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Familles & aidants · Sclérose en plaques

Les différentes formes de SEP : rémittente, progressive primaire, secondaire

Quand un neurologue prononce le mot « sclérose en plaques », les proches entendent souvent une seule maladie, uniforme, qui suivrait pour tout le monde le même chemin. La réalité est très différente : il existe plusieurs formes de sclérose en plaques, et connaître celle qui concerne son proche change presque tout — la manière dont la maladie évolue, ce que l'on peut en attendre, les traitements possibles et les questions qu'il est utile de poser en consultation. Comprendre les différentes formes de SEP, c'est se donner les moyens de suivre ce qui se joue, sans surinterpréter chaque symptôme ni s'inquiéter à contretemps.

  • ⏱️ 24 min de lecture
  • 👥 Pour les familles et les aidants
  • 🔄 Mis à jour en septembre 2026

Cet article prend le temps d'expliquer, dans un langage clair, ce que recouvrent les trois grandes formes : la forme rémittente-récurrente, la forme progressive primaire et la forme progressive secondaire. Il décrit leur vocabulaire, leurs différences, la façon dont on les distingue et comment l'une peut se transformer en une autre au fil des années. Il ne remplace aucun avis médical : seul le neurologue qui suit votre proche peut poser un diagnostic et un pronostic. Il vous donne de quoi comprendre ce que vous entendrez, et dialoguer d'égal à égal avec l'équipe soignante.

L'essentiel en 30 secondes

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune du système nerveux central dans laquelle le système immunitaire s'attaque à la gaine de myéline qui protège les fibres nerveuses. Elle n'évolue pas de la même façon selon les personnes : on décrit plusieurs formes.

  • La forme rémittente-récurrente (SEP-RR) — la plus fréquente au début. Elle alterne poussées (apparition ou aggravation de symptômes) et périodes de rémission, souvent avec récupération partielle ou complète.
  • La forme progressive secondaire (SEP-SP) — elle fait suite, chez une partie des personnes, à une forme rémittente : le handicap progresse alors de façon plus continue.
  • La forme progressive primaire (SEP-PP) — d'emblée progressive, sans véritables poussées au départ ; les symptômes s'installent lentement dès le début.
  • Deux notions clés — l'activité (poussées, nouvelles lésions à l'IRM) et la progression (aggravation lente, indépendante des poussées). C'est leur combinaison qui décrit la forme.
  • Ce que ça change — la forme oriente le suivi et les traitements de fond, décidés par le neurologue. Aucune forme ne se résume à un destin : chaque parcours est singulier.

La sclérose en plaques : une maladie, plusieurs visages

La sclérose en plaques est une maladie chronique du système nerveux central, c'est-à-dire du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs optiques. Dans cette maladie dite auto-immune, le système immunitaire — normalement chargé de nous défendre — s'attaque par erreur à la myéline, la gaine qui entoure et protège les fibres nerveuses. Cette gaine joue le rôle d'un isolant autour d'un câble électrique : quand elle est abîmée, le message nerveux passe moins bien, plus lentement, parfois plus du tout. Là où la myéline est attaquée se forment des zones de cicatrisation, les fameuses « plaques » qui donnent son nom à la maladie et que l'on repère à l'imagerie.

Selon la Fédération internationale de la sclérose en plaques (MSIF) et son Atlas de la SEP, plusieurs millions de personnes vivent avec cette maladie dans le monde. En France, la Fondation ARSEP (Aide à la Recherche sur la Sclérose En Plaques) et l'INSERM la décrivent comme la première cause de handicap non traumatique de l'adulte jeune. Le diagnostic est le plus souvent posé entre 20 et 40 ans, et la maladie touche davantage les femmes que les hommes. Ces repères comptent, mais ils ne disent rien de ce que vivra une personne donnée : c'est précisément parce que l'évolution varie énormément d'un individu à l'autre que l'on a défini des « formes ».

Un mot, enfin, sur ce que la sclérose en plaques n'est pas, car les idées reçues circulent. Elle n'est pas contagieuse. Elle n'est pas une maladie mentale. Elle n'est pas, au sens strict, une maladie héréditaire : on ne transmet pas la SEP comme on transmet la couleur des yeux, même si des facteurs de prédisposition existent. Et elle n'est pas synonyme de fauteuil roulant : beaucoup de personnes vivent des années avec une bonne autonomie. Garder ces repères en tête évite de projeter sur son proche des peurs qui ne correspondent pas à sa situation.

