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Familles & aidants · Sclérose en plaques

SEP en établissement médico-social : adapter les pratiques professionnelles

Accompagner une personne atteinte de sclérose en plaques en établissement médico-social ne ressemble à aucune autre situation de dépendance. Ici, la personne accueillie est souvent jeune, lucide, informée de sa maladie, et confrontée à des symptômes qui changent d'un jour à l'autre : une fatigue écrasante le matin, une jambe qui répond mal l'après-midi, un mot qui se dérobe pendant une conversation, une émotion qui déborde sans prévenir. Pour les équipes de MAS, de FAM, d'EHPAD, de SSR ou de foyer de vie, cela suppose d'ajuster en permanence le geste, le rythme et la parole — sans jamais transformer l'accompagnement en surprotection.

  • ⏱️ 23 min de lecture
  • 👥 Pour les familles et les aidants
  • 🔄 Mis à jour en septembre 2026

Cet article s'adresse d'abord aux professionnels du secteur médico-social, mais il parle aussi aux familles qui veulent comprendre ce qui se joue au quotidien dans un établissement. Il ne remplace ni un protocole de soin, ni l'avis du médecin ou des rééducateurs qui suivent la personne : il propose des repères concrets, une posture, et une manière d'observer et de transmettre qui font souvent toute la différence. Chaque conseil renvoie au principe fondateur du secteur : la personne d'abord, ses capacités avant ses incapacités, et l'équipe pluridisciplinaire comme colonne vertébrale.

L'essentiel en 30 secondes

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie chronique du système nerveux central. En établissement médico-social, elle demande une adaptation fine des pratiques, parce que les symptômes sont fluctuants, souvent invisibles, et qu'ils touchent un public plus jeune que la moyenne des personnes accueillies.

  • Une maladie de l'adulte jeune — le diagnostic est le plus souvent posé entre 20 et 40 ans, et la SEP est, selon l'Inserm, la première cause de handicap non traumatique de l'adulte jeune.
  • Des symptômes fluctuants et invisibles — fatigue, troubles cognitifs, douleurs, troubles de la sensibilité ou de la continence ne se voient pas, mais désorganisent la journée.
  • La fatigue au centre — d'après la Fondation ARSEP, c'est l'un des symptômes les plus fréquents et les plus invalidants ; elle conditionne l'organisation des activités.
  • Observer, signaler, transmettre — le rôle des équipes n'est pas de diagnostiquer, mais de repérer les changements et de les remonter à l'équipe soignante et aux rééducateurs.
  • Maintenir l'autonomie — laisser faire, plus lentement, avec le bon niveau d'aide, protège les capacités ; faire à la place accélère la dépendance.

Comprendre la sclérose en plaques quand on l'accompagne

Avant d'adapter sa pratique, il faut comprendre ce que la maladie fait, et ne fait pas. La sclérose en plaques est une maladie chronique, inflammatoire et auto-immune du système nerveux central : le système immunitaire s'attaque à la myéline, cette gaine qui entoure les fibres nerveuses et permet à l'information de circuler vite et bien. Là où la myéline est abîmée, le message nerveux passe mal, plus lentement, ou plus du tout. Selon l'Inserm, la maladie touche environ 120 000 personnes en France, et elle concerne près de trois femmes pour un homme.

Ce qui déroute les équipes, c'est que la SEP ne se lit pas comme une lésion fixe. Les zones de démyélinisation, appelées « plaques », peuvent apparaître à différents endroits du cerveau et de la moelle épinière. C'est cette dispersion qui explique la variété déconcertante des symptômes d'une personne à l'autre : deux résidents avec le même diagnostic peuvent avoir des tableaux totalement différents. Il n'existe pas de « profil type » de la personne atteinte de SEP.

Les grandes formes de la maladie

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La forme récurrente-rémittente

La plus fréquente au début de la maladie. Elle évolue par poussées : des symptômes apparaissent, puis régressent en partie ou totalement. Entre deux poussées, l'état peut sembler stable.

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La forme secondairement progressive

Elle succède souvent, après des années, à la forme rémittente. Le handicap s'installe alors de façon plus continue, avec ou sans poussées surajoutées.

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La forme progressive d'emblée

Plus rare, elle évolue dès le départ de manière progressive, sans poussées nettes. C'est fréquemment cette forme qui concerne les personnes accueillies avec un handicap déjà avancé.

