Scénarios sociaux : 12 idées d'activités et de variantes pour ne jamais lasser
Un scénario social, c'est une petite histoire qui décrit une situation de la vie ordinaire — dire bonjour, attendre son tour, aller chez le médecin — en montrant, image après image, ce qui se passe, ce que l'on peut ressentir et ce que l'on peut faire. Le support se présente souvent comme une suite de cartes ou de fiches illustrées : une scène par vignette, un pictogramme clair, une phrase courte en dessous. Le problème n'est jamais de trouver un premier scénario ; c'est de tenir dans la durée sans que l'enfant ou l'adulte accompagné se lasse. Cet article rassemble justement des activités de scénarios sociaux conçues pour se renouveler sans fin.
Vous trouverez ici douze activités décrites assez précisément pour être lancées dès aujourd'hui : un objectif, une durée, un déroulé pas à pas, une variante plus facile, une variante plus difficile et le signe concret qui montre que ça fonctionne. Ensuite, une progression sur trois niveaux, trois jeux à plusieurs pour la fratrie ou le groupe, et les leviers pour varier les supports. Rien n'exige de matériel coûteux : quelques fiches imprimées suffisent, et l'outil DYNSEO fournit gratuitement une base prête à l'emploi.
L'essentiel en 30 secondes
Pour que les scénarios sociaux restent efficaces sur la durée, trois principes comptent : varier les supports, garder des séances courtes, viser le bon niveau de difficulté. On ne relit pas dix fois la même fiche : on la fait vivre.
- Une situation à la fois — un scénario cible une seule compétence sociale, décrite en trois à cinq étapes claires.
- Du concret — la personne agit, joue la scène, manipule les cartes : on n'en reste pas à la lecture.
- Le bon niveau — la réussite doit être fréquente. Trop dur décourage ; trop facile ennuie.
- Des variantes prêtes — chaque activité se décline en version facile et en version exigeante pour ne jamais recommencer à zéro.
- Le transfert au réel — l'objectif final est toujours d'utiliser le scénario dans la vraie situation, pas de bien réciter la fiche.
Avant de commencer : 4 repères pour ne pas lasser
Les scénarios sociaux ont été formalisés dans les années 1990 par l'éducatrice américaine Carol Gray, qui a mis au point les « Social Stories » : des récits courts, à la première personne, décrivant une situation sociale du point de vue de la personne concernée. L'idée de départ tient en une phrase : on comprend mieux ce que l'on attend de nous quand on nous le montre calmement, à l'avance, plutôt que sur le vif. Les quatre repères ci-dessous valent pour toutes les activités qui suivent.
Une compétence par scénario
Un bon scénario ne mélange pas « dire bonjour » et « attendre son tour ». Il cible une seule situation, découpée en trois à cinq étapes lisibles. C'est ce qui le rend réutilisable.
Court plutôt que long
Cinq à quinze minutes suffisent. On arrête tant que l'attention est là. Une séance qui traîne jusqu'à l'agacement rend la suivante plus difficile à obtenir.
Répéter en variant
La répétition installe la compétence, mais la même mise en scène use vite. On garde le scénario, on change le décor, les personnages, le support : lecture, jeu de rôle, dessin, photo.
Finir sur une réussite
On termine toujours sur une étape que la personne réussit, même facile. C'est ce sentiment de compétence qui donne envie de recommencer demain.
Les scénarios sociaux sont des outils pédagogiques du quotidien. Ils accompagnent, mais ne remplacent jamais un suivi. Si vous accompagnez un enfant ou un adulte présentant un trouble du spectre de l'autisme, un trouble de la communication ou des difficultés relationnelles marquées, construisez ces activités avec le professionnel qui le suit — orthophoniste, psychologue, psychomotricien, éducateur. Devant tout signe de souffrance, de repli ou de détresse, adressez-vous au médecin ou au psychologue : eux seuls posent un diagnostic et orientent.
