Harcèlement scolaire et obligations légales des établissements : ce que dit la loi en 2026
📑 Sommaire
- Avant 2022 : un vide juridique aux conséquences lourdes
- La loi du 2 mars 2022 : ce qui a changé fondamentalement
- Le délit de harcèlement scolaire : définition, sanctions, circonstances aggravantes
- Les obligations concrètes des établissements scolaires
- La responsabilité du chef d'établissement : jusqu'où va-t-elle ?
- La responsabilité des personnels : ce que tout agent doit savoir
- L'obligation de signalement : quand, comment, vers qui ?
- Le cadre légal du cyberharcèlement : spécificités et infractions numériques
- Établissements privés sous contrat : les mêmes obligations ?
- Cas pratiques : responsabilités engagées et leçons juridiques
- Se protéger par la formation : l'obligation morale et pratique
Le 2 mars 2022, la France a franchi un cap décisif dans la lutte contre le harcèlement scolaire en créant un délit spécifique, avec des peines pouvant aller jusqu'à dix ans d'emprisonnement dans les cas les plus graves. Depuis cette date, le harcèlement scolaire n'est plus seulement un problème éducatif : c'est une infraction pénale. Et les établissements scolaires ne sont plus seulement des acteurs de prévention : ils ont des obligations légales précises dont le non-respect peut engager leur responsabilité.
Pourtant, quatre ans après cette loi historique, beaucoup de professionnels de l'éducation ne connaissent pas précisément le contenu de leurs obligations. Ils savent qu'il "faut faire quelque chose" mais ignorent ce que la loi exige concrètement, à quel moment leurs responsabilités personnelles entrent en jeu, et quelles sont les conséquences réelles d'une inaction documentée.
Ce guide a été conçu pour combler ce déficit de connaissance. Il s'adresse à tous les professionnels des établissements scolaires — chefs d'établissement, enseignants, CPE, assistants d'éducation, personnels de santé scolaire — avec un objectif clair : comprendre le cadre légal, mesurer les responsabilités, et agir en connaissance de cause. Il ne remplace pas un conseil juridique professionnel, mais constitue un repère solide pour orienter les pratiques.
Ce guide est un outil de sensibilisation juridique à destination des professionnels de l'éducation. Il ne constitue pas un avis juridique au sens professionnel du terme. En cas de situation grave, de procédure judiciaire ou de mise en cause de la responsabilité d'un établissement ou d'un personnel, il convient de consulter un juriste ou un avocat spécialisé.
1. Avant 2022 : un vide juridique aux conséquences lourdes
Avant la loi du 2 mars 2022, le harcèlement scolaire n'existait pas en tant que délit autonome dans le droit français. Les situations de harcèlement pouvaient être poursuivies sur le fondement d'infractions préexistantes — violences, injures, menaces, harcèlement moral au sens du Code pénal — mais ces qualifications étaient inadaptées aux spécificités du harcèlement entre mineurs en milieu scolaire.
Cette inadaptation avait des conséquences concrètes : des procédures longues et aléatoires, des classements sans suite fréquents faute d'infraction clairement caractérisée, et surtout un sentiment d'impunité chez les harceleurs et d'abandon chez les victimes. Les établissements scolaires agissaient dans un cadre flou, sans obligation clairement définie ni sanction précisément prévue en cas de manquement.
Plusieurs affaires à fort retentissement médiatique — des suicides d'adolescents victimes de harcèlement dont certains avaient été signalés sans suite — ont mis en lumière l'insuffisance du cadre juridique existant et créé une pression sociale et politique pour une réforme législative profonde.
2. La loi du 2 mars 2022 : ce qui a changé fondamentalement
La loi n° 2022-299 du 2 mars 2022 visant à combattre le harcèlement scolaire constitue la réforme la plus importante dans ce domaine depuis des décennies. Elle introduit plusieurs dispositions majeures qui transforment le cadre juridique applicable aux établissements scolaires et à leurs personnels.
La création du délit de harcèlement scolaire
La loi crée un article 222-33-2-3 dans le Code pénal qui définit et sanctionne spécifiquement le harcèlement scolaire. Pour la première fois, le harcèlement entre élèves bénéficie d'une qualification pénale propre, distincte du harcèlement moral général. Cette qualification s'applique aux actes commis au sein d'un établissement scolaire ou en lien avec la scolarité — ce qui inclut explicitement le cyberharcèlement entre élèves d'un même établissement.
