Jeux de société adaptés en EHPAD : sélection et conseils d'animation
Dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, l'après-midi a longtemps ressemblé à une télévision allumée dans un salon et à quelques résidents qui somnolent devant. Depuis une quinzaine d'années, une autre image s'impose peu à peu : une table, quelques cartes larges, un plateau aux couleurs franches, et autour, des personnes qui rient, se taquinent, se souviennent. Les jeux de société adaptés en EHPAD ne sont pas un simple passe-temps pour occuper les heures creuses : ils sont devenus un véritable support d'animation, de stimulation cognitive et de lien social, à condition d'être choisis et animés avec soin.
Cet article s'adresse autant aux animateurs, aux soignants et aux psychologues qu'aux familles qui cherchent quoi offrir à un parent en établissement. Il explique comment reconnaître un jeu réellement adapté au grand âge, propose une sélection concrète par type de public, détaille le déroulé d'une séance réussie et signale les pièges les plus fréquents. Il ne remplace ni le projet d'animation de votre structure, ni l'avis des professionnels de santé qui suivent chaque résident : il vous donne de quoi construire des moments de jeu qui font du bien, et qui durent.
L'essentiel en 30 secondes
Un jeu de société adapté en EHPAD est un jeu dont les règles, le matériel et le rythme ont été pensés pour des personnes âgées, souvent fragilisées sur le plan cognitif, sensoriel ou moteur. Le bon jeu n'est pas forcément un jeu « pour seniors » : c'est un jeu qu'on a su choisir, préparer et accompagner.
- Adapter, pas infantiliser — gros caractères, pièces préhensibles, règles allégées, durée courte : on ajuste la forme sans transformer l'activité en jeu d'enfant.
- Choisir selon le profil — un jeu de réminiscence pour une personne Alzheimer, un jeu visuel et non verbal en cas d'aphasie, un jeu à fort contraste en cas de baisse de vue.
- Soigner l'animation autant que le jeu — un petit groupe, un environnement calme, une durée limitée et un animateur présent comptent plus que le titre choisi.
- Viser le lien avant la performance — l'objectif n'est pas de gagner ni de « faire travailler la mémoire », mais de créer de l'échange, du plaisir et de la valorisation.
- S'appuyer sur les professionnels — le choix des activités se pense avec l'équipe soignante, en tenant compte des capacités et des consignes propres à chaque résident.
Pourquoi les jeux de société ont toute leur place en EHPAD
Le jeu n'est pas réservé à l'enfance. Chez la personne âgée, y compris très dépendante, il reste l'une des rares activités qui mobilisent en même temps le corps, la tête, les émotions et la relation aux autres. C'est cette convergence qui le rend précieux en établissement, là où l'ennui, le repli et la perte de repères pèsent souvent autant que la maladie elle-même.
La Haute Autorité de santé et les recommandations relatives à la qualité de vie en EHPAD insistent sur l'importance des activités de vie sociale et de la lutte contre l'isolement des résidents. Le jeu de société s'inscrit exactement dans cette logique : il structure un temps, réunit des personnes qui ne se parleraient pas spontanément, et redonne à chacun un rôle actif dans un quotidien où l'on subit beaucoup et où l'on décide peu.
Un support qui agit sur plusieurs plans à la fois
Le plan cognitif
Attention, mémoire, langage, raisonnement, repérage dans l'espace : selon le jeu, différentes fonctions sont sollicitées, en douceur et sans que la personne ait l'impression de passer un test.
Le plan social
Le jeu crée une raison de se retrouver, d'échanger un regard, de se moquer gentiment. Il fait exister le groupe et rompt la juxtaposition silencieuse des résidents.
Le plan émotionnel
Réussir, faire rire, raconter un souvenir : autant d'occasions de se sentir compétent et reconnu. La valorisation est souvent le premier bénéfice observé.
Le plan moteur
Saisir une carte, poser un pion, manipuler un dé large : la motricité fine est mobilisée sans que la séance ressemble à une rééducation.
Cette richesse explique pourquoi le jeu figure de plus en plus dans les projets d'animation et les projets d'accompagnement personnalisés. Il ne s'agit pas de « faire jouer pour faire jouer », mais d'utiliser un support familier, non médicalisé, non stigmatisant, pour poursuivre des objectifs concrets : maintien des capacités, prévention du repli, apaisement des troubles du comportement, soutien de l'estime de soi.