Scénarios du quotidien
On commence toujours par le plus familier. Les situations de tous les jours offrent des occasions d'entraînement naturelles, plusieurs fois par jour, sans qu'il faille organiser quoi que ce soit. Chaque scénario ci-dessous se décline aussi bien à la maison qu'à l'école ou en institution.
Dire bonjour et se présenter
- Objectif — engager un contact social simple : regarder, saluer, dire son prénom.
- Matériel et durée — les cartes « bonjour » du support imprimé, un miroir, 10 minutes.
- Déroulé — on lit ensemble le scénario en trois vignettes : je regarde la personne, je dis « bonjour », je dis mon prénom. Puis on rejoue la scène devant le miroir, chacun son tour.
- Plus facile — se contenter d'un signe de la main et d'un « bonjour », sans le prénom.
- Plus difficile — ajouter une question : « bonjour, comment tu t'appelles ? », puis saluer une personne peu familière.
- Signe que ça marche — la personne salue spontanément à l'arrivée d'un proche, sans qu'on l'y invite.
❌ À éviter : forcer le contact visuel s'il est source d'inconfort. On propose « tu peux regarder son visage, ou son écharpe, ou sa main », sans imposer le regard dans les yeux.
Attendre son tour
- Objectif — tolérer l'attente, comprendre la notion de tour de rôle, patienter sans s'agiter.
- Matériel et durée — le scénario « j'attends mon tour », un sablier ou un minuteur visuel, 10 minutes.
- Déroulé — on lit le scénario, puis on joue à un jeu de société très simple où l'on annonce à voix haute « c'est à toi », « c'est à moi ». Le sablier rend l'attente concrète et visible.
- Plus facile — deux joueurs seulement, attente de quelques secondes, sablier bien en vue.
- Plus difficile — trois ou quatre joueurs, attente plus longue, sans sablier.
- Signe que ça marche — la personne patiente sans réclamer, ou dit elle-même « j'attends ».
❌ À éviter : allonger l'attente d'un coup. On progresse par paliers de quelques secondes, sinon la frustration reprend le dessus et le scénario se charge d'un mauvais souvenir.
Demander de l'aide
- Objectif — savoir solliciter quelqu'un plutôt que se bloquer ou renoncer devant une difficulté.
- Matériel et durée — le scénario « je demande de l'aide », un objet volontairement difficile à ouvrir, 10 minutes.
- Déroulé — on met en scène une petite difficulté réelle : un bocal fermé, une fermeture éclair coincée. Le scénario montre la phrase exacte à dire : « est-ce que tu peux m'aider, s'il te plaît ? ». On répète la formule, puis on la déclenche pour de vrai.
- Plus facile — désigner une carte « aide » ou tendre l'objet, sans parole.
- Plus difficile — préciser ce qui bloque : « je n'arrive pas à ouvrir, tu peux m'aider ? ».
- Signe que ça marche — face à un obstacle nouveau, la personne demande de l'aide au lieu d'abandonner ou de crier.
Payer à la caisse, faire une petite course
- Objectif — enchaîner les étapes d'un achat : choisir, poser sur le tapis, payer, remercier, prendre le sac.
- Matériel et durée — le scénario « à la boulangerie » ou « au magasin », de la fausse monnaie, quelques objets, 15 minutes.
- Déroulé — on installe une caisse de jeu à la maison. Un adulte joue le commerçant, la personne suit les vignettes du scénario dans l'ordre. On échange les rôles ensuite.
- Plus facile — un seul objet, on dit « bonjour », on donne la pièce, on dit « merci ».
- Plus difficile — faire la course pour de vrai dans un petit commerce calme, avec vous en retrait.
- Signe que ça marche — la séquence s'enchaîne sans qu'on rappelle chaque étape.
❌ À éviter : tester d'emblée en magasin bondé et bruyant. On répète d'abord au calme, puis on choisit un lieu paisible, un jour et une heure creuse.