Pourquoi ces distinctions importent-elles pour un accompagnement au quotidien ? Parce qu'elles changent la lecture d'un événement. Une aggravation soudaine chez une personne à forme rémittente peut évoquer une poussée, qui nécessite d'alerter l'équipe soignante. Une lente dégradation chez une personne à forme progressive relève d'une évolution attendue, à accompagner autrement. Ce n'est pas au professionnel de terrain de trancher — c'est au médecin — mais savoir de quelle forme il s'agit aide à observer avec justesse et à transmettre une information utile.

💡 Une maladie, mille visages

La SEP est parfois surnommée « la maladie aux mille visages ». Cette formule n'est pas une image poétique : c'est une réalité clinique qui a des conséquences directes sur l'accompagnement. On ne peut pas plaquer un protocole standard ; on part toujours de la personne, de ses symptômes du moment et de ses objectifs propres, définis avec elle et l'équipe pluridisciplinaire.

Ce qui rend la SEP différente en établissement médico-social

Accueillir une personne atteinte de sclérose en plaques bouscule certains réflexes hérités de l'accompagnement des personnes âgées. La différence tient à trois réalités qu'il faut nommer clairement pour ajuster sa posture.

Un public souvent jeune, et pleinement conscient

Contrairement à une idée répandue dans le secteur, beaucoup de personnes accueillies avec une SEP sont dans la force de l'âge : quarante, cinquante ans, parfois moins. Elles ont eu une vie professionnelle, une vie de couple, des enfants, des projets. Le handicap s'est invité au milieu de tout cela. Elles connaissent souvent leur maladie mieux que le professionnel qui les accompagne, parce qu'elles vivent avec depuis des années. Les infantiliser, décider à leur place, parler d'elles à la troisième personne devant elles est vécu très durement. La règle d'or : s'adresser à la personne comme à un adulte, parce qu'elle en est un.

Des symptômes qui fluctuent d'heure en heure

C'est la difficulté la plus concrète pour les plannings. Une personne autonome pour sa toilette le matin peut ne plus l'être en fin de journée, épuisée. Une main précise à dix heures peut trembler à seize heures. Cette variabilité n'est ni de la mauvaise volonté, ni de la comédie : c'est la maladie. Un cadre rigide, minuté, identique chaque jour, entre en collision frontale avec cette réalité. L'adaptation consiste à prévoir de la souplesse, à observer le meilleur moment de la personne, et à caler les activités exigeantes sur les créneaux où elle a le plus de ressources.

Des symptômes largement invisibles

Le fauteuil roulant se voit. La fatigue, les troubles cognitifs, les douleurs, les troubles de la sensibilité ou de la continence, non. Or ce sont souvent ces symptômes invisibles qui pèsent le plus lourd sur la qualité de vie. Le risque, en établissement, est de ne prendre au sérieux que ce qui se voit. Une personne qui « a l'air d'aller bien » peut lutter contre un épuisement qui l'oblige à choisir entre se doucher et participer à une activité. Reconnaître l'invisible, c'est déjà soulager.

Réflexe héritéAdaptation à la SEP
Un rythme fixe, identique chaque jourUn cadre souple, ajusté au niveau d'énergie du moment
Faire à la place pour aller plus viteLaisser faire, plus lentement, avec le bon niveau d'aide
Ne considérer que les symptômes visiblesPrendre au sérieux la fatigue, les douleurs et les troubles cognitifs
Parler à la place de la personneS'adresser à elle directement, comme à l'adulte qu'elle est
Interpréter un changement d'humeur comme du caractèreLe lire d'abord comme un possible symptôme neurologique

La fatigue et les troubles cognitifs : le cœur de l'adaptation

Si l'on ne devait retenir qu'un seul point de tout cet article, ce serait celui-ci. D'après la Fondation ARSEP, la fatigue est l'un des symptômes les plus fréquents et les plus invalidants de la sclérose en plaques. Elle n'a rien à voir avec la fatigue ordinaire d'une nuit trop courte : c'est une fatigue neurologique, qui peut tomber brutalement, disproportionnée par rapport à l'effort fourni, et qui ne se répare pas toujours par le repos ou le sommeil.

Comprendre la fatigue pour ne plus la juger

Le cerveau abîmé par la démyélinisation doit fournir beaucoup plus d'efforts pour accomplir des tâches auparavant automatiques : marcher, parler, se concentrer, coordonner un geste. Cette dépense supplémentaire épuise. C'est pourquoi une personne peut être vaillante le matin et « éteinte » l'après-midi. La pire réponse qu'un professionnel puisse donner, c'est de laisser entendre que la personne « se laisse aller » ou « pourrait faire un effort ». Ces phrases blessent et ne changent rien à la neurologie.

