Les directives anticipées : accompagner le résident dans ses choix de fin de vie
📑 Sommaire
- Qu'est-ce que les directives anticipées ?
- Leur valeur juridique : contraignantes depuis 2016
- Ce que les directives anticipées peuvent exprimer
- Comment les rédiger : format, contenu, modèle
- Où les conserver et comment les rendre accessibles
- La personne de confiance : un rôle distinct
- À l'admission : la conversation à avoir
- Le cas particulier des résidents déments
- Quand les directives entrent en conflit avec les souhaits de la famille
- Construire une culture des directives anticipées en EHPAD
En France, moins de 20 % de la population a rédigé des directives anticipées. En EHPAD, malgré un contexte où ces documents sont particulièrement utiles, la proportion reste souvent très faible — non pas parce que les résidents ne veulent pas exprimer leurs souhaits, mais parce que personne ne leur a proposé de le faire, ou que la démarche leur a semblé trop complexe ou trop effrayante.
Les directives anticipées sont pourtant un outil d'une valeur inestimable — pour les résidents qui veulent garder la maîtrise de leurs soins au-delà de leur capacité à les exprimer, pour les familles qui n'auront pas à porter seules le poids des décisions difficiles, et pour les équipes médicales qui auront une boussole claire dans les moments de choix critiques.
1. Qu'est-ce que les directives anticipées ?
Les directives anticipées sont un document écrit dans lequel une personne exprime ses souhaits concernant les conditions de sa fin de vie et les décisions médicales à prendre si elle n'est plus en état de les exprimer elle-même. Elles peuvent concerner : les traitements qu'elle souhaite ou ne souhaite pas recevoir, son souhait d'être réanimée ou non, sa préférence pour mourir à domicile ou en établissement, son rapport à la sédation profonde, ses souhaits concernant les soins palliatifs.
Elles sont rédigées par avance, quand la personne est encore en capacité de le faire — d'où leur nom. Elles peuvent être rédigées à tout moment, modifiées ou révoquées à tout moment, et n'ont pas de durée de validité limitée depuis la loi Claeys-Leonetti de 2016.
2. Leur valeur juridique : contraignantes depuis 2016
Avant 2016, les directives anticipées avaient une valeur consultative — le médecin devait en tenir compte mais n'était pas tenu de les respecter. La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016 a radicalement changé ce statut : les directives anticipées s'imposent désormais au médecin, sauf dans des cas très précis et strictement encadrés.
Le médecin ne peut s'écarter des directives que s'il estime qu'elles sont manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale — et cette décision doit être collégiale, documentée et motivée dans le dossier. En dehors de ces cas exceptionnels, les directives s'appliquent. C'est un changement fondamental qui donne aux résidents une vraie maîtrise sur leur fin de vie — à condition que ces directives existent et soient accessibles.
3. Ce que les directives anticipées peuvent exprimer
Les directives anticipées peuvent être très générales (« je ne souhaite pas de réanimation cardio-pulmonaire en cas d'arrêt cardiaque ») ou très détaillées. Elles peuvent exprimer des valeurs (« pour moi, la qualité de vie compte plus que la durée de vie »), des souhaits concrets (« je ne souhaite pas être hospitalisé en urgence, même si mon état s'aggrave brusquement »), ou des refus précis (« je refuse toute alimentation et hydratation artificielles si je suis en état végétatif ou de démence avancée sans communication possible »).
Elles peuvent aussi exprimer des souhaits non médicaux — relatifs à l'environnement (« je souhaite mourir dans ma chambre, avec de la musique que j'aime »), aux personnes présentes (« je souhaite que ma fille soit prévenue dès que mon état se dégrade, même la nuit »), ou aux rites (« je souhaite que mes croyances religieuses soient respectées lors de mes derniers soins »).
Ce qu'un modèle de directives anticipées peut inclure : nom, prénom, date de naissance, date de rédaction. Situation de santé actuelle et maladies connues. Valeurs importantes dans la vie. Souhaits généraux sur la fin de vie. Souhaits concernant les traitements et la réanimation. Souhaits sur le lieu de fin de vie. Souhaits sur la présence de proches. Nom et coordonnées de la personne de confiance. Signature. Le ministère de la Santé propose un modèle officiel téléchargeable sur le site service-public.fr.
4. Comment les rédiger : format, contenu, modèle
Les directives anticipées doivent être rédigées en français, sur papier libre ou sur le formulaire officiel mis à disposition par le ministère de la Santé. Elles doivent être manuscrites ou tapées à l'ordinateur, signées, datées, et comporter le nom, le prénom et la date de naissance de leur auteur.
Elles n'ont pas besoin d'être rédigées par un médecin ni d'être notariées. Une personne peut les rédiger seule, aidée par un proche, par un soignant ou par un médecin. En EHPAD, le médecin coordonnateur ou l'infirmier coordinateur peut accompagner cette démarche — expliquer les options, répondre aux questions, aider à formuler des souhaits parfois difficiles à mettre en mots.
« Ce qui est difficile avec les directives anticipées, ce n'est pas l'aspect administratif. C'est que pour les rédiger, il faut avoir pensé à sa propre mort. Et ça, beaucoup de résidents n'ont jamais eu l'occasion ou l'autorisation de le faire. Notre rôle, c'est de créer cet espace — doucement, sans forcer, en leur montrant que penser à ça n'est pas morbide, c'est prendre soin d'eux-mêmes. »
5. Où les conserver et comment les rendre accessibles
Des directives anticipées qui existent mais qu'on ne retrouve pas au moment critique ne servent à rien. La conservation et l'accessibilité sont aussi importantes que la rédaction.