Émotions et relations
Les scénarios sociaux ne servent pas seulement à agir : ils aident aussi à reconnaître ce que l'on ressent et ce que l'autre peut ressentir. Ces activités se marient très bien avec d'autres supports visuels de la même famille, comme le thermomètre des émotions ou le décodeur d'expressions faciales.
Reconnaître et nommer une émotion
- Objectif — mettre un mot sur ce qui se passe à l'intérieur : content, triste, en colère, inquiet.
- Matériel et durée — le scénario « comment je me sens », des cartes-visages, un miroir, 10 minutes.
- Déroulé — on regarde les visages du scénario, on les imite devant le miroir, on nomme l'émotion. Puis on relie chaque émotion à une situation : « quand mon dessin est raté, je me sens… ».
- Plus facile — trier deux émotions seulement, content et pas content.
- Plus difficile — distinguer des émotions proches : déçu, frustré, jaloux, gêné.
- Signe que ça marche — la personne annonce spontanément une émotion : « je suis énervé », plutôt que de la faire déborder.
Demander à rejoindre un jeu
- Objectif — s'inviter dans une activité de groupe sans s'imposer ni rester en retrait.
- Matériel et durée — le scénario « est-ce que je peux jouer ? », deux ou trois personnes, 10 minutes.
- Déroulé — le scénario montre les étapes : je m'approche, je regarde, j'attends une pause, je demande « est-ce que je peux jouer avec vous ? ». On répète, puis on met en scène avec la fratrie ou d'autres enfants prévenus.
- Plus facile — s'approcher et tendre un objet pour participer, sans phrase.
- Plus difficile — gérer les deux réponses possibles, « oui » comme « pas maintenant », et proposer une alternative.
- Signe que ça marche — la personne ose demander au lieu de tourner autour du groupe.
Accepter un « non » ou un refus
- Objectif — vivre un refus sans effondrement ni crise, trouver une porte de sortie.
- Matériel et durée — le scénario « quand on me dit non », 10 minutes.
- Déroulé — le scénario propose une phrase intérieure et une action : « c'est difficile, je respire, je fais autre chose ». On rejoue de petits refus anodins pour s'entraîner à froid, jamais au moment d'un vrai conflit.
- Plus facile — désigner sur la carte « je respire » quand on entend « non ».
- Plus difficile — proposer soi-même une solution de rechange : « alors on peut jouer après ? ».
- Signe que ça marche — un refus déclenche une pause plutôt qu'une crise.
❌ À éviter : multiplier les refus pour « entraîner ». On travaille sur des situations tièdes et choisies ; provoquer la frustration abîme la confiance et le lien.
Dire merci, faire un compliment
- Objectif — nourrir les échanges positifs, remarquer ce que fait l'autre et le lui dire.
- Matériel et durée — le scénario « les mots gentils », 10 minutes.
- Déroulé — on cherche ensemble trois compliments simples et vrais : « j'aime bien ton pull », « tu joues bien », « merci de m'avoir aidé ». On les dit à tour de rôle dans un petit rituel du soir.
- Plus facile — répéter « merci » au bon moment de la journée.
- Plus difficile — formuler un compliment inédit chaque jour, sans répéter la veille.
- Signe que ça marche — un remerciement ou un mot gentil apparaît spontanément dans la journée.
Une base de scénarios prête à imprimer, gratuitement
L'outil Scénarios sociaux de DYNSEO rassemble des fiches illustrées, à télécharger et imprimer librement, sans création de compte. Une base solide pour lancer les douze activités de cet article et bâtir vos propres variantes.
Découvrir l'outil Scénarios sociauxImprévus et situations nouvelles
C'est souvent la nouveauté et l'imprévu qui posent le plus de difficultés. Anticiper une situation à l'avance, calmement, avec un scénario, réduit l'inconnu et donc l'inquiétude. On prépare la scène quelques jours avant, puis la veille, puis juste avant.