Pourquoi parle-t-on de formes différentes ?

Parce que la SEP ne suit pas un scénario unique. Chez certaines personnes, les symptômes surgissent par épisodes bien identifiés, séparés par des périodes de calme. Chez d'autres, ils s'installent lentement et s'aggravent de façon continue, sans épisodes nets. Décrire une forme, ce n'est pas coller une étiquette : c'est résumer la manière dont la maladie se manifeste dans le temps, pour choisir le suivi et les traitements les plus adaptés. La classification aujourd'hui utilisée par les neurologues s'appuie sur les travaux du comité international dédié aux essais cliniques dans la SEP (classification dite de Lublin, révisée dans les années 2010), qui distingue les grandes formes et y ajoute deux nuances essentielles : l'activité et la progression.

💡 Une image pour comprendre

Imaginez une route. Dans la forme rémittente, on avance, on tombe dans un nid-de-poule (la poussée), on remonte plus ou moins complètement, puis on repart : le trajet est fait de creux et de récupérations. Dans les formes progressives, la route descend en pente douce et continue, sans creux marqués, mais sans vraie remontée non plus. Comprendre de quelle route il s'agit aide à savoir ce que l'on observe — sans jamais préjuger de la distance qui reste à parcourir.

Poussée, rémission, progression : le vocabulaire clé

Avant de détailler chaque forme, il faut poser trois mots. Ce sont eux qui reviennent en consultation, dans les comptes-rendus et dans les échanges avec l'équipe soignante. Les confondre entraîne beaucoup de malentendus ; les distinguer clarifie presque tout.

La poussée

C'est l'apparition de nouveaux symptômes neurologiques, ou l'aggravation nette de symptômes existants, qui dure au moins 24 heures en dehors de tout épisode de fièvre ou d'infection. Une poussée s'installe généralement en quelques heures à quelques jours.

🌤️

La rémission

C'est la période qui suit une poussée, pendant laquelle les symptômes régressent, en partie ou totalement. La récupération peut être complète, surtout au début de la maladie, ou laisser des séquelles qui s'additionnent au fil du temps.

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La progression

C'est l'aggravation lente et continue du handicap, indépendamment des poussées. Elle ne se manifeste pas par un épisode brutal mais par un déclin graduel des capacités sur des mois ou des années.

La différence de fond entre poussée et progression est capitale. Une poussée est un événement : quelque chose survient, puis reflue. La progression est une tendance : rien de spectaculaire n'arrive un jour précis, mais la marche devient un peu plus difficile, la fatigue un peu plus lourde, mois après mois. Les formes de SEP se décrivent justement à partir de ce couple. Une forme rémittente est dominée par des poussées ; une forme progressive est dominée par la progression.

Deux nuances qui complètent la description : activité et aggravation

La classification moderne ne s'arrête pas au nom de la forme. Elle précise, à chaque bilan, deux paramètres. L'activité désigne la présence de poussées ou de nouvelles lésions visibles à l'IRM sur une période donnée : une forme peut être « active » ou « non active ». La progression, elle, indique si le handicap s'aggrave lentement, indépendamment des poussées. Ainsi, un neurologue pourra parler d'une « forme rémittente active », ou d'une « forme progressive secondaire active avec progression ». Ce langage peut sembler technique, mais il est précieux : il décrit une situation à un moment donné, et non un destin figé. Un même patient peut être décrit différemment d'une année sur l'autre.

💡 Deux termes que vous croiserez aussi

Le syndrome cliniquement isolé (SCI, ou CIS en anglais) désigne un premier épisode neurologique évocateur de SEP, avant que le diagnostic complet ne soit confirmé. Le syndrome radiologiquement isolé (SRI, ou RIS) désigne la découverte fortuite de lésions évocatrices à l'IRM, chez une personne sans aucun symptôme. Ni l'un ni l'autre n'est une « forme » à proprement parler, mais tous deux peuvent précéder une SEP : seul le neurologue décide de la surveillance appropriée.

La forme rémittente-récurrente (SEP-RR)

La forme rémittente-récurrente, souvent abrégée SEP-RR, est la plus fréquente au moment du diagnostic. Selon la Fondation ARSEP, la grande majorité des personnes — de l'ordre de 85 % — débutent leur maladie par cette forme. C'est donc celle que la plupart des familles rencontrent en premier, et celle autour de laquelle s'organise l'essentiel de l'information disponible.