L'extension aux actes commis en dehors de l'école
L'un des apports essentiels de la loi est d'étendre la qualification de harcèlement scolaire aux actes commis en dehors de l'enceinte scolaire, dès lors qu'ils impliquent des élèves d'un même établissement ou se déroulent en lien avec la scolarité. Cette extension couvre explicitement le cyberharcèlement — qui, par définition, se produit hors des murs de l'école — et met fin à l'argument selon lequel l'établissement n'avait pas à intervenir dans des comportements numériques "hors de sa juridiction".
Le renforcement des obligations des établissements
La loi renforce et formalise les obligations des établissements en matière de prévention et de traitement du harcèlement. Elle impose la désignation d'un référent harcèlement dans chaque établissement du second degré, la mise en place de protocoles de signalement et d'intervention, et l'organisation d'actions de sensibilisation régulières. Ces obligations, qui existaient déjà sous forme de recommandations dans les circulaires antérieures, ont désormais une base législative plus ferme.
📚 Les textes de référence essentiels. Les professionnels souhaitant consulter les textes originaux peuvent se référer à : la loi n° 2022-299 du 2 mars 2022 (Journal officiel du 3 mars 2022) ; l'article 222-33-2-3 du Code pénal (délit de harcèlement scolaire) ; la circulaire n° 2023-040 du 23 mars 2023 relative au programme "Non au harcèlement" ; et le vade-mecum "Traitement des situations de harcèlement dans les établissements scolaires" publié par le ministère de l'Éducation nationale.
3. Le délit de harcèlement scolaire : définition, sanctions, circonstances aggravantes
La compréhension précise du délit de harcèlement scolaire tel que défini par le Code pénal est indispensable pour les professionnels. Elle permet de qualifier correctement les situations rencontrées et de comprendre les enjeux pénaux pour les auteurs — y compris lorsque ces auteurs sont mineurs.
La définition légale
Le délit de harcèlement scolaire est constitué par le fait de harceler un élève par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de scolarisation susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale, ou de compromettre son avenir professionnel. Cette définition reprend les trois critères fondamentaux du harcèlement (répétition, intentionnalité, déséquilibre de pouvoir) tout en les adaptant au contexte scolaire.
Les sanctions de base et les circonstances aggravantes
Les peines encourues varient selon la gravité des actes et leurs conséquences. Le tableau ci-dessous synthétise le barème légal.
| Situation | Peine d'emprisonnement | Amende |
|---|---|---|
| Harcèlement scolaire simple | 3 ans | 45 000 € |
| Harcèlement ayant causé une ITT de plus de 8 jours | 5 ans | 75 000 € |
| Harcèlement commis via un réseau numérique | 5 ans | 75 000 € |
| Harcèlement ayant conduit à une tentative de suicide ou suicide | 10 ans | 150 000 € |
| Harcèlement ayant conduit à une automutilation grave | 10 ans | 150 000 € |
L'application aux auteurs mineurs
Ces sanctions s'appliquent aux auteurs majeurs. Pour les mineurs, le droit pénal des mineurs (ordonnance de 2019 codifiée dans le Code de la justice pénale des mineurs) prévoit des réponses adaptées à l'âge — mesures éducatives, sanctions pédagogiques, dans les cas les plus graves placement en établissement spécialisé. L'âge de l'auteur ne supprime pas la qualification pénale, mais en adapte les conséquences.
Un point crucial pour les établissements : les parents des auteurs mineurs peuvent voir leur responsabilité civile engagée pour les dommages causés par leur enfant. Les familles de victimes peuvent obtenir réparation sur le fondement de cette responsabilité parentale, indépendamment des suites pénales.
4. Les obligations concrètes des établissements scolaires
Au-delà du cadre pénal qui s'applique aux auteurs individuels de harcèlement, les établissements scolaires ont des obligations institutionnelles précises. Ces obligations sont à la fois législatives (loi de 2022), réglementaires (circulaires ministérielles) et de droit commun (obligation générale de sécurité découlant du Code de l'éducation).