Aller chez le médecin ou le dentiste
- Objectif — dédramatiser un rendez-vous en le rendant prévisible étape par étape.
- Matériel et durée — le scénario « chez le docteur », 10 minutes, plusieurs fois avant la date.
- Déroulé — on suit les vignettes : la salle d'attente, le fauteuil, ce que le médecin va faire, ce que je peux tenir dans ma main. On répète le déroulé pour qu'aucune étape ne soit une surprise.
- Plus facile — lire le scénario en désignant les images, la veille seulement.
- Plus difficile — jouer la scène complète, poser des questions sur ce qui va se passer.
- Signe que ça marche — le jour venu, la personne reconnaît les étapes et se montre plus détendue.
❌ À éviter : promettre « ça ne fera rien du tout » si ce n'est pas certain. On reste honnête et rassurant : « ça peut piquer un tout petit peu, et je serai là ».
Un changement de programme imprévu
- Objectif — accepter qu'une activité prévue soit annulée ou remplacée sans que tout s'écroule.
- Matériel et durée — le scénario « quand le programme change », un emploi du temps visuel, 10 minutes.
- Déroulé — on montre sur l'emploi du temps une carte « surprise » ou « changement ». Le scénario propose la marche à suivre : je regarde ce qui remplace, je respire, je demande ce qui est prévu ensuite.
- Plus facile — un changement minime et agréable : la promenade avant le goûter au lieu d'après.
- Plus difficile — un changement neutre ou moins plaisant, annoncé plus tard.
- Signe que ça marche — un imprévu est accueilli par une question plutôt que par une crise.
Réagir à une moquerie ou un petit conflit
- Objectif — disposer d'une réponse toute prête face à une moquerie, plutôt que de subir ou d'exploser.
- Matériel et durée — le scénario « quand quelqu'un se moque », 10 minutes.
- Déroulé — le scénario propose deux options concrètes : je m'éloigne et je vais voir un adulte, ou je dis calmement « arrête, ça ne me plaît pas ». On répète les deux à froid, avec les mots exacts.
- Plus facile — une seule réponse : aller chercher un adulte de confiance.
- Plus difficile — choisir la réponse adaptée selon la situation jouée.
- Signe que ça marche — la personne raconte un incident après coup et dit ce qu'elle a fait.
❌ À éviter : laisser croire qu'il faut « se débrouiller seul ». Le recours à un adulte de confiance est toujours une réponse valable, jamais un échec. Toute situation de harcèlement se signale à l'école et aux professionnels.
Une première fois : anniversaire, nouvelle classe, sortie
- Objectif — préparer un lieu ou un événement nouveau pour qu'il ne soit pas une plongée dans l'inconnu.
- Matériel et durée — un scénario personnalisé avec des photos réelles du lieu si possible, 15 minutes.
- Déroulé — on fabrique ensemble un mini-scénario de l'événement : où on arrive, qui sera là, ce qu'on fera, quand on repart. Les photos du vrai lieu rendent la préparation beaucoup plus efficace que des dessins génériques.
- Plus facile — se concentrer sur l'arrivée et le départ, les deux moments les plus sensibles.
- Plus difficile — anticiper plusieurs moments et prévoir un « plan B » si c'est trop : un coin calme, un signal pour partir.
- Signe que ça marche — la personne parle de l'événement à venir sans angoisse, ou pose des questions concrètes.
Pour les situations très personnelles, rien ne vaut un scénario maison. Prenez trois à cinq photos de la vraie situation, écrivez une phrase courte et positive sous chacune, à la première personne : « j'arrive à la fête », « je dis bonjour », « je peux me reposer si je suis fatigué ». L'application MON DICO facilite la création de ces supports visuels personnalisés pour la communication au quotidien.