La chaleur aggrave souvent les symptômes : c'est le phénomène d'Uhthoff, bien documenté dans la SEP. Une pièce surchauffée, une douche trop chaude, une canicule peuvent temporairement majorer la fatigue et la faiblesse. Veiller à la fraîcheur, proposer de l'eau, éviter les efforts aux heures les plus chaudes relève d'une adaptation simple mais décisive.

💡 La gestion de l'énergie, une compétence à part entière

Les rééducateurs parlent souvent d'« économie d'énergie » : apprendre à répartir ses forces sur la journée, à alterner activité et récupération, à s'asseoir pour une tâche qui peut se faire assise. En établissement, cela se traduit par une organisation qui n'entasse pas les sollicitations exigeantes au même moment. Cette approche se travaille avec l'ergothérapeute, qui reste l'interlocuteur de référence.

Les troubles cognitifs : fréquents et souvent méconnus

La SEP ne touche pas que le corps. D'après la Fondation ARSEP, les troubles cognitifs concernent une part importante des personnes atteintes au cours de la maladie, souvent estimée autour de la moitié. Ils passent facilement inaperçus parce qu'ils sont discrets et que la personne développe des stratégies pour les masquer. Les fonctions le plus souvent atteintes sont :

  • La vitesse de traitement de l'information — la personne comprend, mais plus lentement. Lui parler trop vite ou empiler les consignes la met en échec.
  • L'attention et la concentration — un environnement bruyant, plusieurs interlocuteurs à la fois, épuisent et désorganisent.
  • La mémoire de travail — retenir une consigne en plusieurs étapes devient difficile. Mieux vaut une information à la fois.
  • Les fonctions exécutives — planifier, organiser une tâche, passer d'une activité à l'autre demande un effort accru.

Ces troubles fluctuent, eux aussi, avec la fatigue : une personne peut être vive le matin et en difficulté cognitive en fin de journée. Les prendre en compte, ce n'est pas « faire à la place » : c'est ralentir, simplifier, laisser le temps, et fractionner. Le repérage fin relève du neuropsychologue ; le rôle des équipes est d'observer et de signaler ce qui change.

⚠️ À éviter absolument

❌ À éviter : donner plusieurs consignes d'un coup, parler vite, hausser le ton quand la personne ne suit pas, ou conclure qu'elle « n'écoute pas ». Ce qui ressemble à de l'inattention ou à de la mauvaise volonté est très souvent un symptôme neurologique. La bonne réponse tient en trois gestes : une idée à la fois, une phrase courte, et du temps pour répondre.

Mobilité, transferts et prévention des complications

Les troubles moteurs sont la partie visible de la maladie : faiblesse d'un membre, troubles de l'équilibre et de la coordination, spasticité — cette raideur musculaire qui résiste au mouvement. Ils évoluent avec la maladie et varient au fil de la journée. L'accompagnement de la mobilité en établissement obéit à un principe simple à énoncer, exigeant à tenir : préserver ce qui fonctionne encore.

Le juste niveau d'aide

La tentation, par gentillesse ou par manque de temps, est de faire à la place. C'est une erreur pour la personne : un membre que l'on n'utilise plus se dégrade, et l'autonomie perdue se récupère mal. La bonne posture consiste à sécuriser sans supprimer l'effort : proposer un appui plutôt que porter, guider un transfert plutôt que l'exécuter à sa place, laisser le temps de faire même si c'est plus lent. Le niveau d'aide adéquat, les techniques de transfert et les aides techniques se définissent avec le kinésithérapeute et l'ergothérapeute : ce sont eux qui prescrivent et enseignent les gestes. Le rôle de l'équipe est d'appliquer les consignes établies, avec constance, et de signaler tout changement.

  • Observer avant d'agir. Regarder ce que la personne peut faire seule aujourd'hui, qui n'est peut-être pas ce qu'elle pouvait faire hier. Le niveau d'aide s'ajuste au moment, pas à une habitude.
  • Sécuriser l'environnement. Dégager les passages, vérifier les freins du fauteuil, s'assurer que les aides techniques sont à portée. Le risque de chute est réel dès qu'il y a trouble de l'équilibre.
  • Guider plutôt que faire. Accompagner le geste, proposer l'appui juste nécessaire, encourager sans presser. Le temps « perdu » est du temps gagné pour l'autonomie.
  • Respecter la fatigue. Un transfert de plus quand la personne est épuisée augmente le risque de chute. Mieux vaut anticiper les moments de fragilité.
  • Transmettre. Noter ce qui a changé — une raideur nouvelle, une jambe qui lâche, une douleur au mouvement — pour l'équipe soignante et les rééducateurs.
  • Prévenir les complications de l'immobilité