- Désigner un référent harcèlement formé. Chaque établissement du second degré doit désigner un référent harcèlement. Cette désignation doit être formalisée (document écrit, communication à l'équipe et aux élèves) et accompagnée d'une formation appropriée de la personne désignée. Une désignation sans formation est une obligation partiellement remplie.
- Mettre en place un protocole écrit de signalement et d'intervention. L'établissement doit disposer d'un protocole formalisé décrivant les étapes à suivre lors d'un signalement ou d'une détection de harcèlement : qui reçoit les signalements, dans quel délai, selon quelle procédure d'enquête, avec quelles mesures de protection immédiates pour la victime.
- Afficher les numéros nationaux d'aide. Les numéros 3018 (cyberharcèlement) et 3020 (harcèlement scolaire) doivent être affichés dans les espaces communs de l'établissement — hall d'entrée, CDI, couloirs, infirmerie. Cet affichage est une obligation concrète et vérifiable.
- Organiser au moins une action de sensibilisation annuelle. Chaque établissement doit programmer au minimum une action de sensibilisation des élèves sur le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement par année scolaire. Cette action peut prendre diverses formes : séance en classe dans le cadre de l'EMC, intervention d'une association, journée thématique, projection de film suivie d'un débat.
- Former les personnels. L'obligation de résultat en matière de sécurité des élèves implique que les personnels disposent des compétences pour détecter et traiter les situations de harcèlement. La formation continue des personnels est donc une obligation dérivée de cette obligation générale, même si elle n'est pas prescrite en termes de nombre d'heures ou de périodicité.
- Documenter les situations et les actions. Toute situation de harcèlement signalée ou détectée doit faire l'objet d'une documentation écrite : faits observés, dates, mesures prises, suites données. Cette documentation est la preuve que l'établissement a rempli ses obligations — son absence peut, a contrario, constituer une présomption de manquement.
- Informer et associer les familles. Les parents des élèves impliqués — victimes comme auteurs — doivent être informés des situations et des mesures prises. L'établissement a l'obligation de les associer à la démarche dans des délais raisonnables. Un défaut d'information des familles est régulièrement invoqué dans les procédures de mise en cause des établissements.
5. La responsabilité du chef d'établissement : jusqu'où va-t-elle ?
Le chef d'établissement occupe une position particulière dans la chaîne de responsabilité. En tant que représentant de l'État dans l'établissement et garant de la sécurité des élèves, sa responsabilité peut être engagée à plusieurs titres.
La responsabilité administrative
Dans le système éducatif public, la responsabilité de l'État — et donc de l'établissement — est engagée en cas de faute dans l'organisation ou le fonctionnement du service public de l'éducation. Un harcèlement qui a duré plusieurs mois sans que l'établissement n'intervienne malgré des signaux clairs peut être qualifié de faute de service. La victime ou ses parents peuvent alors obtenir réparation devant le tribunal administratif, sans avoir à prouver une faute personnelle du chef d'établissement.
La responsabilité pénale personnelle
La responsabilité pénale personnelle du chef d'établissement peut être engagée dans deux situations principales. La première est la non-assistance à personne en danger (article 223-6 du Code pénal) : si le chef d'établissement a eu connaissance d'une situation de danger grave pour un élève et n'a pas agi, il peut être poursuivi à ce titre. La seconde est la mise en danger délibérée de la vie d'autrui (article 223-1 du Code pénal) : si l'inaction était délibérée et a exposé un élève à un risque grave, cette qualification plus sévère peut être retenue.
En pratique, les poursuites pénales contre des chefs d'établissement restent rares mais existent. Elles surviennent typiquement dans des situations extrêmes — suicide d'un élève après un harcèlement signalé et non traité — et nécessitent la preuve d'une faute personnelle caractérisée, distincte de la faute de service.
La question que tout chef d'établissement devrait se poser régulièrement n'est pas "est-ce que je risque des poursuites ?" mais "si une famille me demande demain ce que j'ai fait pour protéger son enfant, est-ce que je peux répondre avec des actes concrets et documentés ?" C'est cette question qui doit guider les pratiques, pas la peur du tribunal.
