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Professionnels · Alzheimer & troubles cognitifs

Maladies apparentées à la maladie d’Alzheimer : 10 situations difficiles du quotidien et comment y répondre

Face aux maladies apparentées à la maladie d'Alzheimer, la question qui revient le plus souvent en établissement n'est pas « qu'est-ce que cette maladie ? » mais « que faire, là, maintenant, quand la scène se produit ? ». Un résident qui se lève habillé à trois heures du matin, une résidente qui décrit des enfants dans sa chambre, un homme qui tient des propos crus à table : ce sont ces moments ordinaires, et non la théorie, qui mettent les équipes en difficulté.

  • ⏱️ 20 min de lecture
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  • 🔄 Mis à jour en août 2026

Voici dix de ces situations, décrites comme elles arrivent réellement. Pour chacune : ce qui se joue sur le plan neurologique selon la maladie en cause, la réaction spontanée qui aggrave les choses, et la conduite à tenir pas à pas — avec les mots exacts à dire, le geste juste, et ce qu'on transmet ensuite. Parce que la démence vasculaire, la maladie à corps de Lewy ou la dégénérescence frontotemporale ne se comportent pas comme la maladie d'Alzheimer, et qu'un même réflexe peut soulager dans un cas et empirer dans l'autre.

L'essentiel en 30 secondes

Les comportements transmis comme des « troubles » ou des « oppositions » chez une personne atteinte d'une maladie apparentée à Alzheimer sont presque toujours des symptômes neurologiques, pas des choix ni des caprices.

  • Le nom de la maladie change la réponse : hallucinations et fluctuations orientent vers les corps de Lewy, la désinhibition vers la frontotemporale, l'évolution « en marches d'escalier » vers la démence vasculaire.
  • On ne raisonne pas ce qui n'est pas raisonnable : contredire un délire ou une hallucination fait toujours monter la tension.
  • Un comportement nouveau chez une personne stabilisée fait d'abord chercher une cause médicale — douleur, infection, effet d'un médicament.
  • La sensibilité aux neuroleptiques est un point de vigilance majeur dans la maladie à corps de Lewy.
  • Une transmission utile décrit un fait daté et situé, jamais une étiquette de comportement.

1. Il se lève habillé en pleine nuit et veut partir

Trois heures du matin. Vous le trouvez dans le couloir, entièrement habillé, manteau sur le dos, une chaussure à la main. Il vous explique posément qu'il doit « aller ouvrir l'atelier avant les ouvriers ». Il est calme mais absolument déterminé, et il ne comprend pas pourquoi vous voulez le retenir.

Ce qui se joue : une désorientation temporo-spatiale. Pour lui, il n'est pas trois heures du matin dans une résidence : il est six heures chez lui, un jour de travail. La mémoire ancienne, celle du métier, reste vive alors que la mémoire du présent s'efface. Il ne se trompe pas volontairement : il vit une réalité décalée, et cette réalité est, pour lui, totalement cohérente. Dans la démence vasculaire comme dans la maladie d'Alzheimer, ces réveils nocturnes avec projet d'action sont fréquents et souvent aggravés par un rythme veille-sommeil désorganisé.

  1. Entrez dans sa logique, pas dans la vôtre. Ne dites pas « il est trois heures, retournez vous coucher ». Dites : « l'atelier est fermé à cette heure, on ne peut pas encore y aller ». Vous validez son intention sans valider le passage à l'acte.
  2. Détournez vers un besoin concret. « Venez, on va boire quelque chose de chaud en attendant l'heure ». Marcher avec lui, l'accompagner physiquement, calme mieux que s'opposer.
  3. Réduisez les déclencheurs. Vérifiez s'il a mal, s'il a besoin d'aller aux toilettes, s'il a soif : un réveil nocturne cache souvent un inconfort qu'il ne sait plus nommer.
  4. Transmettez le fait, pas l'étiquette. « Levé à 3 h, habillé, calme, projet d'aller travailler, s'est recouché après une boisson chaude » est exploitable. « Fugueur » ne l'est pas.

❌ À éviter : le confronter à la réalité (« mais vous êtes à la retraite, votre atelier n'existe plus »). C'est vécu comme une perte brutale, cela provoque angoisse ou colère, et cela ne l'aide en rien à se rendormir.