    Quand la mobilité se réduit, plusieurs complications guettent : raideurs articulaires, risque cutané aux points d'appui, troubles circulatoires, perte musculaire, repli. La prévention repose sur des installations adaptées, des changements de position réguliers et une mobilisation ajustée — tous définis et encadrés par les professionnels de santé. Il n'appartient pas au professionnel de terrain de décider seul d'une posture, d'une installation ou d'une mobilisation : ces gestes relèvent de prescriptions et de protocoles. En revanche, chacun est en première ligne pour observer une rougeur qui ne s'efface pas, une position inconfortable, une douleur nouvelle, et pour le signaler sans attendre.

    💡 L'installation, un soin à part entière

    Bien installer une personne dans son fauteuil ou son lit n'est pas un détail : c'est un acte de prévention et de confort qui conditionne toute la journée. Les préconisations d'installation, de coussins et d'aides techniques sont établies par l'ergothérapeute. Le rôle des équipes est de les respecter scrupuleusement et de signaler quand elles ne semblent plus adaptées.

    Douleurs et symptômes invisibles : observer sans banaliser

    C'est le territoire le plus difficile de l'accompagnement, parce qu'il échappe au regard. Une grande partie de ce qui rend la vie difficile aux personnes atteintes de SEP ne se voit pas. Le professionnel qui apprend à repérer ces signaux et à les transmettre rend un service considérable : il donne une voix à ce que la personne n'ose pas toujours dire.

    Les douleurs

    La SEP s'accompagne fréquemment de douleurs : sensations de brûlure, de décharge électrique, de fourmillements, ou douleurs liées à la spasticité et aux positions. Elles sont réelles, même lorsqu'elles n'ont aucune traduction visible. Les minimiser — « ce n'est rien », « ça va passer » — est une faute d'accompagnement. Le rôle des équipes n'est pas de traiter la douleur, mais de la repérer, de l'évaluer avec les outils prévus dans l'établissement, de la consigner et de la transmettre au médecin et à l'infirmier, qui décident de la conduite à tenir.

    Les troubles vésico-sphinctériens

    Les troubles de la continence urinaire ou intestinale sont fréquents et particulièrement éprouvants sur le plan psychologique, surtout chez une personne jeune et lucide. Ils touchent à l'intimité et à la dignité. La posture attendue est double : une discrétion et un respect absolus, et une vigilance sur les signes d'alerte. Une modification de la couleur ou de l'odeur des urines, une fièvre, une douleur, un changement de comportement peuvent évoquer une infection urinaire, fréquente dans la SEP et parfois déclencheuse d'aggravation. Ces signes se transmettent sans délai à l'équipe soignante ; les modalités de prise en charge relèvent d'elle.

    Les troubles émotionnels et thymiques

    La maladie et ses lésions peuvent retentir sur l'humeur : irritabilité, anxiété, épisodes dépressifs, parfois labilité émotionnelle — ces rires ou ces larmes qui surviennent sans rapport avec l'émotion réelle. Là encore, ce qui ressemble à un « caractère difficile » est souvent un symptôme. Le prendre personnellement, le sanctionner, y répondre par de l'agacement aggrave la situation. Le repérer comme un signe, en parler avec bienveillance, et l'orienter vers le psychologue et le médecin est la seule voie juste.

    Les troubles de la déglutition

    Moins connus mais lourds de conséquences, les troubles de la déglutition peuvent apparaître dans la SEP et exposent au risque de fausse route. Certains signes doivent attirer l'attention : toux pendant ou après les repas, voix « mouillée », repas qui traînent, gêne à avaler, épisodes d'encombrement respiratoire répétés. Le repérage et le bilan relèvent de l'orthophoniste et du médecin, qui définissent, le cas échéant, les adaptations nécessaires. Le rôle des équipes n'est pas de décider seul d'une texture ou d'une posture, mais d'observer, de signaler ces signes sans délai, d'appliquer scrupuleusement les consignes établies et d'installer la personne dans de bonnes conditions au moment des repas. La vigilance au quotidien est ici une mesure de sécurité de premier plan.