6. La responsabilité des personnels : ce que tout agent doit savoir
La responsabilité face au harcèlement scolaire ne concerne pas seulement les chefs d'établissement. Tout agent de l'Éducation nationale — enseignant, CPE, assistant d'éducation, infirmière, assistante sociale, conseiller d'orientation — peut voir sa responsabilité engagée en cas de manquement à ses obligations de signalement et de protection.
L'obligation de signalement des situations préoccupantes
L'article 40 du Code de procédure pénale impose à tout fonctionnaire qui acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit dans l'exercice de ses fonctions d'en aviser sans délai le procureur de la République. Le harcèlement scolaire étant désormais un délit, cette obligation s'applique. En pratique, cela signifie que tout personnel de l'Éducation nationale qui a connaissance d'une situation de harcèlement avéré a l'obligation légale de le signaler — à sa hiérarchie d'abord, et si cette voie est insuffisante ou bloquée, directement au procureur.
Plus généralement, l'article L. 226-2-1 du Code de l'action sociale et des familles impose à toute personne qui a connaissance d'une situation de danger ou de risque de danger pour un mineur de le signaler sans délai au président du conseil départemental (protection de l'enfance). Cette obligation est indépendante du statut professionnel de l'agent et s'applique à titre personnel.
La protection fonctionnelle des agents
Les agents publics qui signalent de bonne foi des situations de harcèlement et qui agissent conformément aux protocoles établis bénéficient de la protection fonctionnelle de l'État. Cela signifie que l'administration prend en charge leur défense juridique en cas de mise en cause, et les protège contre les pressions ou représailles éventuelles. Cette protection est un élément important à connaître : elle réduit les risques personnels liés à l'action et lève un frein psychologique fréquent à l'intervention.
| Personnel | Obligation principale | Texte de référence | Risque en cas de manquement |
|---|---|---|---|
| Chef d'établissement | Organiser la prévention, coordonner la réponse, signaler au procureur si nécessaire | Code de l'éducation, art. 40 CPP | Responsabilité administrative + pénale personnelle possible |
| Enseignant / CPE | Signaler à la hiérarchie, documenter les observations, ne pas rester inactif | Art. 40 CPP, obligations statutaires | Faute professionnelle, responsabilité civile possible |
| Infirmière scolaire | Signaler les situations repérées lors des consultations, orienter vers les ressources | Code de la santé publique, art. 226-13 et 226-14 | Faute professionnelle, mise en cause disciplinaire |
| Assistant d'éducation | Signaler à la hiérarchie ce qu'il observe dans les espaces de surveillance | Obligations statutaires | Faute professionnelle en cas d'inaction documentée |
| Tout personnel | Signaler au président du conseil départemental si mineur en danger | Art. L. 226-2-1 CASF | Infraction pénale (non-assistance à personne en danger) |
7. L'obligation de signalement : quand, comment, vers qui ?
L'obligation de signalement est l'un des aspects les plus mal compris du cadre légal par les professionnels de l'éducation. Beaucoup hésitent à signaler par peur de se tromper, de nuire à un élève, d'aggraver une situation. Cette hésitation, bien que compréhensible, peut constituer un manquement légal.
Le principe du signalement de préoccupation
La jurisprudence et les textes de référence sont clairs : le signalement ne requiert pas la certitude. On signale une préoccupation, une inquiétude, une situation qui "pourrait" relever du harcèlement ou du danger pour un mineur. Le rôle du professionnel n'est pas d'établir la preuve avant de signaler — c'est celui des autorités compétentes de l'établir après le signalement. Un signalement fait de bonne foi, même si la situation s'avère finalement moins grave que crainte, ne peut pas être reproché au professionnel qui l'a fait.
La chaîne hiérarchique interne
Dans la grande majorité des situations, le signalement doit d'abord suivre la chaîne hiérarchique interne : le personnel signale au référent harcèlement ou à la direction, qui prend en charge la situation selon le protocole établi. Cette voie interne est la norme.
Le signalement direct au procureur ou aux services de protection de l'enfance est réservé aux situations dans lesquelles la voie interne est bloquée (hiérarchie inactive ou impliquée) ou insuffisante (danger immédiat pour l'élève). Dans ces cas, l'article 40 du CPP autorise et même impose un signalement direct, sans passer par la hiérarchie.