Un plaisir avant d'être un outil
Il faut le dire nettement, car c'est la clé de tout ce qui suit : un jeu de société n'a d'intérêt que s'il procure du plaisir. Une personne qui joue parce qu'on lui a dit que « c'est bon pour sa mémoire » ne joue pas vraiment : elle exécute. Le bénéfice cognitif et social vient précisément parce que la personne s'engage librement, s'amuse, oublie un moment qu'elle est dépendante. L'animateur qui garde cela en tête choisira toujours mieux ses jeux que celui qui cherche d'abord un effet thérapeutique.
Une crainte revient souvent chez les familles : proposer un jeu, ne serait-ce pas traiter le parent comme un enfant ? La réponse tient dans le choix du jeu et dans la posture. Un jeu de cartes traditionnel, un quiz de culture générale ou un jeu de réminiscence sur les métiers d'autrefois n'ont rien d'enfantin : ils s'appuient au contraire sur l'expérience et la mémoire d'une vie entière. C'est l'infantilisation qui blesse, jamais le jeu bien choisi.
Ce qui change quand on adapte un jeu au grand âge
Un jeu du commerce, aussi bon soit-il, n'est pas toujours utilisable tel quel avec des résidents fragilisés. L'adaptation ne consiste pas à simplifier bêtement : elle consiste à lever les obstacles qui empêchent la personne de jouer, sans toucher à ce qui fait le sel du jeu. Quatre dimensions méritent d'être examinées avant chaque séance.
Le matériel : voir, saisir, manipuler
La baisse de la vue et la perte de dextérité sont deux réalités très répandues en établissement. Un jeu adapté propose des éléments lisibles et préhensibles : grandes cartes, gros caractères, symboles contrastés, pions larges et stables, dés surdimensionnés, plateau qui ne glisse pas. Des solutions simples existent aussi pour transformer un jeu ordinaire : porte-cartes en bois pour les mains qui tremblent, tapis antidérapant, dé à lancer dans un gobelet pour éviter qu'il roule au sol.
| Obstacle fréquent | Adaptation concrète |
|---|---|
| Vue basse, petits caractères illisibles | Cartes format XXL, symboles épais et contrastés, éclairage direct sur la table |
| Mains qui tremblent, difficulté à tenir un éventail de cartes | Porte-cartes posé sur la table, cartes tenues à plat plutôt qu'en main |
| Préhension difficile, arthrose | Gros pions, jetons épais, dés larges, pièces en bois plutôt qu'en carton fin |
| Dé qui tombe et se perd | Dé lancé dans un plateau à rebord ou un gobelet |
| Audition réduite | Consignes écrites en gros, gestes clairs, placement de l'animateur face à la personne |
Les règles : alléger sans dénaturer
Une règle trop longue à expliquer perd le groupe avant même que la partie commence. L'adaptation consiste à retenir le cœur du jeu et à écarter les subtilités accessoires. On peut supprimer une phase, réduire le nombre de cartes, jouer en équipes pour que personne ne soit exposé seul, ou transformer une partie en un enchaînement de manches très courtes. L'objectif est qu'après une explication de deux minutes, tout le monde ait compris comment jouer son tour.
Le rythme : du temps, toujours
Le grand âge et les troubles cognitifs ralentissent le traitement de l'information. Un jeu adapté laisse à chacun le temps de réfléchir, de retrouver un mot, de décider, sans pression du chronomètre ni des voisins. On bannit les jeux de rapidité pure, on accepte les silences, et l'animateur régule le tempo pour que les plus lents ne soient jamais mis en difficulté devant les autres.
L'enjeu : coopérer plutôt qu'exclure
La compétition peut motiver, mais elle expose au risque de mettre en échec des personnes déjà fragilisées. Beaucoup de jeux adaptés privilégient la coopération, l'objectif commun, ou une comptabilisation des points suffisamment souple pour que perdre ne soit jamais humiliant. On peut aussi jouer sans compter du tout : le plaisir de la partie se suffit à lui-même.
Chaque adaptation doit se penser avec la personne, jamais contre elle. Une résidente qui tient à jouer aux cartes « comme avant », sans porte-cartes, a le droit de le faire même si c'est plus difficile. Le rôle de l'animateur est de proposer des aides, pas de les imposer. Pour toute question touchant aux capacités motrices, sensorielles ou cognitives d'un résident, appuyez-vous sur l'évaluation de l'équipe soignante : ergothérapeute, orthophoniste, psychologue et médecin coordonnateur sont les mieux placés pour situer ce qui est possible.
