Dans toute classe de collège, il y a des élèves DYS. Certains sont diagnostiqués et font l'objet d'un plan formel. D'autres sont suspectés mais pas encore évalués. D'autres encore passent à travers toutes les mailles du filet et ne seront jamais identifiés. Tous partagent un point commun : les pratiques pédagogiques standard créent pour eux des obstacles supplémentaires qui n'ont rien à voir avec leurs compétences réelles dans la discipline concernée.

Les aménagements pédagogiques sont les réponses concrètes à ces obstacles. Ils ne sont pas une forme de favoritisme ni une réduction des exigences. Ils sont une façon de s'assurer que ce qu'on évalue, c'est bien la maîtrise des contenus — et non la capacité à lire vite, à écrire proprement ou à rester immobile pendant 55 minutes. Ce guide est le plus opérationnel de la série : il propose un inventaire complet des aménagements possibles, organisé par trouble, par type de tâche, par matière et par niveau d'intervention — directement utilisable par tout enseignant de collège dès demain matin.

1. La philosophie de l'aménagement : équité, pas privilège

La résistance aux aménagements pédagogiques est fréquente dans les équipes éducatives, et elle repose souvent sur une confusion fondamentale entre deux principes : l'égalité et l'équité. L'égalité consiste à traiter tout le monde de la même façon. L'équité consiste à donner à chacun ce dont il a besoin pour atteindre les mêmes objectifs.

Imaginez trois élèves de tailles différentes devant regarder par-dessus une clôture. Leur donner à chacun une caisse de même hauteur (égalité) ne permet pas au plus petit d'atteindre l'objectif. Leur donner des caisses de hauteurs différentes selon leur taille (équité) permet aux trois d'atteindre la même finalité — voir par-dessus la clôture. Les aménagements pédagogiques pour les élèves DYS fonctionnent selon ce principe d'équité : ils ne donnent pas un avantage aux élèves DYS — ils supprimant l'obstacle supplémentaire que leur trouble crée dans les conditions standard.

Une autre résistance fréquente est la crainte que les aménagements "ne préparent pas l'élève à la vraie vie". Cette crainte est mal fondée pour deux raisons. Premièrement, les adultes DYS utilisent des outils de compensation toute leur vie (synthèse vocale, correcteur orthographique, minuteries) — apprendre à les utiliser à l'école, c'est précisément les préparer à la vraie vie. Deuxièmement, les aménagements permettent à l'élève de réussir, de développer la confiance en ses capacités et de rester dans le système scolaire — conditions nécessaires à tout apprentissage futur, y compris l'apprentissage de l'autonomie.

📐 L'analogie des lunettes. Personne ne dirait qu'un élève myope qui porte des lunettes "triche" par rapport à ses camarades qui ont une bonne vue. Les lunettes ne lui donnent pas un avantage — elles suppriment le désavantage créé par sa myopie. Les aménagements pédagogiques pour les élèves DYS fonctionnent exactement de la même façon. Le correcteur orthographique pour un élève dysorthographique, c'est les lunettes du myope. Le tiers-temps pour un élève dyslexique, c'est les lunettes du myope. La question n'est pas "est-ce juste pour les autres ?" — la question est "est-ce que sans cet outil, l'élève peut démontrer ce qu'il sait vraiment ?"

2. Les trois niveaux d'aménagement : sans dispositif, avec soutien, avec plan formel

Les aménagements pédagogiques pour les élèves DYS existent à trois niveaux d'intensité et de formalisation. Connaître ces trois niveaux permet aux enseignants de savoir quoi faire selon la situation — sans attendre un diagnostic ou un plan formel pour commencer à agir.

Niveau 1 : les aménagements informels, sans dispositif

Tout enseignant peut mettre en place des aménagements simples et efficaces dès qu'il identifie un élève en difficulté — même sans diagnostic, même sans plan formel. Fournir les cours photocopiés, donner les consignes à l'oral en plus de l'écrit, ne pas sanctionner l'orthographe en SVT, autoriser l'élève à utiliser un ordinateur pour ses productions : ces gestes ne nécessitent aucune procédure administrative et peuvent être décidés unilatéralement par l'enseignant. Ils représentent souvent 80 % de l'impact des aménagements, pour 0 % des contraintes administratives.