Comment elle se manifeste

La SEP-RR se reconnaît à son rythme fait d'alternance. Des poussées surviennent : une baisse de vision d'un œil, des fourmillements dans un membre, une faiblesse, des troubles de l'équilibre, une fatigue soudaine et intense. Ces symptômes atteignent leur maximum en quelques heures ou quelques jours, puis, après un temps variable, régressent — c'est la rémission. Entre deux poussées, la maladie semble stable : il n'y a pas d'aggravation continue en dehors de ces épisodes. La personne peut mener une vie active, travailler, avoir des enfants, faire du sport, avec des périodes où la SEP se fait presque oublier.

La récupération après une poussée est souvent bonne, en particulier dans les premières années. Elle peut être totale ; elle peut aussi être partielle, laissant persister un symptôme résiduel. Au fil du temps, ces séquelles peuvent s'additionner, ce qui explique que la forme rémittente ne soit pas synonyme d'absence de handicap : tout dépend de la fréquence des poussées, de leur intensité et de la qualité de la récupération.

Ce qui caractérise cette forme

  • Des poussées identifiables, séparées par des périodes de stabilité.
  • Une récupération souvent bonne au début, parfois complète, parfois partielle.
  • Pas de progression continue du handicap entre les poussées, par définition.
  • Une forme qui peut être « active » (poussées ou nouvelles lésions à l'IRM) ou momentanément « non active ».
  • C'est la forme pour laquelle l'arsenal thérapeutique de fond est aujourd'hui le plus développé ; les décisions reviennent au neurologue.
💡 Ce que la famille peut observer utilement

Noter ce qui change, quand cela commence, combien de temps cela dure et si cela s'accompagne d'une fièvre ou d'une infection aide énormément l'équipe soignante. Une aggravation transitoire déclenchée par la chaleur ou la fièvre (ce que l'on appelle le phénomène d'Uhthoff) n'est pas toujours une vraie poussée. En cas de doute sur une poussée, on ne joue pas au médecin : on contacte l'équipe qui suit votre proche, qui indiquera la conduite à tenir.

La forme progressive secondaire (SEP-SP)

La forme progressive secondaire, ou SEP-SP, ne débute jamais ainsi : elle fait suite, chez une partie des personnes, à une forme rémittente-récurrente. Le mot « secondaire » signifie exactement cela — elle vient après, en seconde phase. C'est une notion qui inquiète souvent les proches, car elle marque un changement dans la manière dont la maladie évolue. Il est donc important de la comprendre précisément, sans dramatiser ni minimiser.

De quoi s'agit-il ?

Après une phase rémittente qui peut durer de nombreuses années, la maladie change de rythme chez certaines personnes. Les poussées s'espacent ou disparaissent, mais le handicap se met à progresser de façon plus continue, indépendamment des poussées. On passe d'une logique d'épisodes à une logique de pente. Concrètement, la marche peut devenir progressivement plus difficile, la fatigue plus installée, sans qu'un événement précis puisse être pointé du doigt. C'est cette bascule vers une aggravation graduelle qui définit la forme secondairement progressive.

Il faut souligner un point que les familles entendent rarement clairement : le passage à une forme secondaire n'est ni automatique, ni inéluctable, ni prévisible avec certitude pour une personne donnée. Les données de recherche issues de l'histoire naturelle de la maladie montraient, avant l'ère des traitements de fond modernes, qu'une part importante des SEP-RR évoluait vers une forme secondaire après de nombreuses années. Les neurologues et les sociétés savantes soulignent aujourd'hui que l'arrivée des traitements de fond a modifié ces trajectoires. Seul le suivi dans la durée, mené par l'équipe qui connaît votre proche, permet d'apprécier ce qui se passe réellement.

Ce qui caractérise cette forme

  • Elle succède à une forme rémittente, après une durée très variable.
  • La progression prend le pas sur les poussées : l'aggravation devient plus continue.
  • Elle peut rester « active » (encore quelques poussées ou lésions IRM) ou devenir « non active », avec ou sans progression en cours.
  • La transition est graduelle : elle se reconnaît souvent avec le recul, pas du jour au lendemain.
⚠️ Un point à ne pas manquer

Le passage d'une forme rémittente à une forme secondaire est parfois masqué par la fatigue ou par une adaptation progressive du quotidien : on « fait avec » sans réaliser que quelque chose glisse. Si vous observez, sur plusieurs mois, une aggravation lente et régulière (marche, équilibre, endurance) en dehors de toute poussée, signalez-le à l'équipe soignante lors du prochain rendez-vous, ou avant. Ce sont ces observations, notées dans le temps, qui permettent au neurologue d'ajuster le suivi.