2. Elle voit des personnes qui ne sont pas là

Elle vous montre un coin de sa chambre et vous décrit, très précisément, deux enfants assis par terre qui jouent. Elle n'a pas peur : elle trouve cela agréable, presque touchant. Une collègue, gênée, lui a répondu « mais non, il n'y a personne », et là, elle s'est fâchée.

Ce qui se joue : des hallucinations visuelles, souvent détaillées et bien construites, qui sont un signe caractéristique de la maladie à corps de Lewy. Contrairement à une idée reçue, elles ne sont pas toujours effrayantes. La personne voit réellement ces images : son cerveau les produit. Lui dire qu'elles n'existent pas revient à lui dire qu'elle ne peut plus se fier à ses propres sens — une expérience profondément déstabilisante. Ces hallucinations font partie des symptômes que la Haute Autorité de Santé décrit comme évocateurs de cette maladie apparentée.

  1. Ne niez pas, ne validez pas non plus. Une formule neutre et rassurante suffit : « je ne les vois pas, moi, mais je vois qu'ils ont l'air tranquilles ; est-ce qu'ils vous dérangent ? »
  2. Centrez-vous sur le vécu émotionnel. Ce qui compte n'est pas l'exactitude de la scène, mais si elle génère de la peur ou de l'apaisement. Une hallucination angoissante, elle, se signale.
  3. Agissez sur l'environnement. Un éclairage insuffisant, des ombres, un miroir, un motif de rideau favorisent les erreurs de perception. Une lumière stable et douce réduit les épisodes en fin de journée.
  4. Signalez toute apparition nouvelle ou soudaine. Des hallucinations qui apparaissent brutalement chez une personne qui n'en avait pas peuvent traduire une cause médicale aiguë : infection, déshydratation, effet d'un traitement.

❌ À éviter : « il n'y a personne, vous imaginez ». C'est inutile, cela ne fait pas disparaître l'image, et cela abîme la confiance. À éviter aussi : jouer le jeu à fond en parlant longuement aux personnages, ce qui peut renforcer l'ancrage de l'hallucination.

3. Le matin il fait tout seul, l'après-midi plus rien

Ce matin, il a mangé seul, discuté, plaisanté même. Trois heures plus tard, il ne sait plus où il est, ne finit pas ses phrases et semble absent, le regard fixe. La nouvelle collègue est convaincue qu'il « fait exprès » le matin, ou qu'il s'est brutalement dégradé. Sur le cahier : « état très variable, incompréhensible ».

Ce qui se joue : des fluctuations cognitives, marque de fabrique de la maladie à corps de Lewy. Les capacités d'attention et de vigilance varient fortement au fil de la journée, parfois d'une heure à l'autre, avec des moments de grande clarté et des moments de confusion ou de somnolence. Ce n'est ni de la simulation, ni forcément une aggravation : c'est le fonctionnement même de la maladie. La confondre avec de la mauvaise volonté ou avec une décompensation conduit à des décisions inadaptées.

  1. Adaptez la sollicitation au moment. Proposez les tâches importantes — repas, soins, échanges, activités — pendant les fenêtres de clarté, pas quand la vigilance est basse.
  2. N'insistez pas pendant les phases de retrait. « On reprendra tout à l'heure quand vous serez plus disponible » respecte le rythme neurologique et évite l'affrontement.
  3. Distinguez la fluctuation habituelle de la nouveauté. Une variation connue et récurrente n'inquiète pas ; une aggravation qui s'installe sur plusieurs jours se signale.
  4. Transmettez les horaires, pas seulement les états. « Clair et autonome le matin, confus et somnolent en début d'après-midi » permet à toute l'équipe d'organiser la journée autour de lui.

❌ À éviter : conclure « il régresse » sur la foi d'un seul moment de la journée, ou reprocher à la personne son manque de constance. La fluctuation n'est pas un choix.

4. Il fait une remarque crue à table

Au déjeuner, il lance à voix haute un commentaire déplacé sur le physique d'une collègue, puis se ressert sans gêne. Il y a quelques mois encore, c'était un homme réservé, courtois. Les autres résidents sont mal à l'aise, la collègue est blessée, et quelqu'un chuchote qu'« il devient vulgaire ».