Niveau 2 : les aménagements coordonnés en équipe

Quand un élève présente des difficultés persistantes et que plusieurs enseignants ont identifié des besoins similaires, la coordination d'équipe permet de mettre en place des aménagements cohérents et partagés. Un document de profil de l'élève — élaboré lors d'une réunion de professeurs principaux ou d'un conseil de classe anticipé — liste les adaptations validées dans chaque matière et garantit leur cohérence. Ce niveau de coordination ne nécessite pas de diagnostic formel mais suppose une communication organisée entre les membres de l'équipe pédagogique.

Niveau 3 : le plan formel d'aménagement

Dans les cas où les troubles sont diagnostiqués et les besoins d'aménagement significatifs, un plan formel peut être mis en place par l'établissement. Ce plan formalise les aménagements décidés collectivement, définit les responsabilités de chaque acteur, précise les modalités d'évaluation adaptée et peut inclure une disposition de temps supplémentaire lors des évaluations. Il est révisé périodiquement selon l'évolution des besoins de l'élève. La forme précise de ce plan varie selon les systèmes éducatifs nationaux, mais le principe est universel : un document partagé, connu de tous les enseignants, qui garantit la cohérence des adaptations dans toutes les matières.

3. Les aménagements universels : bénéfiques pour tous, indispensables pour les DYS

Certains aménagements sont tellement bénéfiques pour les élèves DYS et tellement peu contraignants pour les autres qu'ils méritent d'être appliqués universellement — à l'ensemble de la classe — plutôt que réservés à quelques élèves identifiés. Ces "aménagements universels" relèvent de ce qu'on appelle la conception universelle de l'apprentissage (CUA) : concevoir l'enseignement de façon à ce qu'il soit accessible au plus grand nombre sans nécessiter d'adaptation individuelle.

📄 Supports écrits accessibles
  • Police sans empattement (Arial, Calibri) taille minimum 12pt
  • Interligne 1.5 minimum
  • Textes aérés, pas de blocs compacts
  • Fond blanc ou légèrement crème (éviter les fonds colorés saturés)
  • Titres clairement hiérarchisés et numérotés
  • Mots clés en gras (pas de soulignement qui gêne la lecture)
💬 Consignes claires et accessibles
  • Consignes courtes, une par ligne, numérotées
  • Données à l'oral ET à l'écrit simultanément
  • Exemples de ce qui est attendu fournis systématiquement
  • Temps de vérification de la compréhension avant démarrage
  • Rappel des consignes à mi-parcours si tâche longue
⏱️ Gestion du temps
  • Indication du temps disponible affichée au tableau
  • Rappel à mi-temps et à 5 minutes de la fin
  • Tâches longues décomposées en étapes avec temps indicatif par étape
  • Possibilité de finir un travail commencé lors de la séance suivante
🎯 Évaluation transparente
  • Critères d'évaluation communiqués à l'avance
  • Barème affiché pendant l'évaluation
  • Séparation explicite fond / forme dans la notation
  • Possibilité de révision avant notation finale

4. Les aménagements spécifiques par trouble : tableau de référence

Au-delà des aménagements universels, chaque trouble DYS nécessite des adaptations spécifiques qui correspondent à ses mécanismes particuliers. Le tableau suivant est conçu comme un document de référence rapide — à consulter dès qu'un élève est identifié avec un trouble spécifique.

TroubleAménagements prioritairesÀ éviter absolument
DyslexieCours fournis (pas de copie), synthèse vocale, tiers-temps, lecture à voix haute non imposée, évaluation orale possible, non-pénalisation orthographe hors cours de langueLecture à voix haute surprise devant la classe, dictées non adaptées, textes denses sans aération
DysorthographieCorrecteur orthographique autorisé, dictionnaire accessible, non-pénalisation orthographe dans les matières non linguistiques, notation séparée fond/formePénaliser l'orthographe en SVT, en histoire ou en maths, noter la présentation comme critère majeur
DysgraphieOrdinateur ou tablette autorisé, cours photocopiés, schémas imprimés à légender, tiers-temps, écriture manuscrite non sanctionnée sur la lisibilitéCopier de longs textes du tableau, noter la présentation et le soin, exiger une écriture "propre"
DyspraxieSupports numériques, figures géométriques fournies imprimées, logiciels de géométrie, non-pénalisation de la mise en page, tolérance sur les retards liés aux transitionsSanctionner les cahiers désorganisés, exiger précision en géométrie sans outil adapté, chronométrer les vestiaires EPS
DyscalculieCalculatrice autorisée (sauf si c'est le calcul mental qui est évalué), ligne numérique ou tableau des nombres accessible, formules fournies lors des évaluations, énoncés de problèmes simplifiésÉvaluer le calcul mental sur des opérations complexes, interdire tout outil de calcul systématiquement, pénaliser les erreurs de calcul quand c'est le raisonnement qui est évalué
TDAHPlacement avant/près de l'enseignant, tâches fragmentées, minuterie visible, rappels visuels des consignes, pauses courtes, feedback immédiat positifPlacer près des fenêtres ou de camarades bavards, tâches longues sans découpage, punitions cumulatives pour comportements liés au trouble