Notre sélection de jeux de société adaptés en EHPAD
Il n'existe pas de jeu miracle qui conviendrait à tous les résidents. La bonne démarche consiste à disposer d'une petite ludothèque variée, couvrant plusieurs familles de jeux et plusieurs niveaux de difficulté, dans laquelle l'animateur pioche selon le groupe du jour. Voici les grandes catégories à connaître, avec des exemples de mécaniques plutôt que des marques, pour que la sélection reste utile quels que soient les produits disponibles.
Les jeux de cartes traditionnels
La belote, le rami, la bataille, le uno ou le tarot font partie du patrimoine ludique de générations entières. Leur immense avantage : ils sont déjà connus. Une personne qui ne se souvient plus de ce qu'elle a mangé au déjeuner peut parfaitement retrouver les gestes et les règles d'un jeu pratiqué toute sa vie, car la mémoire procédurale et la mémoire ancienne résistent souvent mieux aux atteintes cognitives. On les propose avec des cartes grand format et en équipes lorsque c'est nécessaire.
Les jeux de réminiscence
Ce sont des jeux qui s'appuient sur les souvenirs : images d'autrefois, objets anciens, chansons, métiers, publicités, événements marquants. Ils ne cherchent pas à faire gagner mais à faire parler, se souvenir, transmettre. Particulièrement adaptés aux personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, ils réveillent une mémoire préservée et redonnent à la personne un statut d'expert de sa propre vie. Une simple boîte de photographies d'époque peut suffire à lancer un échange d'une richesse inattendue.
Les jeux de mots et de langage
Le petit bac, les mots mêlés géants, les proverbes à compléter, les devinettes ou les jeux d'association d'idées sollicitent le langage et la culture générale. Ils valorisent un savoir accumulé et fonctionnent très bien en groupe, chacun pouvant compléter ce que l'autre a sur le bout de la langue. On les évite en revanche, ou on les adapte fortement, pour les personnes présentant une aphasie marquée.
Les jeux de plateau simples
Les jeux de parcours à dé, les jeux de loto, les dominos, les jeux d'observation ou d'appariement offrent une mécanique claire et un rythme paisible. Le loto est un cas d'école : règle immédiate, participation possible en très grand groupe, matériel facile à agrandir, et une dimension conviviale forte. Les dominos, eux, se prêtent à de longues parties tranquilles et travaillent discrètement le repérage des chiffres et l'appariement.
Les jeux de manipulation et sensoriels
Pour les résidents les plus dépendants ou très avancés dans la maladie, les jeux fondés sur le toucher, les couleurs, les textures ou les gestes simples gardent tout leur sens : trier, empiler, assortir, reconnaître un objet les yeux fermés. Ici, la notion de gagnant disparaît complètement au profit de la stimulation sensorielle et du plaisir de manipuler.
| Famille de jeu | Ce qu'elle sollicite surtout | Public particulièrement adapté |
|---|---|---|
| Cartes traditionnelles | Mémoire ancienne, calcul, convivialité | Résidents autonomes ou peu atteints |
| Réminiscence | Mémoire ancienne, langage, émotions | Maladie d'Alzheimer et troubles apparentés |
| Mots et langage | Langage, culture générale, évocation | Résidents au langage préservé |
| Plateau simple (loto, dominos) | Attention, repérage, lien social | Groupes mixtes, grands groupes |
| Manipulation, sensoriel | Toucher, motricité, apaisement | Grande dépendance, stades avancés |
Un établissement gagne à raisonner en gamme plutôt qu'en achat isolé. L'idéal est de couvrir chaque famille ci-dessus, avec pour chacune un niveau « facile » et un niveau « plus exigeant », afin que l'animateur puisse toujours ajuster à la composition du groupe. Pensez aussi à recenser ce que les résidents connaissent déjà : un jeu familier vaut souvent mieux qu'une nouveauté séduisante mais complexe à expliquer.
Adapter le jeu selon les troubles
La population d'un EHPAD est tout sauf homogène. À côté de résidents pleinement lucides cohabitent des personnes atteintes de troubles cognitifs, sensoriels ou moteurs très divers. Un jeu excellent pour l'un peut mettre l'autre en échec. Cette section propose des repères par grand type de difficulté : ce sont des orientations générales, à confronter toujours à la situation réelle du résident et aux consignes des professionnels qui le suivent.
Maladie d'Alzheimer et troubles apparentés
Ici, la mémoire récente et les fonctions exécutives sont touchées, alors que la mémoire ancienne, l'émotion et les gestes automatiques résistent souvent plus longtemps. On privilégie donc les jeux courts, sans consigne à mémoriser, appuyés sur des souvenirs anciens et sur le plaisir immédiat. La réminiscence, les chansons, les images d'autrefois, les gestes familiers fonctionnent particulièrement bien. On évite les jeux qui exigent de retenir une règle, de planifier plusieurs coups à l'avance ou de suivre un score.