Une progression sur 3 niveaux
Un même scénario ne se travaille pas de la même façon la première semaine et le troisième mois. Cette progression en trois niveaux évite deux pièges : rester bloqué sur la lecture, ou passer trop vite à la situation réelle. On avance quand le niveau précédent est confortable, jamais avant.
| Niveau | Ce qu'on travaille | Comment on procède |
|---|---|---|
| 1. Reconnaître | Comprendre la situation et ses étapes | On lit le scénario ensemble, on désigne les images, on nomme ce qui se passe. La personne observe et suit. |
| 2. Rejouer | Mettre le scénario en action, à froid | Jeu de rôle, mise en scène avec des figurines, dessin ou marionnettes. On répète la scène dans un cadre sécurisé et ludique. |
| 3. Transférer | Utiliser le scénario dans la vraie vie | D'abord dans la situation réelle avec vous à côté, puis avec un simple rappel, enfin en autonomie. On note ce qui se passe pour ajuster. |
Un repère simple pour savoir quand monter d'un niveau : la personne réussit l'étape actuelle avec plaisir et sans effort visible plusieurs fois de suite. Si l'ennui pointe, c'est souvent le signe qu'il faut passer au niveau supérieur, pas abandonner le scénario. À l'inverse, si la tension monte, on redescend d'un cran sans commentaire, le temps que la confiance revienne.
Le rythme sur plusieurs semaines, en résumé :
- Semaine 1 à 2 — niveau 1 sur deux ou trois scénarios du quotidien seulement. On installe le rituel avant tout.
- Semaine 3 à 5 — niveau 2 sur les scénarios acquis, on ajoute le jeu de rôle et on introduit un scénario d'émotion.
- À partir de la semaine 6 — premiers transferts en situation réelle, sur les scénarios les plus solides, et introduction progressive des scénarios d'imprévus.
3 jeux à plusieurs, en fratrie ou en groupe
Travailler à plusieurs change tout : le scénario cesse d'être un exercice individuel pour devenir un jeu partagé. La fratrie, quelques camarades prévenus ou un petit groupe en institution transforment la répétition en moment agréable. Voici trois formats qui se renouvellent presque à l'infini.
Le théâtre des scénarios
- Principe — chacun tire une carte-scénario et met la scène en scène, en la jouant vraiment, avec les autres dans les rôles.
- Pour qui — fratrie, petit groupe de deux à cinq, classe en demi-groupe.
- Déroulé — on pioche une situation, on se distribue les rôles, on joue. Les spectateurs devinent ensuite quelle compétence était travaillée. On applaudit toujours.
- Variante — jouer d'abord la scène « qui rate », puis la rejouer « qui réussit », pour montrer le contraste sans se moquer de personne.
Le jeu des cartes « et si… »
- Principe — une carte pose une situation ouverte : « et si personne ne veut jouer avec toi ? », « et si tu perds ? ». Chacun propose une réponse.
- Pour qui — à partir de deux joueurs, idéal en fratrie ou en atelier.
- Déroulé — on tire une carte, chacun donne une solution possible. Il n'y a pas une seule bonne réponse : on valorise les idées, on en discute. La roue des choix complète très bien ce jeu.
- Variante — noter les meilleures solutions trouvées sur un mur d'idées auquel on revient.
Le photo-quiz des visages
- Principe — deviner l'émotion d'un visage, puis la relier à une situation vécue par le groupe.
- Pour qui — de deux joueurs à un groupe entier.
- Déroulé — on montre une photo ou une carte-visage, chacun nomme l'émotion et propose « une fois où je me suis senti comme ça ». Les cartes de conversation prolongent l'échange.
- Variante — mimer l'émotion sans parler, les autres devinent ; ou associer l'émotion à un scénario déjà connu.
Ces formats collectifs ont un avantage précieux : ils diluent l'aspect « exercice ». Personne n'est mis sur la sellette, tout le monde joue, et la compétence sociale se travaille dans une vraie interaction plutôt que dans un face-à-face. C'est aussi l'occasion, pour la fratrie, de mieux comprendre les difficultés de l'autre sans dramatiser.