La forme progressive primaire (SEP-PP)

La forme progressive primaire, ou SEP-PP, se distingue nettement des deux précédentes. Ici, il n'y a pas de phase rémittente initiale : la maladie est progressive dès le départ. C'est le sens du mot « primaire » — la progression est là d'emblée, en première intention. Selon la Fondation ARSEP, cette forme concerne une minorité des personnes, de l'ordre de 15 % des cas.

Comment elle se manifeste

Dès le début, les symptômes s'installent lentement et s'aggravent de manière graduelle, sans poussées nettes ni périodes de rémission franche. Très souvent, ce sont des troubles de la marche qui se manifestent en premier : une jambe qui traîne, une raideur, une fatigabilité à l'effort, un équilibre moins sûr. Comme il n'y a pas d'épisode spectaculaire, le diagnostic peut être plus long à poser : on met parfois les premiers signes sur le compte de l'âge, d'un problème articulaire ou d'une simple fatigue. La SEP-PP est aussi, en moyenne, diagnostiquée un peu plus tard que la forme rémittente, et la répartition entre femmes et hommes y est plus équilibrée que dans la forme rémittente.

Il est essentiel de ne pas confondre « progressive primaire » avec une idée d'issue prédéterminée. Le rythme et l'ampleur de la progression varient considérablement d'une personne à l'autre. Certaines personnes conservent longtemps une bonne autonomie ; d'autres voient les difficultés s'installer plus vite. Là encore, aucun pronostic fiable ne se pose sur les seules premières observations : c'est l'évolution suivie dans le temps qui oriente.

Ce qui caractérise cette forme

  • Progressive d'emblée, sans phase rémittente préalable.
  • Peu ou pas de poussées au début ; l'aggravation est continue.
  • Un début souvent centré sur la marche et l'équilibre, plus que sur la vision.
  • Elle peut être décrite comme « active » si des poussées ou des lésions IRM surviennent malgré tout, et « avec » ou « sans » progression en cours.
  • Un diagnostic parfois plus tardif, faute d'épisode déclencheur évident.
💡 Pourquoi le diagnostic demande du temps

Pour affirmer une forme progressive primaire, le neurologue doit constater une aggravation continue sur une durée suffisante, tout en écartant d'autres causes possibles. Cela implique souvent plusieurs consultations, des IRM répétées, parfois une ponction lombaire, et un peu de patience. Ce délai n'est pas une négligence : c'est la condition d'un diagnostic solide, qui conditionnera ensuite tout l'accompagnement.

Comparer les trois formes d'un coup d'œil

Mettre les trois formes côte à côte aide à fixer les idées. Ce tableau résume les grandes différences ; il ne remplace pas l'analyse du neurologue, qui tient compte de bien d'autres éléments propres à chaque personne.

Rémittente-récurrente (RR)Progressive secondaire (SP)Progressive primaire (PP)
DébutPar pousséesAprès une phase rémittenteProgressif d'emblée
PousséesPrésentes, caractéristiquesSe raréfient, puis souvent disparaissentPeu ou pas, surtout au début
RémissionOui, récupération possibleDe moins en moins netteNon caractéristique
Évolution entre les épisodesStable par définitionAggravation continueAggravation continue
Fréquence au diagnosticLa plus fréquente (ARSEP : ~85 %)N'existe pas au diagnostic : elle survient aprèsMinoritaire (ARSEP : ~15 %)
Premiers signes fréquentsVision, sensibilité, équilibreAggravation de la marcheMarche, équilibre

On entend aussi parfois parler de forme « bénigne » de SEP. Ce terme, discuté par les spécialistes, désigne des situations où, après de nombreuses années, le handicap reste très limité. Il ne peut se poser qu'avec beaucoup de recul et n'a rien d'une garantie pour l'avenir : c'est pourquoi les neurologues l'emploient avec prudence. Retenez surtout qu'aucune étiquette, même rassurante, ne dispense d'un suivi régulier.

Un mot d'attention : ces catégories décrivent des tendances, pas des cases étanches. La classification moderne ajoute d'ailleurs à chaque forme les qualificatifs d'activité et de progression, précisément parce que la réalité d'une personne ne tient jamais entièrement dans un seul mot. L'objectif de ce vocabulaire n'est pas de ranger les gens, mais de choisir le meilleur suivi possible à un moment donné.