- Ce qui aide : une seule consigne à la fois, beaucoup de valorisation, l'acceptation de jouer « à côté » des règles si la personne y trouve du plaisir.
- ❌ À éviter : corriger sans cesse, insister sur l'erreur, rappeler à la personne ce qu'elle vient d'oublier. On rebondit sur ce qu'elle dit, on ne la ramène pas à son déficit.
Aphasie et troubles du langage
Après un AVC notamment, la personne peut comprendre sans pouvoir s'exprimer, ou l'inverse. On s'oriente alors vers des jeux visuels et non verbaux : appariement d'images, couleurs, dominos, jeux d'observation où l'on montre plutôt qu'on nomme. Le jeu devient un formidable moyen de communiquer autrement, par le geste et le regard, et de rester dans l'échange malgré la barrière des mots.
Face à une personne aphasique qui cherche un mot, on ne finit pas ses phrases à sa place et on ne hausse pas le ton. On lui dit simplement : « Prenez votre temps, montrez-moi si c'est plus facile. » On laisse le temps, on propose un support visuel, on accueille le geste comme une réponse valable. L'aphasie n'est jamais une atteinte de l'intelligence.
Déficiences visuelles
Pour une personne malvoyante, tout se joue dans le contraste, la taille et le toucher. On choisit des jeux à gros symboles très contrastés, on ajoute un éclairage direct, on privilégie les éléments reconnaissables au doigt : dominos en relief, pièces de formes distinctes, cartes tactiles. Le loto peut se jouer en annonçant clairement et lentement chaque numéro. On décrit à voix haute ce qui se passe sur la table pour que la personne suive la partie.
Troubles moteurs et grande dépendance
Quand la manipulation devient difficile, on réduit le geste à l'essentiel : pointer, désigner, choisir parmi peu d'options, laisser l'animateur poser à la place tout en gardant la décision. Pour les résidents les plus dépendants, on bascule vers le sensoriel et le relationnel : c'est le lien, la voix, la présence et le toucher qui portent la séance, bien plus que le jeu lui-même.
| Profil | À privilégier | À éviter ou adapter |
|---|---|---|
| Alzheimer, stade léger à modéré | Réminiscence, chansons, jeux très courts | Règles à mémoriser, score, planification |
| Aphasie | Jeux visuels, appariement, observation | Jeux de mots, devinettes verbales |
| Malvoyance | Gros symboles contrastés, tactile, loto annoncé | Petits caractères, cartes fines uniformes |
| Troubles moteurs | Désignation, gros pions, aide au geste | Manipulation fine, rapidité |
| Grande dépendance | Sensoriel, toucher, relation, voix | Tout enjeu de performance ou de score |
Envie de vous former à l'animation par le jeu ?
La formation DYNSEO « Accompagner les seniors autrement : jouer pour stimuler et partager » reprend tout cela en 30 leçons : choisir, adapter, animer et évaluer une séance de jeu auprès de personnes âgées. 100 % en ligne, accès illimité, attestation de fin de formation. Organisme certifié Qualiopi (N° 11757351875).
Découvrir la formation — 150 €Animer une séance de jeu : le déroulé pas à pas
Le meilleur jeu du monde ne produit rien s'il est mal animé, et un jeu très simple, bien accompagné, peut transformer un après-midi. L'animation ne s'improvise pas totalement : elle suit un déroulé souple mais repérable, que l'on peut décomposer en étapes. Ce cadre vaut pour un atelier planifié comme pour une partie plus spontanée.
- Préparer en amont. On choisit le jeu en fonction du groupe attendu, on vérifie le matériel, on installe la table dans un lieu calme et bien éclairé, et on prévoit une durée réaliste. Un jeu préparé rassure l'animateur et donne du rythme à la séance.
- Accueillir et installer. On va chercher les résidents, on les installe confortablement, on veille aux lunettes et aux appareils auditifs, on place chacun de façon à se voir et à s'entendre. Ce moment d'accueil, où l'on nomme les personnes et où l'on crée l'ambiance, fait déjà partie du jeu.
- Expliquer simplement. On présente le jeu en quelques phrases, on montre plutôt qu'on décrit, on fait un tour d'essai « pour de faux ». Mieux vaut une explication trop courte, complétée en jouant, qu'un long exposé de règles que personne ne retiendra.
- Lancer et réguler. Pendant la partie, l'animateur distribue la parole, relance les plus discrets, tempère les plus vifs, aide sans faire à la place, et veille à ce que chacun ait son moment. Il valorise les réussites et dédramatise les erreurs.