    Ce que vous observezCe que ça peut vouloir direLe bon réflexe
    La personne grimace ou se crispe au mouvementDouleur, spasticitéÉvaluer, consigner, transmettre au soignant
    Urines troubles, fièvre, comportement inhabituelPossible infection urinaireAlerter l'équipe soignante sans délai
    Irritabilité ou tristesse nouvelleRetentissement thymique de la maladieNe pas prendre pour soi, signaler au psychologue
    Refus soudain d'une activité habituelleFatigue, douleur, ou moral en berneChercher la cause avant de conclure au caprice
    Rougeur persistante à un point d'appuiRisque cutané débutantSignaler immédiatement, ne pas masser sans consigne

    Former toute l'équipe à la sclérose en plaques

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    Communiquer et préserver la relation

    La communication est le premier outil de l'accompagnement, et le premier à s'ajuster face à la SEP. Entre la fatigue cognitive, la lenteur de traitement, les éventuels troubles de la parole (dysarthrie) et le retentissement émotionnel, le simple fait de se parler peut devenir un effort. Bien communiquer, ce n'est pas parler plus : c'est parler mieux.

    Les gestes concrets qui changent tout

    • Une idée à la fois. Fractionner l'information plutôt que d'enchaîner les consignes. « On va d'abord s'asseoir », puis, une fois assis : « maintenant, on met les chaussures. »
    • Des phrases courtes. Aller à l'essentiel, sans appauvrir le propos ni infantiliser. On parle à un adulte, simplement plus clairement.
    • Du temps pour répondre. Laisser un silence. La lenteur de traitement fait que la réponse arrive parfois après plusieurs secondes. Combler ce silence à sa place, c'est priver la personne de sa parole.
    • Un environnement calme. Réduire le bruit, éviter les conversations croisées, se placer face à la personne. L'attention est une ressource limitée qu'il faut ménager.
    • Le regard et le corps. Beaucoup se joue hors des mots : un ton posé, un visage détendu, une main qui rassure valent parfois mieux qu'une longue explication.

    Les mots exacts comptent. Plutôt que « dépêchez-vous », qui met en échec, on peut dire : « prenez votre temps, je reste avec vous ». Plutôt que « vous n'écoutez pas », on peut proposer : « je reformule, c'était peut-être trop rapide ». Ces formulations ne coûtent rien et transforment la relation.

    ⚠️ Ce qui blesse, à bannir

    ❌ À éviter : parler de la personne à la troisième personne devant elle, finir ses phrases à sa place, hausser le ton, la traiter comme un enfant, ou commenter sa lenteur. Une personne atteinte de SEP a le plus souvent toute son intelligence et sa lucidité : elle entend et comprend tout. Le manque de respect, même involontaire, laisse des traces durables sur la relation de confiance.

    Quand la parole se dégrade

    Certaines personnes présentent une dysarthrie, une difficulté d'articulation qui n'a rien à voir avec l'intelligence ni la compréhension. D'autres se fatiguent vite à parler. Des supports de communication — pictogrammes, ardoise, tablette, applications dédiées — peuvent soulager l'échange. Leur mise en place se fait avec l'orthophoniste, interlocuteur de référence pour tout ce qui touche au langage et à la parole. Le rôle des équipes est d'utiliser au quotidien les outils préconisés et de ne jamais faire sentir à la personne que communiquer avec elle est une corvée.

    Le projet personnalisé et le travail pluridisciplinaire

    En établissement médico-social, rien de solide ne se construit seul. L'accompagnement de la sclérose en plaques est, par nature, un travail d'équipe, structuré autour du projet personnalisé de la personne accueillie. C'est le document et la démarche qui donnent une direction commune à toutes les interventions.

    Le projet personnalisé, boussole de l'accompagnement

    Le projet personnalisé n'est pas une formalité administrative : c'est l'expression des attentes, des objectifs et des priorités de la personne, co-construite avec elle. Pour une personne atteinte de SEP, il tient compte de la variabilité des symptômes, des objectifs de maintien de l'autonomie, des activités qui font sens, et des adaptations nécessaires. Il se révise régulièrement, parce que la maladie évolue. La force de ce document est de recentrer l'équipe sur ce que veut la personne, et non sur ce qui serait le plus simple à organiser.

