chaise
  7. L'asseoir sur la chaise dès qu'elle est debout — ne pas la faire marcher immédiatement
  8. Attendre qu'elle soit stable, surveiller les signes d'hypotension orthostatique, avant tout déplacement

⚠️ Ne jamais relever seul une personne tombée si on risque de se blesser ou de la blesser. Appeler un collègue. En EHPAD, le protocole de relever à deux est recommandé pour les résidents lourds ou peu coopérants. La formation aux techniques de relever fait partie de la prévention des troubles musculo-squelettiques des soignants.

5. Quand appeler le SAMU

Appeler le 15 immédiatement si : La personne est inconsciente ou présente une perte de connaissance même brève. Elle signale une douleur très intense à la hanche, au dos ou au cou. Elle ne peut pas du tout bouger un membre. Elle présente une déformation visible d'un membre. Elle a vomi après la chute. Elle présente une confusion soudaine ou une altération de la conscience. Elle est restée plus d'une heure au sol. Elle présente des signes de détresse cardiovasculaire (douleur thoracique, dyspnée, pâleur intense). En cas de doute — appeler. Le médecin régulateur aidera à évaluer la situation.

6. Dans les heures qui suivent la chute

Même quand la chute semble bénigne, les heures qui suivent méritent une vigilance accrue. Certaines complications — hématome intracrânien après choc à la tête, aggravation d'une fracture non diagnostiquée, douleur retardée — peuvent apparaître dans les 12 à 24 heures après la chute. Une surveillance régulière des paramètres vitaux, de l'état de conscience et de la douleur est nécessaire.

La chute doit être documentée dans le dossier soignant — heure, circonstances, blessures constatées, évaluation réalisée, mesures prises, appel médical, transmission à la famille. Cette documentation est à la fois un outil de soins (pour la continuité de l'observation) et un outil médico-légal.

7. Annoncer la chute à la famille

📞 Comment annoncer la chute
Une annonce honnête, complète, et humaine

La famille doit être informée de toute chute — même bénigne. L'annonce doit être faite rapidement (le jour même ou le lendemain au plus tard), honnêtement (ne pas minimiser ni dramatiser), et par quelqu'un qui a les informations complètes — idéalement l'infirmier du service.

Ce qu'on dit : ce qui s'est passé, comment la personne va, ce qu'on a fait, ce qu'on va faire. Ce qu'on ne fait pas : minimiser pour éviter l'inquiétude, promettre que ça n'arrivera plus, rejeter la responsabilité sur la personne qui est tombée.

✦ Si la famille réagit avec colère ou culpabilité

Accueillir l'émotion sans se défendre. Proposer une rencontre pour expliquer la démarche de prévention. Donner à la famille un rôle concret dans la prévention future. L'alliance soignant-famille après une chute est fragile — elle se construit dans la transparence et la reconnaissance de l'émotion de chacun.

8. L'analyse post-chute : tirer les leçons

L'analyse post-chute est le moment où l'équipe s'interroge collectivement sur ce qui s'est passé — pas pour chercher des coupables, mais pour comprendre et améliorer. Elle devrait être systématique après chaque chute, et particulièrement rigoureuse après une chute grave ou une récidive dans les 30 jours.

« On a instauré un débriefing de 10 minutes après chaque chute, en équipe. Pas pour se reprocher quoi que ce soit — pour réfléchir ensemble. En 6 mois, le nombre de chutes évitables a diminué de 40 %. Pas parce qu'on a trouvé la solution magique — parce qu'on a pris le temps de regarder ce qui s'était passé vraiment. »

— Directrice des soins, EHPAD Auvergne-Rhône-Alpes

9. Prévenir le syndrome post-chute

Le syndrome post-chute — peur de rechuter qui conduit à réduire la mobilité, aggravant le risque futur — est l'une des conséquences les plus fréquentes et les plus insidieuses d'une chute chez la personne âgée. Sa prévention commence dans les heures qui suivent la chute.

✦ Prévention du syndrome post-chute

  • Remobilisation précoce — dès que l'état physique le permet, encourager le retour à la marche avec accompagnement et sécurité, pour ne pas laisser s'installer la peur
  • Nommer la peur — permettre à la personne d'exprimer sa peur de rechuter, la valider sans la renforcer
  • Reprise progressive — ne pas vouloir aller trop vite ; une reprise rassurante, avec succès petits mais concrets, reconstruit la confiance plus efficacement qu'une reprise brutale
  • Travail avec le kinésithérapeute — la rééducation post-chute doit intégrer un travail sur la confiance en plus du travail sur l'équilibre physique
  • Soutien psychologique si nécessaire — pour les syndromes post-chute sévères (refus total de marcher, anxiété intense), l'accompagnement par le psychologue est indiqué
  • Impliquer la famille — les encourager à marcher avec leur proche lors des visites, à valoriser chaque pas sans dramatiser le risque

10. Réviser le plan de prévention

Une chute est une information. Elle dit que le plan de prévention existant n'a pas suffi à éviter cette chute — et qu'il doit être révisé. Cette révision doit être formalisée dans le dossier soignant, décidée en équipe pluridisciplinaire, et communiquée à la famille. Elle doit répondre à une question simple : qu'est-ce qu'on fait différemment maintenant pour que ça n'arrive pas de nouveau ?

La réponse peut être simple (changer l'éclairage, revoir la hauteur du lit, adapter le chaussage) ou complexe (révision médicamenteuse, réévaluation des aides techniques, programme de kinésithérapie renforcé). Elle doit être concrète, réaliste, et assortie d'un suivi pour vérifier qu'elle est effectivement mise en place.

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