📞 Les destinataires du signalement selon la gravité
- Situation de harcèlement ordinaire : signalement au référent harcèlement ou à la direction de l'établissement
- Situation de harcèlement grave avec risque pour la santé : signalement à la direction + information du médecin scolaire + contact avec les services de protection de l'enfance si nécessaire
- Situation de danger immédiat (risque suicidaire, violence grave) : appel au 15 (SAMU) ou au 17 (police), puis information de la direction
- Infraction pénale caractérisée (violence avec ITT, diffusion d'images intimes) : signalement au procureur de la République via l'article 40 du CPP, ou dépôt de plainte sur conseil des parents
- Hiérarchie inactive face à un danger documenté : signalement direct au procureur ou à la CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes) du département
8. Le cadre légal du cyberharcèlement : spécificités et infractions numériques
Le cyberharcèlement est couvert par la loi de 2022 dès lors qu'il implique des élèves d'un même établissement ou se déroule en lien avec la scolarité. Mais au-delà de cette qualification générale, certaines formes de cyberharcèlement constituent des infractions spécifiques que les professionnels doivent connaître.
Les infractions numériques spécifiques
La diffusion sans consentement d'images ou de vidéos à caractère sexuel ou intime est punissable au titre de la "revenge porn" (article 226-2-1 du Code pénal), même entre mineurs et même si les images ont été prises de façon consentie. La peine est de 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende, portée à 3 ans et 75 000 euros si la victime est mineure. L'usurpation d'identité numérique (création d'un faux profil au nom d'une autre personne) est punissable au titre de l'article 226-4-1 du Code pénal. Le harcèlement en ligne avec menace de mort ou de violences graves peut relever du délit de menace aggravée.
Les obligations des plateformes et le rôle de l'établissement
La loi impose aux plateformes numériques des obligations de retrait rapide des contenus illicites. L'établissement peut — et doit — accompagner les victimes dans les démarches de signalement auprès des plateformes et auprès du 3018, qui dispose d'un service dédié au retrait accéléré des contenus. La loi Avia de 2020 et le règlement européen DSA (Digital Services Act, applicable depuis 2024) renforcent ces obligations des plateformes et ouvrent des voies de recours plus rapides pour les victimes.
9. Établissements privés sous contrat : les mêmes obligations ?
Les établissements privés sous contrat d'association avec l'État sont soumis aux mêmes obligations légales que les établissements publics en matière de harcèlement scolaire. Le contrat d'association implique le respect du service public de l'éducation et des textes réglementaires qui l'encadrent, dont les circulaires relatives au programme "Non au harcèlement".
Les établissements privés hors contrat ont également des obligations légales découlant du droit commun (protection des mineurs, obligation de sécurité) et du Code pénal (non-assistance à personne en danger). Ils ne bénéficient cependant pas de la protection fonctionnelle de l'État pour leurs personnels, ce qui rend la mise en place de protocoles internes et la formation des équipes encore plus importante pour leur protection.
10. Cas pratiques : responsabilités engagées et leçons juridiques
Les parents d'un collégien harcelé pendant huit mois engagent un recours devant le tribunal administratif après que leur fils a été hospitalisé en pédopsychiatrie pour syndrome dépressif sévère. L'instruction révèle que trois enseignants avaient signalé oralement des préoccupations à la direction, sans qu'aucun protocole ne soit déclenché. Aucune note écrite, aucun entretien formel, aucune mesure de protection n'avaient été pris.
Le tribunal condamne l'État (représenté par le rectorat) à indemniser les parents et l'élève pour faute dans l'organisation du service public. La direction de l'établissement est sanctionnée disciplinairement pour défaut d'organisation.
⚠️ Leçon juridique : L'absence de documentation et l'absence de protocole déclenché, malgré des signalements verbaux de personnels, ont été qualifiées de faute de service. La preuve que des adultes savaient et n'avaient pas agi de façon structurée a été déterminante. La documentation systématique des signalements et des actions prises est une protection indispensable pour l'établissement.