- Rebondir sur ce qui émerge. Un souvenir, une anecdote, un fou rire : souvent, le plus précieux surgit à côté du jeu. Un bon animateur sait alors lâcher la règle pour laisser vivre l'échange, puis y revenir en douceur.
- Clôturer et valoriser. On termine sur une note positive, on remercie, on souligne ce qui a été partagé plutôt que qui a gagné. On raccompagne, et l'on note ce qu'on a observé pour préparer la fois suivante et le transmettre à l'équipe.
La posture de l'animateur
Animer, ce n'est pas diriger : c'est faciliter. La bonne posture est faite de calme, de disponibilité et de bienveillance active. L'animateur parle lentement, laisse des silences, s'adresse à la personne et non à son déficit, et se réjouit sincèrement des petites victoires. Il accepte que la séance ne se déroule pas comme prévu, qu'un résident refuse de jouer, qu'un autre transforme les règles : cette souplesse fait toute la différence entre un atelier vivant et un exercice imposé.
Le refus est un droit, et il a toujours un sens. Plutôt que d'insister, on propose une place d'observateur : « Vous voulez rester près de nous et regarder ? » Beaucoup de personnes entrent dans le jeu progressivement, par la porte de l'observation, une fois rassurées. On respecte le non d'aujourd'hui sans en faire un non définitif, et on réessaie une autre fois, autrement.
Poser le cadre : durée, groupe, environnement
Autour du jeu, quelques paramètres pratiques conditionnent la réussite d'une séance bien plus qu'on ne l'imagine. Les négliger, c'est risquer la fatigue, la dispersion ou l'échec, quel que soit le talent de l'animateur.
La taille du groupe
Un petit groupe de quatre à six personnes permet à chacun d'exister, d'être vu et entendu, et à l'animateur de rester attentif à tous. Les grands groupes conviennent à certaines activités très cadrées comme le loto, mais dispersent l'attention et laissent les plus discrets sur le bord. On compose aussi les groupes avec soin, en veillant à des niveaux compatibles pour que personne ne se sente ni écrasé, ni retenu par les autres.
La durée
La fatigabilité est une réalité majeure chez la personne âgée fragilisée. Une séance de trente à quarante-cinq minutes suffit souvent ; au-delà, l'attention chute et le plaisir avec elle. Mieux vaut arrêter sur un moment fort, en laissant l'envie de recommencer, que d'étirer la partie jusqu'à l'épuisement. Un atelier court et joyeux marque davantage qu'un long atelier laborieux.
L'environnement
Le calme
On coupe la télévision, on choisit un lieu à l'écart des allées et venues. Le bruit de fond épuise l'attention et gêne les personnes malentendantes.
La lumière
Un éclairage franc et direct sur la table, sans reflet ni contre-jour. Beaucoup de difficultés attribuées au jeu viennent en réalité d'un mauvais éclairage.
Le confort
Une bonne assise, une table à la bonne hauteur accessible aux fauteuils, de l'espace pour poser les coudes. Le confort physique conditionne la disponibilité mentale.
Le moment
On tient compte des rythmes : après la sieste plutôt qu'en fin de journée, à distance des soins et des repas. Le bon créneau évite bien des refus.
La régularité
Un rendez-vous de jeu qui revient chaque semaine, à heure fixe, devient un repère précieux dans un quotidien souvent désorienté. La régularité rassure, crée l'attente, installe des habitudes et permet aux progrès et aux liens de se construire dans la durée. Un atelier isolé fait plaisir ; un atelier régulier transforme.
L'hygiène et l'entretien du matériel
En collectivité, un point pratique mérite attention : le matériel de jeu passe de main en main. On privilégie donc des supports lavables ou désinfectables — pièces en bois ou en plastique plutôt qu'en carton fragile — et l'on suit les protocoles d'hygiène de l'établissement, en lien avec l'équipe soignante. Un jeu propre, complet et rangé donne aussi une image de soin et de respect qui compte aux yeux des résidents. Vérifier avant chaque séance qu'aucune pièce ne manque évite par ailleurs les interruptions frustrantes qui font retomber l'ambiance.