5. Adapter les supports de cours : mise en page, lisibilité, structuration

La façon dont un document de cours est présenté peut diviser par deux ou par trois la charge cognitive qu'il impose à un élève DYS. Des améliorations simples de mise en page et de structuration sont accessibles à tous les enseignants et bénéficient à l'ensemble de la classe.

La mise en page lisible

Les principes de mise en page pour les élèves DYS sont simples et cohérents avec les bonnes pratiques de communication visuelle en général. L'aération est le premier principe : des paragraphes courts, des espaces entre les sections, des marges suffisantes. La hiérarchie visuelle est le deuxième : titres, sous-titres et corps du texte doivent être visuellement distincts, avec une typographie cohérente et prévisible. La mise en valeur des informations clés par le gras (et non le soulignement, qui crée une ligne qui perturbe la lecture) est le troisième.

Le codage couleur systématique

Un code couleur stable et cohérent — le même tout au long de l'année, idéalement partagé entre tous les enseignants — est un outil puissant pour les élèves DYS dont l'organisation est fragilisée. Par exemple : titres de chapitres en bleu, définitions en vert, exemples en jaune, points importants en rose. Ce code permet à l'élève de naviguer dans ses cours sans avoir à lire chaque ligne pour identifier ce qui est important.

Les schémas et représentations visuelles

Les élèves DYS — en particulier les dyslexiques — traitent souvent plus efficacement l'information visuelle que l'information textuelle. Intégrer des schémas, des diagrammes, des cartes mentales et des représentations visuelles dans les supports de cours n'est pas une simplification — c'est une façon de donner accès aux contenus par une voie alternative. Les applications de carte mentale (MindMeister, Coggle, XMind) permettent de créer facilement des représentations visuelles des cours que les élèves peuvent utiliser pour réviser.

6. Adapter les consignes et les tâches

La consigne est le point d'entrée de toute tâche d'apprentissage. Une consigne mal formulée ou mal transmise peut faire échouer un élève DYS avant même qu'il ait commencé à travailler — non pas parce qu'il ne comprend pas le contenu, mais parce que la consigne crée une surcharge cognitive qui épuise ses ressources disponibles.

Les principes d'une consigne accessible

  • Courte et séquentielle. Une consigne ne doit pas contenir plus d'une instruction principale. Si la tâche nécessite plusieurs étapes, les présenter sous forme de liste numérotée : "1. Lis le texte. 2. Souligne les personnages. 3. Réponds à la question 1." Chaque étape est une instruction distincte.
  • Orale ET écrite simultanément. Lire la consigne à voix haute pendant que l'élève la lit visuellement active deux canaux sensoriels et double les chances de compréhension. Ne jamais donner une consigne uniquement à l'oral pour les élèves dont la mémoire de travail auditive est fragilisée.
  • Avec exemple de ce qui est attendu. Montrer un exemple du résultat attendu (une phrase complète, un schéma légendé, une présentation de calcul) supprime l'incertitude sur le format de la réponse — qui est une source majeure d'anxiété et de procrastination pour les élèves TDAH et DYS.
  • Vérifiée avant démarrage. Demander à l'élève de reformuler ce qu'il a compris de la consigne avant de commencer. Cette vérification prend 30 secondes et évite de découvrir 15 minutes plus tard que l'élève a travaillé sur autre chose.
  • Rappelée en cours de tâche. Pour les tâches longues, un rappel bref à mi-parcours ("vous êtes à l'étape 2, il reste 15 minutes") maintient l'orientation et réduit les dérives chez les élèves TDAH.