Ce qui se joue : une désinhibition, symptôme fréquent de la dégénérescence frontotemporale. Les régions du cerveau qui filtrent les impulsions et régulent le comportement social sont atteintes. La personne perd la capacité de retenir ce qui lui vient, sans perdre pour autant la parole ou la mémoire immédiate. Ce n'est pas un changement de caractère ni un manque d'éducation : c'est la maladie qui parle. Le juger « grossier » ou le sermonner ne produit aucun effet, car le frein qui permettrait de tenir compte de la remontrance n'existe plus.

  1. Restez neutre et bref. Ni gêne visible, ni réprimande morale. Une réponse calme et courte : « on ne parle pas comme ça ici, tenez, reprenez du pain », et vous détournez immédiatement.
  2. Détournez plutôt que de sanctionner. Rediriger l'attention vers une action concrète coupe court à l'impulsion mieux qu'un rappel à l'ordre, qui n'a pas de prise.
  3. Protégez les autres et le professionnel visé. Rappelez à l'équipe que ces propos relèvent de la maladie : la collègue blessée a besoin d'entendre que ce n'est pas dirigé contre elle personnellement.
  4. Anticipez les contextes à risque. Un placement à table plus calme, à l'écart du groupe le plus stimulant, limite les occasions de dérapage sans isoler la personne.

❌ À éviter : le sermon moral (« ce n'est pas correct, à votre âge »), l'humiliation devant le groupe, ou l'inscription de « vulgaire » au dossier. On note le fait et son contexte, pas un jugement de valeur.

5. Il chute à répétition et marche à petits pas

En trois semaines, il a chuté deux fois, sans gravité mais sans raison apparente. Sa marche a changé : pas plus petits, corps un peu penché, il semble parfois « collé au sol » au moment de démarrer. Une collègue pense qu'il ne fait plus attention ; une autre qu'il faut le laisser marcher moins.

Ce qui se joue : un trouble moteur d'origine neurologique. Dans la maladie à corps de Lewy, un syndrome parkinsonien — lenteur, rigidité, instabilité — accompagne souvent l'atteinte cognitive. Dans la démence vasculaire, les troubles de la marche et de l'équilibre sont également au premier plan. Ces chutes ne sont pas de la distraction : elles ont une cause, et cette cause augmente fortement le risque de fracture. Réduire la marche pour « protéger » accélère au contraire la perte d'autonomie et le déconditionnement.

  1. Signalez tout changement de la marche et toute chute, même sans blessure, selon la procédure de l'établissement. Une modification récente peut révéler une cause traitable.
  2. Sécurisez sans immobiliser. Chaussage adapté et fermé, chemin dégagé, éclairage suffisant, appuis stables : on réduit le risque sans supprimer le mouvement.
  3. Aidez au démarrage. En cas de blocage à l'initiation du pas, un repère au sol, un rythme donné à la voix ou une main tendue relancent souvent la marche mieux que « allez, avancez ».
  4. Appliquez les consignes de mobilisation existantes et n'improvisez aucun geste technique : le niveau d'aide à la marche relève de l'évaluation de l'équipe et des professionnels de rééducation.

❌ À éviter : installer durablement au fauteuil « pour éviter qu'il tombe ». Moins il marche, plus il perd en force et en équilibre, et plus il chutera. À éviter aussi : tirer sur le bras pour « débloquer » un pas figé.

Reconnaître la maladie pour choisir la bonne réponse

La difficulté n'est pas de bien vouloir faire : c'est de savoir quelle maladie se cache derrière la scène, car les corps de Lewy, la frontotemporale et la démence vasculaire n'appellent pas les mêmes réflexes. La formation DYNSEO reprend chacun de ces mécanismes et les traduit en conduites concrètes, applicables dès le lendemain en poste.

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6. Elle accuse une soignante d'avoir volé

Elle vous arrête, tendue, le visage fermé : son porte-monnaie a disparu, et elle est certaine que c'est « la petite blonde du matin » qui l'a pris. Elle en parle à tout le monde. La soignante visée, bouleversée, se défend. Le porte-monnaie, en réalité, est dans le tiroir de la table de nuit, là où elle l'a rangé elle-même.