Les erreurs à éviter en animation
Certaines maladresses reviennent régulièrement et suffisent à gâcher une séance ou à décourager un résident. Les connaître permet de les prévenir. Aucune n'est une faute grave : ce sont des réflexes bien intentionnés qui se retournent contre le but recherché.
| ✅ Ce qui fonctionne | ❌ Ce qui dessert |
|---|---|
| Choisir le jeu selon le groupe présent | Imposer le même jeu à tous, sans tenir compte des profils |
| Expliquer court et montrer en jouant | Réciter toutes les règles avant de commencer |
| Laisser le temps de réfléchir et de répondre | Finir les phrases, presser, répondre à la place |
| Valoriser la participation et l'échange | Insister sur le score, souligner les erreurs |
| Accepter que la personne joue à sa façon | Corriger sans cesse au nom des règles |
| Arrêter sur un moment fort, avant la fatigue | Étirer la partie jusqu'à l'épuisement |
| Adapter le jeu discrètement | Afficher l'adaptation comme un jeu « pour handicapés » |
C'est l'erreur la plus blessante et la plus fréquente : parler à un adulte de quatre-vingts ans comme à un enfant, applaudir de façon exagérée, employer un ton mièvre, choisir des jeux ostensiblement enfantins. La personne le perçoit, s'en trouve humiliée, et se ferme. On s'adresse toujours à l'adulte, à son histoire, à sa dignité. Un jeu peut être simple sans jamais être puéril.
Ne pas confondre animation et rééducation
Un atelier de jeu de société n'est ni une séance d'orthophonie, ni un bilan neuropsychologique, ni une prescription. L'animateur stimule, crée du lien, observe et transmet ; il ne diagnostique pas, ne rééduque pas et ne pose aucun pronostic. Lorsqu'il repère quelque chose d'inhabituel — une difficulté nouvelle, un retrait soudain, une souffrance — son rôle est de l'observer, de le signaler à l'équipe soignante et de laisser les professionnels de santé en tirer les conclusions. Cette frontière protège le résident et clarifie la place de chacun.
Ce que le jeu apporte vraiment
Il est tentant de vouloir mesurer les bénéfices du jeu comme on mesurerait ceux d'un médicament. La réalité est plus nuancée : les effets sont réels, observables, mais ils tiennent souvent davantage au lien et au plaisir qu'à un gain cognitif chiffrable. Voici ce que les équipes constatent le plus fréquemment, présenté honnêtement, sans promesse de résultat.
Le maintien des capacités
Solliciter régulièrement l'attention, la mémoire, le langage et le geste contribue à entretenir ce qui peut l'être. Le jeu n'inverse pas une maladie neurodégénérative et ne restaure pas des fonctions perdues : il aide à maintenir un usage, et ce qui est utilisé se maintient mieux que ce qui est délaissé. C'est un objectif modeste et précieux à la fois, cohérent avec ce que l'on sait de la stimulation cognitive.
La lutte contre l'isolement
C'est sans doute le bénéfice le plus tangible. Le jeu donne une raison de sortir de sa chambre, de s'asseoir à côté de quelqu'un, d'échanger un mot ou un rire. Il tisse des liens entre résidents qui, sans lui, resteraient étrangers. Dans un lieu de vie collective, cette fonction de liant est loin d'être secondaire : l'isolement relationnel pèse lourdement sur le moral et sur la santé des personnes âgées.
La valorisation et l'estime de soi
Réussir un coup, retrouver un souvenir que d'autres avaient oublié, faire rire la tablée : le jeu offre des occasions de se sentir compétent et utile, denrée rare dans un quotidien marqué par la dépendance. Une personne qui, le temps d'une partie, redevient un joueur habile ou un conteur écouté en retire un bénéfice qui déborde largement la séance.
L'apaisement
Occuper agréablement, canaliser l'attention, offrir un cadre rassurant : le jeu contribue souvent à apaiser l'anxiété et certains troubles du comportement liés à l'ennui, à l'angoisse ou à la désorientation. Là encore, ce n'est pas un traitement : c'est un support d'accompagnement, à combiner avec l'ensemble de la prise en charge décidée par l'équipe.
Plutôt que de chercher à « prouver » un effet par des chiffres, l'animateur a tout intérêt à consigner ce qu'il observe : participation, humeur, échanges, plaisir, difficultés nouvelles. Ces notes, partagées avec l'équipe, valent bien plus qu'un score : elles nourrissent le projet d'accompagnement et alertent au besoin. Des supports comme le catalogue d'outils DYNSEO peuvent aider à structurer ce suivi.
Le jeu en individuel et les situations particulières
Tout ne se joue pas en groupe. Certains résidents, par choix, par fatigue ou par état de santé, tirent davantage profit d'un moment de jeu en tête-à-tête. Le jeu individuel offre une attention exclusive, un rythme sur mesure et un espace relationnel privilégié, précieux notamment dans les situations les plus fragiles.