Réduire la quantité sans réduire l'exigence

Moins d'exercices mais plus ciblés, moins de questions mais plus essentielles, moins de lignes à rédiger mais avec la même profondeur : c'est le principe de la réduction ciblée. Pour un élève dont l'énergie cognitive est limitée par un trouble, demander 10 exercices d'entraînement quand 4 suffiraient à démontrer la maîtrise est une forme de pénalité déguisée. L'exigence pédagogique est la même — c'est la quantité de travail requise pour la démontrer qui est adaptée.

7. Adapter l'évaluation : mesurer les compétences sans évaluer le trouble

L'évaluation est le domaine dans lequel les aménagements ont l'impact le plus visible et le plus immédiat. Une évaluation standard impose simultanément des conditions qui pénalisent chaque trouble DYS : texte à lire (dyslexie), réponses longues à écrire (dysgraphie, dysorthographie), instruments à utiliser (dyspraxie), longue durée de concentration (TDAH), problèmes à résoudre de tête (dyscalculie). Adapter l'évaluation, c'est dissocier la mesure des compétences de la mesure des troubles.

Les formats d'évaluation alternatifs

📝 Formats écrits adaptés
  • QCM avec choix multiples (supprime l'écriture)
  • Textes à trous avec liste de mots fournie
  • Questions à réponse courte (1 à 3 mots)
  • Schémas à légender (supprime la rédaction)
  • Évaluation sur traitement de texte avec correcteur
  • Rédaction guidée avec plan et amorces de phrases
🗣️ Évaluation orale
  • Interrogation orale individuelle en lieu et place de l'écrit
  • Présentation orale d'un travail (exposé, diaporama)
  • Entretien de 10 minutes sur le chapitre étudié
  • Questions orales après lecture du texte par l'enseignant
  • Réponse enregistrée sur dictaphone ou application
⏰ Aménagements temporels
  • Temps supplémentaire proportionnel à la sévérité du trouble
  • Évaluation fractionnée sur plusieurs sessions courtes
  • Possibilité de finir à la récréation ou à une autre heure
  • Pauses courtes autorisées durant l'évaluation (TDAH)
💻 Outils autorisés
  • Dictionnaire orthographique (dysorthographie)
  • Calculatrice (dyscalculie — sauf si calcul évalué)
  • Ordinateur avec traitement de texte (dysgraphie)
  • Fiche de formules (dyscalculie, dyspraxie)
  • Lecture du sujet par l'enseignant (dyslexie sévère)

La notation séparée fond / forme

Séparer explicitement dans la grille de notation les critères de maîtrise des contenus et les critères formels (orthographe, présentation, mise en page) est l'une des adaptations les plus simples et les plus efficaces pour les élèves DYS. En pratique : "Sur 20 points, 16 points portent sur les connaissances et le raisonnement, 4 points portent sur la qualité de l'expression écrite." Un élève dyslexique qui maîtrise parfaitement le chapitre mais qui fait 20 fautes d'orthographe obtient 16 ou 17/20 plutôt que 9/20 — ce qui reflète fidèlement ce qu'il sait.

La première fois que j'ai noté séparément le fond et la forme pour un élève dyslexique, j'ai eu une révélation. Il avait 15 pour les connaissances et 3 pour la forme — donc 12 sur 20 en pondérant les deux. Avant, il avait 5. Ce n'est pas que j'avais baissé mes exigences. C'est que j'avais arrêté de confondre ses connaissances en histoire avec sa dyslexie.

— Professeure d'histoire-géographie, témoignage lors d'une journée de formation DYNSEO

8. Le numérique comme infrastructure d'accessibilité

Le numérique est aujourd'hui l'outil de compensation le plus puissant pour les élèves DYS au collège. Non pas parce qu'il résout les troubles — il ne les résout pas — mais parce qu'il permet de contourner les obstacles liés à ces troubles pour accéder aux contenus et démontrer les compétences. Penser le numérique comme une "infrastructure d'accessibilité" — au même titre que les rampes d'accès pour les élèves en fauteuil — permet de sortir du débat sur le "droit" aux outils numériques et d'entrer dans la logique de l'adaptation fonctionnelle.