    Chaque professionnel à sa place

    ProfessionnelSon apport dans la SEP
    MédecinDiagnostic, pronostic, prescriptions, décisions de traitement : seul habilité à statuer sur le plan médical
    InfirmierSurveillance clinique, soins, gestion des traitements, évaluation des symptômes
    KinésithérapeuteMobilité, équilibre, lutte contre la spasticité, techniques de transfert
    ErgothérapeuteAutonomie dans les gestes du quotidien, aides techniques, aménagement, économie d'énergie
    OrthophonisteTroubles de la parole, de la déglutition et supports de communication
    NeuropsychologueÉvaluation et prise en charge des troubles cognitifs
    PsychologueSoutien face au retentissement émotionnel de la maladie
    Aide-soignant, AMP, AESAccompagnement du quotidien, observation fine, transmission : le socle de la vigilance

    Le point crucial est la transmission. L'aide-soignant, l'accompagnant éducatif et social passent le plus de temps auprès de la personne : ce sont eux qui repèrent en premier un changement. Encore faut-il que cette observation circule. Une information notée, datée, factuelle, transmise à l'équipe soignante et aux rééducateurs, vaut infiniment mieux qu'une impression gardée pour soi. Les outils de transmission de l'établissement — cahier de liaison, dossier de l'usager, temps de relève — sont la colonne vertébrale de cette circulation.

    💡 Objectiver pour transmettre

    Pour rendre l'observation utile, mieux vaut décrire un fait qu'émettre un jugement. « A eu besoin d'aide pour le transfert cet après-midi, alors qu'il était autonome ce matin » est une information exploitable. « Semble fatigué » l'est beaucoup moins. Des supports de suivi structurés, comme ceux proposés dans le catalogue d'outils DYNSEO, aident à formaliser ces observations pour les partager en équipe.

    Stimulation cognitive et maintien de l'autonomie

    Maintenir l'autonomie n'est pas un slogan : c'est un objectif de soin. Face à la sclérose en plaques, ce qui n'est plus sollicité se dégrade — les muscles comme les fonctions cognitives. La stimulation, dosée et adaptée, fait partie intégrante de l'accompagnement, à condition de respecter deux règles : la régularité et le juste niveau de difficulté.

    Pourquoi la régularité prime sur l'intensité

    Le cerveau consolide ce qui est répété à intervalles rapprochés. Une activité courte, quotidienne, produit davantage qu'une séance marathon hebdomadaire suivie d'une longue pause. Pour une personne fatigable, c'est doublement vrai : mieux vaut quinze minutes de stimulation dans un bon moment que trente minutes imposées quand l'énergie manque. La stimulation cognitive s'inscrit dans une routine souple, calée sur les créneaux où la personne a le plus de ressources.

    Le juste niveau de difficulté

    Une activité trop facile n'apporte rien et lasse ; trop difficile, elle décourage et fait abandonner. Tout l'art consiste à se situer dans la zone où la personne réussit avec un effort raisonnable. Ce niveau évolue avec la fatigue et avec la maladie, ce qui suppose de l'ajuster en permanence. Les activités concrètes — jeux de mémoire, d'attention, de logique, de langage — se choisissent avec le neuropsychologue et l'ergothérapeute, en cohérence avec le projet personnalisé.

    Les supports numériques peuvent aider, à condition qu'ils s'adaptent au niveau de la personne. L'application JOE, conçue pour les adultes, notamment dans un contexte de SEP ou d'AVC, repose précisément sur ce principe d'ajustement progressif du niveau, avec des jeux de stimulation cognitive variés. Un premier repérage des points d'appui et de fragilité peut aussi s'appuyer sur les tests cognitifs proposés par DYNSEO, à visée indicative et jamais diagnostique : le bilan approfondi reste l'affaire du neuropsychologue.

    💡 Stimuler n'est pas rééduquer

    La stimulation cognitive au quotidien complète la rééducation, elle ne la remplace pas. La rééducation orthophonique, kinésithérapique ou neuropsychologique relève des professionnels concernés, sur prescription. Le rôle des équipes est de prolonger le travail entre les séances, dans le respect des objectifs fixés, en gardant l'activité plaisante : une stimulation vécue comme une contrainte perd l'essentiel de son intérêt.

    Préserver ce qui a du sens

    Maintenir l'autonomie, c'est aussi préserver les activités qui comptent pour la personne : un loisir, un lien social, un geste du quotidien qu'elle tient à faire seule. Adapter plutôt que supprimer : proposer un ustensile ergonomique plutôt que de nourrir à la place, aménager une activité plutôt que d'y renoncer. Chaque capacité préservée est une victoire sur la maladie, et un facteur de moral. Le sens est souvent le meilleur moteur de la participation.

    Reconnaître une poussée, alerter, transmettre

    Dans les formes rémittentes, la maladie évolue par poussées. Savoir en repérer les signes, sans les confondre avec une simple fatigue passagère, fait partie des compétences attendues des équipes. Non pour poser un diagnostic — cela revient au médecin — mais pour alerter à temps.

    Qu'est-ce qu'une poussée ?