Le jeu en tête-à-tête
En individuel, l'animateur ou le soignant peut ajuster finement le jeu à la personne, s'attarder sur un souvenir, respecter un rythme très lent, accueillir une émotion sans témoin. Ce format convient bien aux personnes très anxieuses, très désorientées, ou qui se sentent en échec en groupe. Il permet aussi d'introniser en douceur un résident qui rejoindra plus tard un atelier collectif.
Les stades avancés de la maladie
Quand la maladie est très avancée, le jeu au sens classique laisse place à la stimulation sensorielle et à la présence. Regarder ensemble des images, écouter une chanson d'autrefois, toucher des matières, tenir la main : ces gestes simples restent des formes de jeu et de relation. Ce qui compte alors n'est plus la règle mais le lien, la voix familière, l'émotion partagée. On observe finement les réactions de la personne pour ajuster, et l'on renvoie toujours à l'équipe soignante toute observation nouvelle.
Impliquer les familles
Le jeu peut aussi devenir un pont entre le résident et sa famille. Proposer aux proches un jeu simple à partager pendant la visite transforme un moment parfois pesant, où l'on ne sait plus quoi se dire, en un temps d'échange concret et joyeux. Beaucoup de familles se sentent soulagées d'avoir enfin « quelque chose à faire ensemble ». L'animateur qui prend le temps de leur montrer un ou deux jeux adaptés leur rend un vrai service.
Si vous rendez visite à un parent en EHPAD et ne savez plus comment occuper le temps, apportez un jeu qu'il aimait, ou de vieilles photos. Asseyez-vous à côté de lui, à sa hauteur, et laissez venir. Vous n'avez pas à animer un atelier : partager une partie de cartes ou un souvenir suffit à faire de la visite un moment vivant plutôt qu'un face-à-face silencieux.
Jeux physiques et supports numériques : les combiner
Les jeux de plateau, de cartes et de manipulation gardent une place irremplaçable : le contact du matériel, le geste, la convivialité autour d'une table ne se dématérialisent pas. Mais les supports numériques adaptés aux seniors offrent, en complément, quelques atouts spécifiques qu'il serait dommage d'ignorer.
Ce que le numérique apporte en plus
Une application conçue pour les personnes âgées ajuste automatiquement le niveau de difficulté, propose une grande variété d'exercices sans multiplier les boîtes, et permet un suivi des progrès dans le temps. Elle facilite le jeu individuel, y compris quand aucun animateur n'est disponible, et intéresse parfois des résidents que les jeux classiques n'accrochent plus. Bien choisie, elle n'infantilise pas et respecte le rythme de chacun.
Ce qu'il ne faut pas en attendre
Le numérique ne remplace ni le lien humain, ni la chaleur d'une partie collective, ni la présence d'un animateur attentif. Il est un support parmi d'autres, à intégrer dans une palette d'activités, pas une solution qui dispenserait de la relation. Une tablette posée dans les mains d'un résident sans accompagnement produit rarement grand-chose ; la même tablette utilisée à deux, comme prétexte à l'échange, prend tout son sens.
L'application EDITH propose des jeux de mémoire et de stimulation cognitive au niveau ajustable, utilisables en individuel comme en petit atelier. Pour faire un premier point sur les capacités d'un résident, les tests cognitifs DYNSEO offrent des repères simples, à interpréter toujours avec l'équipe soignante. Le catalogue d'outils réunit par ailleurs des supports gratuits à imprimer pour l'animation et le suivi.
Pour aller plus loin
Cet article pose les bases de l'animation par le jeu en établissement. D'autres ressources de cette série approfondissent chaque aspect, du choix des activités à la posture d'accompagnement :
Ateliers clés en main10 idées d'ateliers de jeu à mettre en place en EHPAD, pas à pas
RéminiscenceAnimer un atelier de réminiscence auprès de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer
Boîte à outilsSupports, aménagements et matériel concrets pour jouer avec des résidents fragilisés
Côté ressources gratuites : le catalogue d'outils DYNSEO propose des supports à imprimer utiles pour préparer, suivre et valoriser les séances, les tests cognitifs permettent de situer les capacités d'un résident, et l'application EDITH sert de support de stimulation au niveau ajustable, en individuel comme en atelier.
Questions fréquentes
Quels jeux de société conseiller à une personne atteinte d'Alzheimer ?