Outil numériqueTrouble(s) cible(s)Ce qu'il permetExemples d'outils
Synthèse vocaleDyslexie, dyspraxieLire les textes et consignes sans déchiffrageNaturalReader, VoiceOver, Narrator, Capti Narrator
Dictée vocaleDysgraphie, dyspraxie, dysorthographieProduire du texte sans écriture manuelleGoogle Docs dictée, Dragon NaturallySpeaking
Traitement de texte + correcteurDysorthographie, dysgraphieÉcrire lisiblement et réduire les erreurs d'orthographeMicrosoft Word, Google Docs, LibreOffice
Géométrie dynamiqueDyspraxie, dyscalculieRéaliser constructions géométriques sans instruments physiquesGeoGebra (gratuit, multiplateforme)
Calculatrice / appli calculDyscalculieEffectuer les calculs pour se concentrer sur le raisonnementCalculatrice native, Photomath, Desmos
Cartes mentalesTDAH, dyspraxie, dyslexieOrganiser les idées visuellement, planifierMindMeister, Coggle, XMind (version gratuite)
Minuteries et rappelsTDAHPercevoir le temps, structurer les plages de travailTime Timer, Forest, Google Minuterie

9. Mettre en œuvre les aménagements en équipe : organisation pratique

La cohérence des aménagements entre toutes les matières est la condition de leur efficacité maximale. Un élève qui bénéficie d'adaptations dans un seul cours continue de souffrir dans tous les autres. La mise en œuvre en équipe nécessite une organisation pratique simple.

  • Créer un document de profil partagé pour chaque élève DYS identifié. Ce document — une page maximum — liste le trouble, les principales difficultés observées, les aménagements validés par matière et les points forts de l'élève. Il est mis à disposition de tous les enseignants concernés dès la rentrée ou dès le diagnostic.
  • Désigner un référent pour chaque élève DYS. Le professeur principal joue naturellement ce rôle : il s'assure que les aménagements sont connus et appliqués, fait le lien entre les enseignants, et est l'interlocuteur principal des familles sur ce sujet.
  • Prévoir un point trimestriel en conseil de classe. Au-delà de la moyenne générale, le conseil de classe doit évaluer l'efficacité des aménagements mis en place : lesquels ont fonctionné, lesquels n'ont pas été appliqués, quels besoins nouveaux ont émergé.
  • Former l'ensemble de l'équipe, pas seulement le professeur principal. Un enseignant de mathématiques qui n'a jamais eu de formation sur les troubles DYS appliquera les aménagements à contrecœur, sans les comprendre. Une équipe formée collectivement applique les adaptations avec conviction et les adapte avec créativité.
  • Impliquer l'élève dans la définition de ses aménagements. À partir de la 5e, l'élève lui-même peut et doit être associé à la discussion sur ce qui l'aide vraiment. Les aménagements décidés sans lui, "pour son bien", ont moins de chances d'être acceptés et utilisés que ceux qu'il a contribué à définir.

10. Les erreurs qui font échouer les aménagements

❌ Erreur n°1 — Mettre en place des aménagements sans les expliquer à l'élève

Un élève qui reçoit des photocopies de cours sans comprendre pourquoi peut vivre cet aménagement comme une marque de différence humiliante plutôt que comme une aide. Les aménagements expliqués à l'élève — "je te donne les cours imprimés parce que copier mobilise ton énergie pour rien et t'empêche d'écouter" — sont des aménagements acceptés et utilisés.

✅ À faire

Toujours expliquer à l'élève — et à sa famille — pourquoi chaque aménagement est mis en place et ce qu'il vise à compenser. L'explication transforme l'aménagement d'une étiquette en un outil de compréhension de soi.

❌ Erreur n°2 — Appliquer les aménagements dans une matière et pas dans les autres

Un élève dyslexique qui bénéficie d'adaptations en français mais pas en histoire, en SVT ou en langues vivantes continue de subir les obstacles de son trouble dans la majorité de ses cours. L'incohérence épuise et décourage.

✅ À faire

La coordination d'équipe est non négociable. Les aménagements doivent être appliqués dans TOUTES les matières dès lors qu'ils ont été validés — même si l'enseignant de la matière pense que "sa discipline n'est pas concernée par la dyslexie".

❌ Erreur n°3 — Considérer les aménagements comme définitifs et ne jamais les réévaluer

Les besoins d'un élève DYS évoluent. Certains aménagements deviennent inutiles quand l'élève développe des stratégies de compensation efficaces. D'autres restent nécessaires toute la scolarité. D'autres encore deviennent insuffisants face à des exigences croissantes. Un plan d'aménagement non révisé depuis deux ans est un plan inadapté.