Ce qui se joue : une idée délirante de préjudice, très fréquente dans les maladies neurocognitives. Le cerveau, qui ne retrouve plus l'objet rangé, comble le vide par une explication logique : on me l'a pris. Ce n'est pas de la méchanceté ni de la manipulation : c'est une reconstruction que la personne croit sincèrement vraie. Lui prouver le contraire ne fonctionne pas, car le problème n'est pas le manque de preuve, mais l'impossibilité de mémoriser où l'objet se trouve.

  1. Accueillez l'émotion avant le fait. « Je vois que ça vous inquiète beaucoup, c'est normal, on va chercher ensemble ». Vous reconnaissez le sentiment de perte sans confirmer l'accusation.
  2. Cherchez avec elle, calmement. Participer à la recherche apaise et permet souvent de « retrouver » l'objet sans triomphalisme : « regardez, il était là », sans « je vous l'avais bien dit ».
  3. Protégez le professionnel accusé. Rappelez à l'équipe qu'il s'agit d'un symptôme : la personne visée ne doit pas rester seule avec le sentiment d'être suspectée.
  4. Prévenez la répétition. Un rangement toujours identique, un double d'objet de valeur mis en lieu sûr avec la famille, limitent les épisodes.

❌ À éviter : se justifier, argumenter, exiger qu'elle « reconnaisse » son erreur, ou monter le ton. On ne gagne pas une discussion contre un délire ; on désamorce l'émotion qui le porte.

7. En fin de journée, elle veut « rentrer chez elle »

Chaque jour, vers 17 h, quand la lumière baisse, elle s'agite. Elle rassemble ses affaires dans un sac, cherche la sortie, répète qu'elle doit « rentrer préparer le dîner des enfants ». Elle est de plus en plus anxieuse, parfois au bord des larmes. Le matin, cette même personne est paisible.

Ce qui se joue : un syndrome crépusculaire, cette recrudescence d'agitation et d'angoisse en fin de journée, associée ici à une désorientation. Le « chez elle » qu'elle cherche n'est souvent pas un lieu géographique mais un lieu de sécurité, un temps de sa vie où elle avait un rôle : mère, active, utile. La fatigue accumulée dans la journée, la baisse de lumière et le changement d'ambiance dans le service alimentent cette agitation. Vouloir la raisonner ne calme rien : elle ne cherche pas une adresse, elle cherche à retrouver une place.

  1. Validez l'émotion, pas la sortie. « Vous vous inquiétez pour vos enfants, ça se comprend ». Vous vous mettez à côté d'elle, pas en travers de son chemin.
  2. Redonnez un rôle immédiat. « Avant de partir, est-ce que vous pouvez m'aider à plier ces serviettes ? » Occuper les mains et se sentir utile apaise l'angoisse mieux qu'un raisonnement.
  3. Agissez sur l'environnement de fin de journée. Allumer les lumières avant la tombée du jour, réduire le bruit et l'agitation du service, maintenir un rythme régulier atténuent ces épisodes.
  4. Repérez le moment déclencheur. Noter l'heure exacte et le contexte permet d'anticiper : proposer une activité rassurante juste avant le pic est plus efficace que d'intervenir en pleine crise.

❌ À éviter : « vous êtes chez vous ici maintenant, vos enfants sont grands ». C'est une double perte annoncée d'un coup, qui augmente la détresse. À éviter aussi : la retenir physiquement, qui transforme l'angoisse en opposition.

8. Il mange tout ce qu'il trouve, sans arrêt

Il termine son assiette puis se sert dans celle du voisin, réclame encore, glisse dans sa poche le pain de la table. Entre les repas, il grignote tout ce qui traîne, parfois des choses non comestibles. Il répète aussi certains gestes en boucle, comme tapoter la table. Une collègue s'inquiète : « il est devenu glouton ».