    Une poussée correspond à l'apparition de nouveaux symptômes neurologiques, ou à l'aggravation nette de symptômes existants, s'installant sur quelques heures à quelques jours et persistant. Il peut s'agir d'une baisse de vision d'un œil, d'une faiblesse nouvelle d'un membre, de troubles de l'équilibre marqués, de troubles de la sensibilité, de troubles urinaires d'apparition récente. Ce qui doit alerter, c'est le caractère nouveau ou nettement aggravé, et sa persistance.

    SigneFluctuation habituelle ?Conduite
    Fatigue plus marquée en fin de journéeOui, fréquentAdapter le rythme, surveiller
    Faiblesse nouvelle d'un bras ou d'une jambeNonSignaler à l'équipe soignante
    Baisse brutale de la vision d'un œilNonAlerter sans délai
    Troubles de l'équilibre nettement aggravésNonSécuriser et signaler
    Symptômes majorés par la chaleur, réversibles au fraisOui, phénomène d'UhthoffRafraîchir, surveiller la régression

    Une distinction utile : un symptôme qui s'aggrave à la chaleur et régresse quand la personne se rafraîchit évoque plutôt le phénomène d'Uhthoff, transitoire, qu'une vraie poussée. Mais dans le doute, on ne tranche pas seul : on transmet à l'équipe soignante, qui évalue.

    ⚠️ En cas de signe brutal et sévère

    Devant un symptôme neurologique d'installation brutale et sévère — trouble grave de la conscience, difficulté respiratoire, déficit majeur soudain — ne cherchez pas à savoir s'il s'agit d'une poussée : contactez immédiatement les services d'urgence de votre pays et appliquez les protocoles d'alerte de l'établissement. Une SEP n'exclut pas une autre urgence médicale. Le doute doit toujours pencher vers l'alerte.

    Transmettre une observation exploitable

    Quand un professionnel repère un signe, la qualité de sa transmission conditionne la rapidité de la réponse. Noter quoi (le symptôme précis), quand (l'heure et la date d'apparition), et comment (progressif ou brutal, persistant ou fluctuant) donne à l'équipe soignante les éléments pour décider. Une transmission floue retarde ; une transmission précise protège. C'est là que le rôle d'observation des équipes de proximité prend toute sa valeur.

    Prendre soin de l'équipe et éviter l'usure

    On accompagne mieux quand on va bien soi-même. Accompagner au long cours des personnes jeunes, lucides, confrontées à une maladie évolutive, expose les équipes à une charge émotionnelle réelle. La reconnaître, la nommer et la soutenir n'est pas un luxe : c'est une condition de la qualité de l'accompagnement et de sa durée.

    Nommer ce qui pèse

    Voir une personne perdre progressivement des capacités, l'accompagner dans des moments d'intimité, encaisser parfois une irritabilité qui est un symptôme, se sentir impuissant face à ce qu'on ne peut pas guérir : tout cela use si on le porte seul et en silence. Il n'y a aucune faiblesse à ressentir cette charge. Il y en aurait à la nier jusqu'à l'épuisement. Les temps d'échange en équipe, les groupes d'analyse de pratiques, le soutien de l'encadrement sont des espaces où déposer ce qui pèse.

    Des repères concrets pour tenir

    • Partager les observations, pas seulement les tâches. Un ressenti nommé en relève circule et allège ; gardé pour soi, il s'accumule.
    • S'appuyer sur le collectif. Personne ne détient à lui seul la bonne réponse ; la force est dans la complémentarité des regards.
    • Se former. Comprendre la maladie diminue le sentiment d'impuissance et sécurise le geste. Une équipe formée accompagne avec plus de justesse et moins d'anxiété.
    • Reconnaître les petites victoires. Une autonomie préservée, un moment de complicité, un projet qui aboutit : ces réussites, souvent discrètes, nourrissent le sens du métier.
    • Ne pas confondre empathie et fusion. Accompagner suppose une juste distance : être présent sans se laisser submerger, ce qui protège la relation et le professionnel.

    Adapter les pratiques professionnelles autour de la sclérose en plaques en établissement médico-social, c'est finalement tenir ensemble deux exigences : une technicité — comprendre la maladie, observer, transmettre, respecter les prescriptions — et une éthique — considérer la personne comme un adulte, préserver son autonomie et sa dignité, et soutenir les équipes qui l'accompagnent. Ni la compétence sans la relation, ni la relation sans la compétence : c'est leur alliance qui fait la qualité de l'accompagnement, jour après jour.