Une lycéenne de 16 ans porte plainte après la diffusion de photos intimes sur un groupe WhatsApp d'élèves du lycée. L'auteur principal, un élève de Terminale, est poursuivi pour diffusion d'images intimes de mineure. Deux autres élèves ayant relayé les images sont entendus comme mis en cause. Les parents de la victime mettent également en cause la proviseure pour n'avoir pas agi rapidement après avoir été informée de la situation deux jours avant le dépôt de plainte.
La proviseure produit le protocole de l'établissement, les notes de service documentant sa saisine du référent harcèlement, et la trace de son appel au 3018. Elle est mise hors de cause. Les parents de l'auteur principal sont condamnés civilement au titre de la responsabilité parentale.
✅ Leçon juridique : La documentation rigoureuse des actions engagées par la proviseure a été la clé de sa protection juridique. Un établissement qui agit, documente et sollicite les ressources compétentes (3018, protocole interne) dispose d'une défense solide. Un établissement qui n'a ni document ni trace d'action est exposé.
Un professeur principal de 4e est mis en cause dans une procédure disciplinaire après qu'une élève harcelée depuis plusieurs mois déclare lui avoir signalé la situation à trois reprises, recevant à chaque fois une réponse minimisante ("c'est de l'ordre des chamailleries entre filles"). L'élève a finalement fait une tentative de suicide. L'enquête administrative confirme les déclarations de l'élève.
Le professeur est sanctionné disciplinairement (avertissement au dossier, mutation d'office). Il n'est pas poursuivi pénalement, le lien de causalité directe entre ses réponses et la tentative de suicide n'ayant pas été établi de façon suffisante pour caractériser une infraction pénale.
⚠️ Leçon juridique : La minimisation répétée de signalements d'élèves peut constituer une faute professionnelle disciplinairement sanctionnable, même sans suite pénale. La formation à la reconnaissance des situations de harcèlement et à la posture appropriée face aux signalements d'élèves est une protection professionnelle directe pour chaque enseignant.
11. Se protéger par la formation : l'obligation morale et pratique
Le cadre légal est clair. Les obligations sont définies. Les risques pour les établissements et les personnels en cas de manquement sont réels et documentés. Dans ce contexte, la formation n'est plus seulement un investissement pédagogique — c'est une nécessité de conformité et une protection professionnelle.
Un établissement dont les personnels ont été formés, dont le protocole est connu et appliqué, dont les actions sont documentées, dispose d'une posture juridique infiniment plus solide qu'un établissement qui improvise. La formation certifiée est également la preuve la plus tangible que l'obligation de résultat en matière de formation des personnels a été honorée.
La formation Prévenir et agir face au harcèlement scolaire et au cyberharcèlement de DYNSEO couvre l'ensemble du cadre légal applicable aux établissements et aux personnels, en le traduisant en obligations concrètes et en pratiques professionnelles adaptées. Elle intègre les évolutions législatives les plus récentes et fournit aux participants une compréhension opérationnelle de leurs responsabilités — non pas pour les paralyser par la peur, mais pour leur donner la confiance d'agir avec compétence et en sécurité.
✅ Checklist de conformité légale pour les établissements scolaires
- Un référent harcèlement formé est désigné et connu de tous les personnels
- Un protocole écrit de signalement et d'intervention est formalisé et accessible
- Les numéros 3018 et 3020 sont affichés dans les espaces communs
- Au moins une action de sensibilisation des élèves est programmée chaque année scolaire
- Les personnels ont reçu une formation au harcèlement (idéalement certifiée Qualiopi)
- Les situations signalées font l'objet d'une documentation écrite et datée
- Les familles des élèves concernés sont informées dans des délais raisonnables
- Un suivi post-intervention est organisé pour chaque situation traitée
- L'article 40 du CPP et les voies de signalement externe sont connus des personnels
- Le protocole est révisé et réapproprié au moins une fois par an en conseil pédagogique
Connaître ses obligations légales, c'est aussi connaître ses droits : le droit de signaler sans craindre les représailles, le droit à la protection fonctionnelle lorsqu'on agit de bonne foi dans le cadre de ses missions, le droit d'exiger de sa hiérarchie un cadre institutionnel qui permette d'exercer ses responsabilités. La loi protège ceux qui agissent. Elle expose ceux qui n'agissent pas. C'est aussi simple que cela.
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