Ce qui se joue : des troubles du comportement alimentaire et des conduites répétitives, caractéristiques de la dégénérescence frontotemporale. L'atteinte des circuits qui régulent la satiété, l'impulsivité et le contrôle des gestes fait que la personne ne peut plus s'arrêter : elle n'a pas « faim » au sens habituel, elle a perdu le frein. Ces comportements ne relèvent ni de la gourmandise ni de la provocation, et les sermons n'ont aucune prise. Le risque, lui, est réel : fausse route, ingestion d'objets, prise de poids ou déséquilibre alimentaire.

  1. Agissez sur l'environnement plutôt que sur la volonté. Ranger hors de vue ce qui ne doit pas être mangé, servir en plusieurs petites portions, retirer discrètement l'assiette une fois le repas terminé.
  2. Canalisez le geste répétitif plutôt que de l'interdire : proposer un objet à manipuler, une activité simple pour les mains, détourne l'impulsion sans confrontation.
  3. Sécurisez le repas. Une présence attentive, une installation correcte, la vigilance sur ce qui est porté à la bouche réduisent le risque de fausse route sans transformer le repas en surveillance policière.
  4. Signalez tout ce qui touche à la sécurité : ingestion d'objets, toux répétée, changement rapide de poids. L'adaptation de l'alimentation relève d'une évaluation, jamais d'une initiative individuelle.

❌ À éviter : réprimander, priver de nourriture pour « faire comprendre », ou modifier seul la texture ou les quantités. On aménage l'environnement et on transmet ; on ne rééduque pas un frein qui n'existe plus.

9. La famille refuse d'entendre le mot « démence »

Le fils vous arrête, agacé : « ma mère n'est pas démente, elle est juste fatiguée, arrêtez avec vos grands mots ». Il conteste chaque adaptation, veut qu'on la « stimule » davantage, s'oppose aux changements de rythme que l'équipe propose. Le ton est ferme, et vous avez d'autres soins qui attendent.

Ce qui se joue : presque toujours un mécanisme de protection face à une réalité douloureuse, pas un reproche réel envers vous. Les maladies apparentées à la maladie d'Alzheimer sont encore mal connues du grand public, et le mot « démence » reste chargé d'images terrifiantes. Nier, contester, comparer avec « avant » est une façon de tenir à distance le deuil de la personne telle qu'elle était. Répondre sur le fond, dans un couloir, en trois minutes, ne fonctionne jamais et braque davantage.

  1. Accueillez sans corriger le vocabulaire. « Je comprends que ce soit très difficile à entendre, on n'est pas obligés de mettre un mot dessus aujourd'hui ». Vous baissez la tension avant tout.
  2. Donnez un fait concret et positif. « Ce matin, elle a beaucoup ri quand on a regardé ses photos ensemble ». Le concret rassure là où le débat inquiète.
  3. Renvoyez au bon interlocuteur. Le diagnostic, l'évolution et le pronostic relèvent du médecin : proposez un rendez-vous avec le cadre ou le médecin coordonnateur, pas une explication improvisée.
  4. Transmettez l'échange. Une inquiétude de famille non partagée ressort plus tard, amplifiée. La noter permet à l'équipe d'adopter un discours cohérent.

❌ À éviter : imposer le vocabulaire médical, énumérer les pertes de la personne pour « prouver » la maladie, ou vous prononcer sur le diagnostic. On accompagne le deuil de la famille ; on ne le force pas.

Ce qui apaise une famille : reconnaître son émotion, donner un fait récent et concret, proposer un temps d'échange formel avec l'encadrement, rester constant d'un professionnel à l'autre.

Ce qui l'oppose : défendre l'établissement point par point, comparer avec « comment elle était avant », répondre entre deux chambres, laisser chaque soignant tenir un discours différent.

10. Le remplaçant n'a aucun repère

Samedi matin. Le collègue qui remplace propose à Madame V. une activité en grand groupe l'après-midi, contredit frontalement Monsieur L. sur ses hallucinations, et sermonne Monsieur B. pour un propos déplacé à table. Rien de mal intentionné : il applique les réflexes habituels d'un service. Mais aucune des adaptations construites par l'équipe n'est écrite : tout le monde « le savait ».