✅ Ce qui est vrai pour toutes les formes❌ Idées à écarter
Chaque parcours est singulier et imprévisible dans le détail« Telle forme = tel avenir » : aucune forme ne dicte un destin
La fatigue et les troubles cognitifs peuvent exister quelle que soit la forme« S'il n'y a pas de poussée, tout va bien »
Le suivi régulier permet d'ajuster l'accompagnement« Le diagnostic est figé une fois pour toutes »
Les décisions de traitement reviennent au neurologueLes protocoles « miracles » trouvés en ligne

Comprendre les formes de SEP, calmement et en entier

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Comment le neurologue détermine la forme

Déterminer la forme de SEP n'est pas une affaire de ressenti : c'est le résultat d'une démarche rigoureuse, qui combine l'histoire de la maladie, l'examen clinique et des examens complémentaires. Comprendre ce cheminement rassure : on saisit alors pourquoi le diagnostic prend parfois du temps, et pourquoi il peut être précisé ou révisé au fil des consultations.

  1. L'histoire clinique. Le neurologue reconstitue la chronologie : y a-t-il eu des poussées identifiables ? Une récupération ? Une aggravation lente et continue ? C'est cette trame temporelle qui oriente d'emblée vers une forme rémittente ou progressive.
  2. L'examen neurologique. Il évalue la motricité, l'équilibre, la sensibilité, la vision, la coordination. Le médecin utilise parfois une échelle de handicap (l'échelle EDSS de Kurtzke) pour objectiver et suivre l'évolution dans le temps.
  3. L'IRM. Elle visualise les plaques dans le cerveau et la moelle épinière, et permet de repérer des lésions actives. Répétée dans le temps, elle aide à distinguer une forme active d'une forme stable, et à suivre l'apparition de nouvelles lésions.
  4. La ponction lombaire, si nécessaire. L'analyse du liquide céphalo-rachidien recherche des signes d'inflammation caractéristiques. Elle n'est pas systématique, mais utile dans certaines situations, notamment pour les formes progressives.
  5. Le suivi dans la durée. C'est souvent l'évolution observée sur plusieurs mois ou années qui confirme la forme, en particulier pour la progression, qui ne se lit pas sur un seul examen.

Pour poser le diagnostic de SEP, les neurologues s'appuient sur des critères internationaux régulièrement actualisés (les critères dits de McDonald), qui combinent données cliniques et imagerie. Ces critères visent à démontrer une atteinte disséminée « dans l'espace » (plusieurs zones touchées) et « dans le temps » (à des moments différents). Ce cadre partagé garantit un diagnostic homogène et solide ; il explique aussi pourquoi certaines situations demandent des examens répétés avant conclusion.

Pourquoi il n'existe pas de test unique

Beaucoup de familles espèrent un examen unique qui donnerait la réponse en une fois. Ce n'est pas ainsi que fonctionne le diagnostic de la SEP. Aucun test isolé ne suffit : c'est le faisceau d'éléments — récit clinique, examen, IRM, parfois ponction lombaire et autres examens pour écarter d'autres causes — qui permet de conclure. Cette prudence protège la personne : d'autres affections neurologiques peuvent ressembler à une SEP, et un diagnostic posé trop vite pourrait conduire à un accompagnement inadapté. Le temps consacré au diagnostic n'est donc pas du temps perdu, mais la garantie d'une base fiable pour tout ce qui suivra.

Pourquoi la forme oriente les traitements

Déterminer la forme n'est pas un exercice théorique : cela conditionne les options thérapeutiques. Les traitements dits « de fond » visent à réduire l'activité de la maladie et à limiter son évolution. Or, ces traitements ne sont pas les mêmes selon que la maladie se manifeste surtout par des poussées ou surtout par une progression continue. À côté de ces traitements de fond, la prise en charge comprend aussi le traitement des poussées lorsqu'elles surviennent, la prise en charge des symptômes (fatigue, douleurs, troubles urinaires, spasticité, etc.) et la rééducation. Le détail de ces choix relève entièrement du neurologue : le rôle des proches n'est pas de les discuter techniquement, mais de comprendre leur logique et de soutenir l'observance et le suivi.

💡 Bien préparer la consultation

Arriver avec des observations écrites change la qualité de l'échange. Notez les symptômes, leur date d'apparition, leur durée, ce qui les déclenche ou les soulage, et les questions que vous voulez poser. Un carnet de suivi partagé entre le proche et l'aidant évite d'oublier l'essentiel le jour J. Le catalogue d'outils DYNSEO propose des supports gratuits, comme une fiche de suivi, utiles pour objectiver ce qui évolue et le transmettre à l'équipe soignante.