♥ Options de conservation des directives anticipées
- Dans le dossier médical de l'EHPAD — accessible à toute l'équipe soignante, mentionné en première page
- Dans le coffre-fort numérique Mon Espace Santé (plateforme nationale) — accessible à tout médecin avec consentement
- Remises à la personne de confiance — qui doit savoir où elles se trouvent
- Conservées par le médecin traitant dans le dossier patient
- Un exemplaire chez le résident lui-même s'il le souhaite
- Mention dans le dossier de soin de leur existence et de leur localisation — même si elles ne sont pas reproduites
En cas de transfert vers l'hôpital, les directives doivent impérativement accompagner le résident — dans la fiche de liaison transmise aux urgences. Une directives restée dans l'armoire de la chambre d'EHPAD pendant que le résident est réanimé aux urgences est une directives qui n'a servi à rien.
6. La personne de confiance : un rôle distinct
La personne de confiance est souvent confondue avec la personne à prévenir en cas d'urgence ou avec l'héritier légal. Ces trois rôles sont distincts et ne se recoupent pas nécessairement.
La personne de confiance est celle dont l'avis est consulté par le médecin quand le résident ne peut plus exprimer ses souhaits — et dont l'avis prime sur celui de la famille dans les décisions médicales. Elle peut être un conjoint, un enfant, un ami proche, un voisin — n'importe qui en qui le résident a confiance pour défendre ses valeurs et ses souhaits. Elle doit avoir accepté ce rôle explicitement et savoir où se trouvent les directives anticipées.
La désignation de la personne de confiance se fait par écrit, signé et daté. Elle peut être révoquée à tout moment. Elle est distincte des directives anticipées — mais les deux documents se complètent idéalement.
7. À l'admission : la conversation à avoir
L'admission en EHPAD est un moment clé pour aborder les directives anticipées — non pas parce que le résident va mourir demain, mais parce que c'est le moment où il est encore en capacité de réfléchir et d'exprimer ses souhaits, avant que la maladie ne réduise cette capacité.
Cette conversation doit être proposée — pas imposée. Elle doit être présentée de façon positive (« c'est une façon de s'assurer que vos souhaits seront respectés ») et non dramatisée. Elle peut se faire en plusieurs temps — une première évocation lors de l'entretien d'admission, un retour quelques semaines après quand le résident s'est installé et se sent plus en sécurité.
✅ Checklist — aborder les directives anticipées à l'admission
8. Le cas particulier des résidents déments
La question des directives anticipées pour les résidents déments est complexe — et souvent traitée trop tard. Idéalement, les directives doivent être rédigées avant l'apparition d'une démence sévère qui altère la capacité de discernement. Beaucoup de résidents arrivent en EHPAD avec une démence déjà avancée et sans directives anticipées — c'est une situation difficile mais courante.
Pour les résidents atteints de démence légère à modérée, la capacité de rédiger des directives anticipées peut encore être présente — même si elle doit être évaluée avec soin. Une personne atteinte de démence légère peut parfaitement exprimer des souhaits clairs et cohérents sur sa fin de vie. La démence n'est pas synonyme d'incapacité totale.
Pour les résidents dont la capacité est très réduite, c'est la personne de confiance qui prend le relais — et l'équipe soignante qui reconstruit les valeurs et les souhaits du résident à partir de ce qu'elle sait de lui, de ses comportements, de ses réactions, de son histoire.
9. Quand les directives entrent en conflit avec les souhaits de la famille
Il arrive que les directives anticipées d'un résident contredisent ce que sa famille souhaite. Un résident a exprimé dans ses directives qu'il ne souhaitait pas être réanimé — et sa famille exige qu'on « fasse tout ». Ce conflit est douloureux pour tous et doit être géré avec beaucoup de soin.
La réponse juridique est claire : les directives du résident prévalent sur les souhaits de la famille. Mais la réponse humaine est plus complexe : la famille vit un deuil, une perte de contrôle, une situation qu'elle n'a souvent pas anticipée. Elle a besoin d'être entendue, même si sa demande ne peut pas être satisfaite. La réunion de famille, conduite par le médecin coordonnateur avec la présence de l'infirmière coordinatrice, est l'espace approprié pour cette conversation difficile.
10. Construire une culture des directives anticipées en EHPAD
Les EHPAD qui ont le plus fort taux de directives anticipées rédigées ne sont pas ceux qui distribuent les formulaires de façon systématique dès l'admission. Ce sont ceux qui ont construit une culture de la parole sur la fin de vie — une culture où il est normal, accepté, bienveillant de parler de la mort, de ses peurs, de ses souhaits.
Cette culture se construit dans le temps — par la formation des équipes, par des temps de parole collectifs sur la fin de vie, par des exemples de directives bien rédigées, par des témoignages de résidents ou de familles qui ont vécu comment ces documents avaient aidé. Elle se construit aussi par la position du directeur et du médecin coordonnateur — qui montrent que ce sujet est pris au sérieux, qu'il est important, qu'il mérite du temps et de l'attention.
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