Ce qui se joue : l'accompagnement de personnes atteintes de maladies apparentées repose sur une série d'ajustements précis et propres à chacun — moment de sollicitation, façon de répondre à un délire, gestion des propos désinhibés. Tant que ces ajustements vivent seulement dans la mémoire de l'équipe habituelle, ils disparaissent chaque week-end, à chaque remplacement, à chaque congé. Et avec eux, la stabilité durement obtenue avec le résident.

  1. Écrivez les conduites, pas les diagnostics. « Ne pas contredire ses visions, demander seulement si elles la dérangent », « activités le matin », « table à l'écart au repas » sont directement applicables.
  2. Une fiche courte et visible par résident concerné, au même endroit pour tous. Dix lignes maximum : au-delà, elle n'est pas lue par un professionnel pressé.
  3. Intégrez-la au projet personnalisé pour qu'elle soit officielle, connue et révisée, et non dépendante de la bonne volonté de chacun.
  4. Vérifiez au retour de week-end ce qui a été appliqué : c'est ainsi qu'on repère les consignes mal formulées et qu'on les améliore.

❌ À éviter : compter sur la transmission orale et sur l'habitude, les deux choses qui s'effacent le plus vite. Un remplaçant sans repères n'est pas négligent : il n'a simplement rien reçu.

ℹ️ Un outil pour ne rien perdre entre deux postes

Une trace écrite, courte et partagée, est ce qui distingue une équipe qui progresse d'une équipe qui recommence à zéro chaque lundi. La fiche de suivi de séance et le carnet de liaison proposés gratuitement par DYNSEO peuvent servir de base à ces fiches d'ajustement, à côté du tableau de suivi des compétences.

Maladies apparentées à la maladie d'Alzheimer : que faire, le récapitulatif

Un même comportement peut renvoyer à des maladies différentes, et c'est ce qui rend l'observation si précieuse. Le tableau ci-dessous réunit les dix situations, l'hypothèse la plus fréquente et la conduite à tenir. Il ne remplace ni le diagnostic médical, ni les protocoles de votre établissement : c'est un aide-mémoire de terrain.

SituationCe dont il s'agit souvent✅ La conduite à tenir
Se lève la nuit, veut partirDésorientation temporo-spatialeEntrer dans sa logique, différer, chercher un inconfort
Voit des personnes absentesHallucinations (corps de Lewy)Ni nier ni valider, agir sur l'émotion et la lumière
Capacités très variables dans la journéeFluctuations cognitives (corps de Lewy)Solliciter aux bons moments, transmettre les horaires
Propos crus, désinhibésDésinhibition (frontotemporale)Rester neutre, détourner, protéger le professionnel visé
Chutes et marche à petits pasParkinsonisme, atteinte vasculaireSignaler, sécuriser sans immobiliser, aider au démarrage
Accuse de volIdée délirante de préjudiceAccueillir l'émotion, chercher avec, ne pas argumenter
Veut « rentrer » en fin de journéeSyndrome crépusculaire, désorientationValider l'émotion, redonner un rôle, gérer la lumière
Mange sans arrêt, gestes en boucleTroubles du comportement (frontotemporale)Aménager l'environnement, sécuriser, signaler
Famille qui refuse le diagnosticMécanisme de protection, deuilAccueillir, donner un fait, renvoyer au médecin
Remplaçant sans repèresSavoir non écritFiche courte d'ajustements, projet personnalisé
⚠️ Le point de vigilance qui prime sur toute analyse : la sensibilité aux médicaments

Dans la maladie à corps de Lewy, une sensibilité marquée à certains neuroleptiques est bien documentée : une réaction sévère peut survenir. Devant une somnolence brutale, une rigidité qui s'installe, une confusion aggravée ou une chute inexpliquée après l'introduction ou la modification d'un traitement, on ne minimise pas : on signale sans délai au médecin et on applique la procédure de l'établissement. De même, tout comportement nouveau et soudain (agitation, confusion, hallucinations d'apparition brutale) chez une personne stabilisée fait d'abord rechercher une cause médicale — douleur, infection, déshydratation, fécalome — avant toute lecture comportementale. En cas de détresse vitale, on contacte immédiatement les services d'urgence de votre pays.