Comment une forme peut évoluer vers une autre

C'est l'une des questions qui reviennent le plus souvent : « Est-ce que ça va forcément empirer ? Est-ce qu'on passe toujours d'une forme à une autre ? » La réponse honnête tient en une phrase : les formes ne sont pas des cases figées, mais aucune évolution n'est automatique ni prévisible avec certitude pour une personne donnée.

Le passage de rémittente à secondaire

La transition la mieux décrite est celle d'une forme rémittente vers une forme secondairement progressive. Historiquement, avant l'arrivée des traitements de fond modernes, les études d'histoire naturelle montraient qu'une part importante des personnes atteintes d'une forme rémittente évoluait vers une forme secondaire après de nombreuses années d'évolution. Les neurologues et les sociétés savantes soulignent que ces trajectoires ont été modifiées par les traitements aujourd'hui disponibles, et qu'elles restent très variables d'une personne à l'autre. Autrement dit : cette évolution est possible, elle n'est pas une fatalité, et son rythme est propre à chacun.

Et les autres évolutions ?

La forme progressive primaire, elle, n'est pas une étape qui succède à une forme rémittente : elle est progressive d'emblée. En revanche, une forme progressive (primaire ou secondaire) peut être décrite comme « active » à certaines périodes, si des poussées ou de nouvelles lésions surviennent, puis « non active » à d'autres. C'est précisément pour rendre compte de ces variations que la classification moderne accole à chaque forme les notions d'activité et de progression, réévaluées à chaque bilan. Une même personne peut donc voir la description de sa maladie ajustée d'une année sur l'autre, sans que cela signifie un bouleversement.

⚠️ Ce qu'il faut retenir sur l'évolution

Ne tirez aucune conclusion à partir d'un seul symptôme, d'un seul examen ou d'un récit trouvé en ligne. Deux personnes portant le même nom de forme peuvent vivre des parcours très différents. Les seules personnes en mesure d'apprécier l'évolution réelle de votre proche sont celles qui le suivent : neurologue, médecin traitant, équipe de rééducation. En cas d'inquiétude sur une aggravation, on les sollicite plutôt que de chercher des réponses ailleurs.

Fatigue et troubles cognitifs : un fil commun à toutes les formes

Quelle que soit la forme, deux symptômes traversent souvent l'expérience de la SEP et restent pourtant sous-estimés, parce qu'ils ne se voient pas : la fatigue et les troubles cognitifs. Les connaître aide les proches à ne pas les confondre avec un manque de volonté ou un changement de caractère.

La fatigue, un symptôme à part entière

La fatigue liée à la SEP n'est pas la fatigue ordinaire que répare une bonne nuit. C'est un épuisement qui peut survenir sans effort particulier, s'aggraver avec la chaleur, et rendre difficiles des tâches auparavant automatiques. Elle est décrite par de nombreuses personnes comme l'un des symptômes qui pèsent le plus au quotidien, y compris quand la maladie paraît stable par ailleurs. La reconnaître comme un symptôme, et non comme de la paresse, change radicalement la manière dont l'entourage réagit — et donc la manière dont la personne se sent comprise.

Les troubles cognitifs

La SEP peut aussi affecter certaines fonctions cognitives : la vitesse de traitement de l'information, l'attention, la mémoire de travail, la capacité à mener plusieurs choses de front. Ces difficultés sont souvent discrètes, variables d'un jour à l'autre, et fortement liées à la fatigue. Elles n'ont rien à voir avec l'intelligence : une personne peut parfaitement raisonner tout en ayant besoin de plus de temps, de moins de bruit, d'une information à la fois. Là encore, les décisions d'évaluation et de prise en charge (bilan neuropsychologique, orthophonie, ergothérapie) reviennent aux professionnels.

💡 Soutenir la cognition et le moral au quotidien

Sans jamais remplacer la rééducation prescrite, des activités de stimulation cognitive régulières et à difficulté ajustée peuvent être un support agréable et motivant. L'application JOE propose des jeux pensés pour les adultes, avec un niveau qui s'adapte progressivement — ni trop facile, ni décourageant. Pour faire un premier point, les tests cognitifs gratuits offrent un repère de départ. L'essentiel reste la régularité, plus que l'intensité : quelques minutes chaque jour valent mieux qu'une longue séance isolée.