    Pour aller plus loin

    Cet article pose les repères de l'adaptation des pratiques. D'autres ressources de cette série approfondissent chacune un aspect de l'accompagnement de la sclérose en plaques :

    Côté ressources gratuites, le catalogue d'outils DYNSEO propose des supports à imprimer utiles en établissement — suivi de séance, tableau de motivation, thermomètre des émotions — pour objectiver les observations et les partager en équipe. Les tests cognitifs permettent un premier repérage indicatif, et l'application JOE sert de support de stimulation cognitive adapté aux adultes.

    Questions fréquentes

    Comment adapter le rythme de la journée à une personne atteinte de SEP ?

    La règle est la souplesse. Comme la fatigue et les symptômes fluctuent d'heure en heure, un planning rigide entre en conflit avec la réalité de la maladie. Concrètement, on observe les moments où la personne a le plus d'énergie — souvent le matin — et on y place les activités les plus exigeantes : toilette, transferts, stimulation, sorties. On réserve les créneaux de moindre forme aux temps calmes et à la récupération. On prévoit aussi des marges : un imprévu, une journée plus difficile, doivent pouvoir décaler le programme sans drame. Cette organisation se construit avec la personne et l'équipe pluridisciplinaire, autour du projet personnalisé.

    Que faire quand une personne semble « ne pas vouloir » participer ?

    Avant de conclure à un manque de volonté, cherchez la cause. Un refus cache souvent une fatigue neurologique écrasante, une douleur, un trouble cognitif qui rend la tâche trop lourde, ou un moral en berne — tous des symptômes possibles de la SEP, pas des caprices. Le bon réflexe est d'interroger avec bienveillance : « qu'est-ce qui serait plus simple pour vous aujourd'hui ? », de proposer une version allégée de l'activité, ou de la reporter à un meilleur moment. On note l'observation et on la transmet : un refus répété peut signaler une évolution qui mérite l'attention de l'équipe soignante.

    Faut-il aider systématiquement pour les gestes du quotidien ?

    Non, et c'est un point essentiel. Faire à la place pour aller plus vite accélère la perte d'autonomie : un membre ou une fonction que l'on n'utilise plus se dégrade. La bonne posture consiste à proposer le juste niveau d'aide : sécuriser, guider, encourager, mais laisser la personne faire ce qu'elle peut encore faire, même plus lentement. Ce niveau d'aide s'ajuste au moment et à la fatigue, et il se définit avec le kinésithérapeute et l'ergothérapeute, qui prescrivent les gestes et les aides techniques. Le temps « perdu » à laisser faire est en réalité du temps investi dans l'autonomie.

    Comment reconnaître une poussée et que faire ?

    Une poussée correspond à l'apparition de symptômes neurologiques nouveaux, ou à l'aggravation nette de symptômes existants, qui s'installent et persistent : faiblesse d'un membre, baisse de vision d'un œil, troubles de l'équilibre marqués, troubles urinaires récents. Le rôle des équipes n'est pas de diagnostiquer, mais de repérer ces signes, de les décrire précisément — quoi, quand, comment — et de les transmettre sans délai à l'équipe soignante. Attention à ne pas confondre avec le phénomène d'Uhthoff, où les symptômes s'aggravent à la chaleur et régressent au frais. En cas de signe brutal et sévère, on contacte immédiatement les services d'urgence de votre pays.

    La SEP entraîne-t-elle toujours des troubles cognitifs ?

    Non, pas toujours, et leur intensité varie beaucoup d'une personne à l'autre. D'après la Fondation ARSEP, les troubles cognitifs concernent néanmoins une part importante des personnes atteintes au cours de la maladie. Ils touchent surtout la vitesse de traitement, l'attention, la mémoire de travail et les fonctions exécutives, et ils fluctuent avec la fatigue. Ils sont souvent discrets et masqués par la personne. Le repérage fin relève du neuropsychologue ; le rôle des équipes est d'observer et de signaler ce qui change. Au quotidien, on adapte : une consigne à la fois, des phrases courtes, un environnement calme, et du temps pour répondre.

    ℹ️ Information et non avis médical

    Cet article a une visée d'information et de sensibilisation professionnelle. Il ne remplace ni un diagnostic, ni un avis médical, ni un protocole de soin. Aucun geste technique, aucune installation, aucune conduite thérapeutique ne doit être décidé sur sa seule base : référez-vous toujours aux prescriptions et aux consignes des professionnels de santé qui suivent la personne, et à l'équipe pluridisciplinaire de votre établissement.

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    Patrick D.
    Directeur d'EHPAD
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    Bonjour, je suis Coach JOE !
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