Faire durer les activités de scénarios sociaux sans lasser
La lassitude vient rarement du scénario lui-même : elle vient de la routine de sa présentation. On relit la même fiche, de la même façon, au même moment, et l'intérêt s'éteint. La bonne nouvelle, c'est qu'un seul et même scénario peut se travailler d'une dizaine de manières différentes. Varier le support, c'est prolonger la durée de vie de chaque activité.
- Changer de support pour un même scénario : lecture un jour, jeu de rôle le lendemain, dessin, marionnettes, photos.
- Changer de décor et de personnages : le même « dire bonjour » avec une peluche, puis un camarade, puis un voisin.
- Inverser les rôles : c'est la personne accompagnée qui « apprend » le scénario à un adulte ou à une figurine.
- Rendre le progrès visible avec un tableau de suivi : une image gagnée à chaque réussite.
- Fabriquer de nouveaux scénarios ensemble à partir de vraies situations vécues.
- Espacer : un scénario bien acquis se ressort une fois par semaine seulement, en entretien.
- Relire la même fiche, à l'identique, tous les jours au même moment.
- Rester au niveau 1 alors que la compétence est acquise : l'ennui est un signal, pas un caprice.
- Enchaîner trop de scénarios dans une seule séance : mieux vaut un, bien vécu.
- Transformer chaque instant de la journée en exercice : la relation s'épuise, l'adhésion aussi.
- Corriger sans arrêt : on montre le bon modèle plutôt que de pointer l'erreur.
Un principe résume tout : on garde l'objectif, on change l'emballage. Les outils DYNSEO du catalogue — thermomètre des émotions, roue des choix, cartes de conversation, échelle de la voix — donnent autant d'angles différents pour retravailler les mêmes compétences sociales sans jamais donner l'impression de recommencer. Pour évaluer où en est la personne et cibler les scénarios utiles, les tests DYNSEO peuvent aussi servir de point de départ.
Enfin, la variété passe aussi par le numérique. Une application de stimulation comme JOE, pour les adultes, ajuste automatiquement le niveau et propose des exercices d'attention et de logique qui complètent les scénarios sociaux sur papier. L'écran n'est pas une fin en soi : c'est une couleur de plus dans la palette, à petites doses et à heure fixe.
Les erreurs qui font décrocher
La plupart des abandons ne tiennent pas à l'enfant ou à l'adulte accompagné, mais à quelques réflexes d'accompagnement faciles à corriger. Les repérer, c'est déjà éviter la moitié des découragements.
- Vouloir tout traiter en même temps. Trois scénarios bien installés valent mieux que dix survolés. On ajoute un scénario nouveau seulement quand un précédent est confortable.
- Confondre réciter et savoir-faire. Une personne peut connaître la fiche par cœur sans jamais l'appliquer dans la vraie vie. Le but est le transfert, pas la performance de lecture.
- Choisir un niveau inadapté. Trop difficile, la personne se décourage ; trop facile, elle s'ennuie. On vise la réussite fréquente et on ajuste dès que l'humeur change.
- Corriger plus qu'encourager. Pointer sans cesse ce qui ne va pas éteint la motivation. On montre le bon modèle, on félicite le moindre progrès, on laisse passer les maladresses mineures.
- Ne rien noter. Sans trace écrite, les progrès lents deviennent invisibles et l'on conclut à tort que « ça ne sert à rien ». Une simple grille de suivi change le regard.
- Oublier de célébrer. Un scénario réussi en vrai, c'est un événement. On le nomme, on le fête à sa mesure : c'est le meilleur carburant pour la suite.
Pour aller plus loin
Mode d'emploiScénarios sociaux : le mode d'emploi pas à pas pour bien démarrer
Adapter à chacunScénarios sociaux : pour quels profils et comment les adapter à chaque personne
Mesurer les progrèsScénarios sociaux : mesurer les progrès et les combiner avec d'autres supports
Questions fréquentes
Comment varier les scénarios sociaux pour éviter la lassitude ?