❌ À éviter

  • ❌ À éviter : « Tu es sûr que tu es fatigué ? Tu n'as rien fait aujourd'hui. » Cette phrase, même dite avec affection, nie un symptôme réel. Préférez : « Dis-moi ce qui t'aiderait là, maintenant. »
  • ❌ À éviter : finir les phrases à la place de la personne quand elle cherche ses mots ou réfléchit plus lentement. Laissez le temps, proposez une idée à la fois.
  • ❌ À éviter : multiplier les consignes en même temps. Une information à la fois, dans le calme, est bien mieux traitée qu'une liste énoncée d'un trait.

Ce qui aide au quotidien, quelle que soit la forme

Comprendre la forme de SEP n'est pas une fin en soi : c'est un point d'appui pour mieux accompagner. Or, une grande partie de ce qui aide ne dépend pas de la forme. Voici des repères concrets, valables largement, qui laissent toujours au professionnel de santé la décision médicale.

📝

Observer et noter

Consignez ce qui change : symptômes, durée, déclencheurs, retentissement. Ces notes, transmises à l'équipe soignante, valent mieux qu'un effort de mémoire le jour de la consultation.

🌡️

Attention à la chaleur

La chaleur peut majorer temporairement des symptômes (phénomène d'Uhthoff). Un environnement frais, des pauses, une bonne hydratation aident à traverser les épisodes chauds.

🔋

Gérer l'énergie

Alterner activité et récupération, planifier les tâches importantes aux moments de meilleure forme, fractionner les efforts : la fatigue se gère mieux quand on l'anticipe.

🤝

Préserver l'autonomie

Faire avec plutôt qu'à la place de. Laisser la personne agir, plus lentement, avec le bon niveau d'aide, entretient les capacités et la confiance.

💬

Communiquer autrement

Phrases courtes, une idée à la fois, du temps pour répondre, moins de bruit. Ces ajustements simples soulagent quand la fatigue ou la cognition sont en jeu.

💙

Prendre soin de l'aidant

Demander de l'aide avant l'épuisement n'est pas un aveu de faiblesse. Un aidant à bout ne peut pas soutenir durablement. Le relais fait partie de l'accompagnement.

Ce qui aide vraiment, ce qui ne sert à rien

✅ Ce qui aide❌ Ce qui n'aide pas
Une routine courte, régulière, à difficulté ajustéeLes efforts intenses ponctuels suivis de longues périodes sans rien
Traiter la fatigue et les changements d'humeur comme des symptômesLes prendre personnellement, ou les mettre sur le compte de la volonté
Noter ses observations pour les transmettre aux professionnelsEspérer tout se rappeler le jour de la consultation
Suivre les consignes de l'équipe soignante et poser des questionsArrêter ou modifier un traitement de soi-même
Les méthodes et compléments validés par l'équipe médicaleLes protocoles « miracles » vendus en ligne, sans preuve
Demander du soutien pour l'aidant comme pour la personneTenir seul « parce que personne ne fera aussi bien »

Vers qui se tourner

Personne n'accompagne seul une maladie chronique, et il est utile de savoir à qui s'adresser selon les besoins. Le neurologue pilote le diagnostic, le suivi et les traitements de fond. Le médecin traitant coordonne le parcours de soins, renouvelle certains traitements et reste un interlocuteur de proximité. Selon les symptômes, plusieurs professionnels de la rééducation peuvent intervenir : kinésithérapeute pour la marche et l'équilibre, ergothérapeute pour l'autonomie et l'aménagement du domicile, orthophoniste en cas de troubles de la parole ou de la déglutition, neuropsychologue pour évaluer et soutenir la cognition. Un accompagnement psychologique peut aussi être proposé, à la personne comme à l'aidant. Enfin, les associations de patients — comme celles réunies autour de la Fondation ARSEP en France — offrent information, écoute et entraide entre pairs. Demander de l'aide à ces relais n'alourdit pas le parcours : cela l'allège.

⚠️ En cas de symptôme brutal ou inhabituel

Un symptôme neurologique soudain et marqué (perte de vision, faiblesse importante, troubles de la parole) n'est pas forcément une poussée de SEP : il peut relever d'une autre urgence. En cas de doute sur une situation grave ou soudaine, contactez sans attendre les services d'urgence de votre pays. Pour tout ce qui concerne le suivi de la maladie, l'ajustement des traitements et l'interprétation des symptômes, l'interlocuteur reste l'équipe qui suit votre proche.