On privilégie les jeux courts, sans règle à mémoriser, appuyés sur la mémoire ancienne qui résiste souvent mieux : jeux de réminiscence à base d'images d'autrefois, chansons, cartes traditionnelles pratiquées toute une vie, appariement simple d'images. L'important est le plaisir immédiat et la valorisation, pas la performance. On accepte que la personne joue à sa façon, on ne la corrige pas sans cesse, et l'on adapte à son humeur du jour. Le choix des activités se pense toujours avec l'équipe soignante, qui connaît les capacités et les consignes propres à chaque résident.
Comment adapter un jeu du commerce à des résidents fragilisés ?
Quatre leviers principaux : le matériel, avec de grandes cartes, de gros pions, un porte-cartes et un bon éclairage ; les règles, que l'on allège en gardant le cœur du jeu ; le rythme, que l'on ralentit pour laisser à chacun le temps de réfléchir ; et l'enjeu, que l'on rend coopératif ou souple pour que perdre ne soit jamais humiliant. On adapte discrètement, sans afficher l'aménagement comme un jeu « pour personnes diminuées », et toujours avec la personne plutôt qu'à sa place, en respectant son envie de jouer « comme avant » si elle le souhaite.
Combien de temps doit durer une séance de jeu en EHPAD ?
Une durée de trente à quarante-cinq minutes convient souvent, mais tout dépend du groupe et de l'état de fatigue. La fatigabilité étant fréquente chez la personne âgée fragilisée, mieux vaut une séance courte et joyeuse qu'un atelier trop long où l'attention s'effondre. On surveille les signes de lassitude et l'on arrête de préférence sur un moment fort, en laissant l'envie de recommencer. La régularité — un rendez-vous hebdomadaire à heure fixe — compte davantage que la durée de chaque séance pour installer des repères et des liens durables.
Le jeu peut-il vraiment améliorer les capacités cognitives des résidents ?
Le jeu contribue à entretenir l'attention, la mémoire, le langage et le geste en les sollicitant régulièrement. Il n'inverse pas une maladie neurodégénérative et ne restaure pas des fonctions perdues : son apport se situe dans le maintien de ce qui peut l'être, ce qui est déjà précieux. Ses bénéfices les plus tangibles sont souvent d'ordre relationnel et émotionnel : lien social, valorisation, apaisement, plaisir. On reste donc honnête : pas de promesse de résultat, mais un support d'accompagnement utile, à combiner avec l'ensemble de la prise en charge décidée par les professionnels de santé.
Faut-il une formation pour animer des ateliers de jeu ?
Aucune obligation légale n'impose un diplôme spécifique pour proposer un jeu, mais une formation change tout dans la qualité de l'animation : savoir choisir selon les profils, adapter le matériel et les règles, tenir la bonne posture, gérer un refus ou un conflit, observer et transmettre. Les animateurs, soignants et bénévoles y gagnent en aisance et en efficacité. La formation DYNSEO « Accompagner les seniors autrement : jouer pour stimuler et partager » aborde précisément ces compétences, en ligne et à son rythme ; elle s'adresse aux professionnels comme aux proches qui veulent mieux accompagner.
Cet article a une visée d'information générale sur l'animation par le jeu auprès de personnes âgées. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un avis médical, ni le projet d'accompagnement personnalisé d'un résident. Les orientations proposées sont à confronter à chaque situation réelle et aux consignes des professionnels de santé. Pour toute question concernant l'état d'un résident ou les activités qui lui conviennent, adressez-vous au médecin coordonnateur et à l'équipe soignante de l'établissement.
Plus de 30 jeux de stimulation cognitive pensés pour les seniors et les personnes fragilisées, avec un accompagnement doux et progressif, sur tablette.
Découvrir →Faire des jeux de société adaptés en EHPAD un vrai levier de lien
5 domaines de compétences, 30 leçons, un accès illimité : la formation DYNSEO « Accompagner les seniors autrement : jouer pour stimuler et partager » vous donne les clés pour choisir, adapter et animer des séances de jeu qui stimulent et rassemblent. 100 % en ligne, attestation de fin de formation, organisme certifié Qualiopi (N° 11757351875).
Découvrir la formation — 150 €Ce contenu vous a aidé ? Soutenez DYNSEO 💙
Nous sommes une petite équipe de 14 personnes basée à Paris. Depuis 13 ans, nous créons gratuitement des contenus pour aider les familles, les orthophonistes, les EHPAD et les professionnels du soin.
Vos retours sont notre seule façon de savoir si ce travail vous est utile. Un avis Google nous aide à toucher d'autres familles, soignants et thérapeutes qui en ont besoin.
Un seul geste, 30 secondes : laissez-nous un avis Google ⭐⭐⭐⭐⭐. Ça ne coûte rien, et ça change tout pour nous.