Le secret n'est pas de multiplier les scénarios, mais de varier la façon de travailler un même scénario. Un jour on le lit, le lendemain on le joue en jeu de rôle, ensuite on le dessine, on l'illustre avec des photos réelles, on inverse les rôles ou on le met en scène avec des figurines. Changez aussi le décor et les personnages : le même « dire bonjour » avec une peluche, puis un frère, puis un voisin. On garde l'objectif, on change l'emballage. Un scénario bien acquis se ressort ensuite une fois par semaine seulement, en entretien.
Comment motiver un enfant ou un adulte qui refuse les activités ?
Trois leviers fonctionnent mieux que l'insistance. D'abord, baisser la difficulté jusqu'à obtenir des réussites faciles : rien ne motive comme le sentiment de réussir. Ensuite, rendre l'activité concrète et amusante : un jeu de rôle avec la fratrie plutôt qu'une lecture en tête-à-tête. Enfin, rendre le progrès visible avec un tableau de suivi et une petite célébration à chaque réussite. Négociez la durée plutôt que le principe : « cinq minutes et on arrête » obtient souvent plus qu'un long discours. Et l'on termine toujours sur une réussite, même petite.
Combien de temps consacrer à ces activités chaque jour ?
Mieux vaut court et régulier que long et occasionnel. Cinq à quinze minutes par jour suffisent largement, sur un ou deux scénarios seulement. Au-delà, l'attention s'épuise et la séance risque de laisser un souvenir désagréable qui rendra la suivante plus difficile. C'est la régularité qui installe la compétence, pas l'intensité : une petite séance quotidienne vaut mieux qu'une longue le week-end. On arrête tant que l'intérêt est là, jamais quand l'agacement est déjà installé, pour toujours finir sur une note positive.
Peut-on travailler les scénarios sociaux en groupe ou en fratrie ?
Oui, et c'est même souvent plus efficace. Le groupe transforme l'exercice individuel en jeu partagé : théâtre des scénarios, jeu des cartes « et si… », photo-quiz des émotions. Personne n'est mis sur la sellette, tout le monde joue, et la compétence sociale se travaille dans une vraie interaction. La fratrie ou quelques camarades prévenus rendent la répétition agréable et diluent l'aspect « leçon ». C'est aussi une belle occasion pour les proches de mieux comprendre les difficultés de la personne, sans dramatiser, en jouant simplement à côté d'elle.
À partir de quel âge et pour quels profils utiliser ces activités ?
Les scénarios sociaux s'adaptent à de nombreux profils et à de nombreux âges, des jeunes enfants aux adultes, dès lors que le support visuel et le vocabulaire sont ajustés. On les utilise notamment auprès de personnes présentant un trouble du spectre de l'autisme, des difficultés de communication ou des difficultés relationnelles. L'essentiel est d'adapter la complexité des images et des phrases à la personne. Si vous accompagnez quelqu'un qui présente des difficultés marquées, construisez ces activités avec le professionnel qui le suit : orthophoniste, psychologue, psychomotricien ou éducateur sauront cibler ce qui convient.
Les activités présentées ici sont des propositions pédagogiques générales. Elles ne remplacent ni un suivi ni un avis professionnel. Chaque personne est différente : faites valider et personnaliser ces scénarios par l'orthophoniste, le psychologue, le psychomotricien ou l'éducateur qui accompagne votre proche. Devant tout signe de souffrance ou de détresse, adressez-vous au médecin ou au psychologue.
Les scénarios sociaux ne s'usent pas si on les fait vivre. En variant les supports, en jouant les scènes, en travaillant à plusieurs et en visant toujours le transfert vers la vraie vie, les activités de scénarios sociaux restent stimulantes pendant des mois. L'outil gratuit de DYNSEO vous donne une base solide pour démarrer ; à vous, ensuite, de créer vos propres variantes à partir des situations que vous vivez vraiment.
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