Pour aller plus loin

Cet article éclaire les formes de la maladie. D'autres ressources de la même série abordent chacune un aspect complémentaire du quotidien avec la SEP :

Côté ressources gratuites, le catalogue d'outils DYNSEO propose des supports à imprimer, utiles pour objectiver ce qui évolue et le partager avec l'équipe soignante. Les tests cognitifs permettent de faire un premier point, et l'application JOE sert de support de stimulation adapté aux adultes, avec un niveau qui s'ajuste au fil des séances.

Questions fréquentes

Quelle est la forme de SEP la plus fréquente ?

La forme rémittente-récurrente est de loin la plus fréquente au moment du diagnostic. Selon la Fondation ARSEP, elle concerne environ 85 % des personnes au début de la maladie. Elle se caractérise par des poussées — apparition ou aggravation de symptômes — suivies de périodes de rémission pendant lesquelles la récupération peut être partielle ou complète. Les formes progressives, primaire ou secondaire, sont moins fréquentes au diagnostic. La forme progressive primaire, d'emblée progressive, concerne une minorité des cas, de l'ordre de 15 % selon l'ARSEP. Seul le neurologue peut déterminer précisément la forme dont il s'agit, à partir de l'histoire clinique, de l'examen et de l'imagerie.

Passe-t-on toujours d'une forme rémittente à une forme progressive ?

Non, ce n'est ni automatique ni prévisible avec certitude. Les études d'histoire naturelle, réalisées avant l'ère des traitements de fond modernes, montraient qu'une part importante des formes rémittentes évoluait vers une forme secondairement progressive après de nombreuses années. Les sociétés savantes et les neurologues soulignent que ces trajectoires ont été modifiées par les traitements aujourd'hui disponibles, et qu'elles restent très variables d'une personne à l'autre. Aucun proche ne peut prédire cette évolution : seul le suivi dans la durée, mené par l'équipe qui connaît votre proche, permet d'apprécier ce qui se passe réellement. En cas d'aggravation lente et continue, on le signale à l'équipe soignante.

Quelle est la différence entre progressive primaire et secondaire ?

La différence tient au point de départ. La forme progressive primaire est progressive dès le début : les symptômes s'installent lentement, sans phase de poussées et de rémissions préalable. La forme progressive secondaire, elle, survient après une phase rémittente : la maladie commence par des poussées, puis, chez une partie des personnes, bascule vers une aggravation plus continue. Dans les deux cas, la progression désigne une aggravation graduelle indépendante des poussées. La distinction est importante car elle oriente le suivi et les traitements, mais elle ne préjuge en rien du rythme d'évolution, qui reste propre à chaque personne et déterminé par le neurologue.

La forme de SEP peut-elle changer au fil du temps ?

Oui, la description de la maladie peut évoluer, et c'est normal. Une forme rémittente peut, chez certaines personnes, laisser place à une forme secondairement progressive après plusieurs années. Par ailleurs, la classification moderne accole à chaque forme deux nuances réévaluées à chaque bilan : l'activité (poussées ou nouvelles lésions à l'IRM) et la progression (aggravation lente). Une même personne peut donc être décrite comme « active » une année, « non active » une autre. Ces ajustements ne sont pas des bouleversements : ils reflètent simplement l'état de la maladie à un moment donné, tel que l'apprécie le neurologue lors du suivi.

La forme de SEP détermine-t-elle le pronostic ?

Non, la forme ne dicte pas un destin. Elle donne des tendances utiles pour organiser le suivi et choisir les traitements, mais deux personnes portant le même nom de forme peuvent vivre des parcours très différents. Le pronostic dépend de nombreux éléments propres à chacun, et il ne se pose jamais de façon fiable sur les seules premières observations. C'est l'évolution suivie dans le temps qui oriente. Il est donc à la fois inutile et souvent trompeur de comparer sa situation à des récits trouvés en ligne. Les questions de pronostic se discutent avec le neurologue, qui connaît le dossier complet et peut répondre au cas par cas.

ℹ️ Information et non avis médical

Cet article a une visée d'information générale sur les différentes formes de sclérose en plaques. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un avis médical, ni un traitement. Aucun chiffre n'y est avancé sans être attribué à un organisme reconnu. Pour toute question concernant une situation personnelle — diagnostic, forme, pronostic, traitements —, adressez-vous au médecin traitant ou à l'équipe de neurologie qui suit votre proche.

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