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Pour aller plus loin

Ces dix scènes montrent une même chose : derrière chaque comportement se cache un mécanisme, et derrière chaque mécanisme, une maladie précise. Distinguer une hallucination de Lewy d'une désinhibition frontotemporale ou d'une désorientation vasculaire n'est pas un luxe théorique : c'est ce qui décide de la réponse à apporter. C'est aussi ce qui transforme un « résident difficile » en une personne qu'on a enfin comprise.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la maladie d'Alzheimer et les maladies apparentées ?

La maladie d'Alzheimer est la plus connue des maladies neurocognitives, mais elle n'est pas la seule. Les maladies dites apparentées regroupent notamment la démence vasculaire, la maladie à corps de Lewy et la dégénérescence frontotemporale. Elles partagent une atteinte progressive des fonctions cognitives, mais diffèrent par les zones du cerveau touchées, l'évolution et les symptômes dominants : hallucinations et fluctuations pour les corps de Lewy, changements de comportement pour la frontotemporale, évolution par à-coups pour la forme vasculaire. Le diagnostic précis relève du médecin : en établissement, l'enjeu est d'adapter l'accompagnement à ces différences.

Que faire quand une personne voit ou entend des choses qui n'existent pas ?

On ne nie pas l'hallucination, car la personne la perçoit réellement, et on ne la valide pas non plus en jouant le jeu. On adopte une position neutre et rassurante, centrée sur l'émotion : est-ce que ces images ou ces voix la dérangent ou l'inquiètent ? On agit ensuite sur l'environnement — lumière stable, retrait des reflets et des ombres. Toute hallucination nouvelle, soudaine ou angoissante se signale, car elle peut traduire une cause médicale aiguë ou un effet de traitement. Contredire ou raisonner ne fait jamais disparaître l'hallucination et abîme la confiance.

Comment réagir face à des propos ou des gestes désinhibés ?

La désinhibition, fréquente dans la dégénérescence frontotemporale, n'est pas un choix : le frein qui permettrait de se retenir est atteint. Sermonner ou humilier n'a donc aucune prise et blesse inutilement. On répond de façon brève et neutre, on détourne immédiatement l'attention vers une action concrète, et on protège les personnes visées en rappelant à l'équipe qu'il s'agit d'un symptôme. On anticipe aussi les contextes à risque, par exemple un placement à table plus calme. On note le fait et son contexte au dossier, jamais un jugement de valeur du type « vulgaire ».

Pourquoi les capacités d'une personne changent-elles autant d'un moment à l'autre ?

Ces variations importantes de la vigilance et de l'attention au fil de la journée s'appellent des fluctuations cognitives : elles sont particulièrement caractéristiques de la maladie à corps de Lewy. La personne peut être claire et autonome le matin, puis confuse ou somnolente quelques heures plus tard. Ce n'est ni de la simulation, ni forcément une aggravation. La bonne attitude consiste à proposer les soins, les repas et les activités importantes pendant les fenêtres de clarté, à ne pas insister pendant les phases de retrait, et à transmettre les horaires observés pour que toute l'équipe organise la journée autour de ce rythme.

Quels signes imposent d'alerter rapidement ?

Tout comportement nouveau et soudain — agitation, confusion, hallucinations d'apparition brutale — chez une personne jusque-là stable doit faire rechercher une cause médicale : douleur, infection, déshydratation, effet d'un médicament. Dans la maladie à corps de Lewy, une somnolence, une rigidité ou une confusion apparues après l'introduction d'un traitement imposent un signalement sans délai en raison de la sensibilité aux neuroleptiques. S'y ajoutent les urgences habituelles : fausse route avec détresse respiratoire, chute avec traumatisme, malaise. En cas de détresse vitale, on contacte immédiatement les services d'urgence de votre pays et on applique la procédure de l'établissement.

ℹ️ Information et non avis médical

Cet article propose des repères professionnels généraux. Il ne remplace ni les protocoles de votre établissement, ni les prescriptions individuelles, ni l'avis de l'équipe soignante et du médecin. Le diagnostic et le pronostic des maladies apparentées à la maladie d'Alzheimer relèvent exclusivement du médecin. En cas de doute sur une situation précise, référez-vous à votre encadrement et au professionnel de santé référent.

Face aux maladies apparentées à la maladie d'Alzheimer, savoir que faire s'apprend

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