✅ À faire

Réviser les aménagements au minimum une fois par an — idéalement en début d'année scolaire et en milieu d'année — en impliquant l'élève, la famille et les enseignants concernés.

11. Cas pratiques : des aménagements qui changent des trajectoires

💻
Cas pratique — Collège de 380 élèves
Du profil individuel à la politique d'établissement

Un collège compte 18 élèves DYS identifiés. Historiquement, chaque enseignant gère "comme il peut" — certains adaptent généreusement, d'autres refusent tout aménagement considéré comme du "favoritisme". Les élèves DYS vivent des expériences complètement incohérentes selon les matières et les enseignants.

Après une journée de formation de l'équipe complète, le chef d'établissement décide de systématiser les aménagements. Un profil d'élève standardisé sur une page est créé pour chacun des 18 élèves, rédigé avec leur professeur principal et leurs parents. Ce profil est distribué à tous les enseignants concernés en début d'année et discuté en réunion de rentrée. Un référent DYS (le CPE) est désigné pour coordonner.

Bilan après un an : La moyenne générale des 18 élèves DYS augmente en moyenne de 2,1 points. Le nombre d'incidents disciplinaires liés à ces élèves diminue de 60 %. Cinq enseignants initialement réticents aux aménagements déclarent en fin d'année avoir "enfin compris ce que ces élèves savaient vraiment". Deux élèves qui étaient en voie de décrochage restent dans l'établissement.

📝
Cas pratique — Enseignant de français, classe de 3e
La notation fond/forme révèle un niveau insoupçonné

Mathieu, 15 ans, dyslexique sévère, obtient systématiquement entre 4 et 6 en français. Son professeur, après une formation DYS, décide pour le 2e trimestre de noter séparément le contenu (idées, organisation, argumentation — 14 points) et la forme (orthographe, syntaxe — 6 points). Il applique la même grille à toute la classe.

La copie de Mathieu sur le roman étudié révèle une argumentation remarquable, trois exemples précis du texte, une structure claire — mais 23 fautes d'orthographe. Avec l'ancienne notation, c'était un 5. Avec la nouvelle : 12 pour le fond + 1 pour la forme = 13/20 pondéré.

Impact : Mathieu obtient pour la première fois une note supérieure à 10 en français depuis le primaire. Son professeur : "J'ai enfin mesuré ce qu'il savait du roman, pas ce qu'il ne savait pas de l'orthographe. Ces deux choses n'avaient aucune raison d'être confondues." Mathieu choisit une filière littéraire au lycée.

🗣️
Cas pratique — Professeure de SVT, classe de 5e
L'évaluation orale comme révélateur de compétences

Jade, 12 ans, dyslexique et dyspraxique, obtient entre 4 et 7 en SVT. Ses schémas sont illisibles, ses compte-rendus de TP très courts, ses réponses aux questions incompréhensibles en raison des erreurs de graphie. Sa professeure de SVT, fraîchement formée, décide de lui proposer en plus de l'écrit une évaluation orale de 10 minutes sur le chapitre "la digestion".

Jade répond pendant 9 minutes avec précision, détaille les enzymes, explique le parcours des aliments, fait des connexions avec ce qu'elle a observé chez elle. Sa professeure est stupéfaite. "Elle connaissait ce chapitre mieux que la moitié de mes élèves 'bons'. Je ne l'avais jamais vu parce que ses productions écrites cachaient tout."

Évolution : La professeure intègre désormais une composante orale optionnelle dans toutes ses évaluations. Jade obtient 14/20 en SVT au 3e trimestre. Elle envisage des études dans le secteur médical — ce qu'elle n'aurait pas imaginé possible six mois plus tôt.

Les aménagements pédagogiques pour les élèves DYS ne sont pas une faveur accordée à quelques élèves — ils sont une façon de construire une école qui mesure ce que les élèves savent plutôt que ce qu'ils ne peuvent pas faire à cause de leur trouble. Cette transformation ne demande pas des ressources considérables : elle demande de la formation, de la coordination et une volonté collective de distinguer les compétences des obstacles. C'est précisément ce que la formation DYNSEO permet de construire dans les équipes pédagogiques des collèges.

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